No one likes us, we don’t care

14 Juin

Les incidents qui ont ouvert l’euro 2016 sont la parfaite illustration du monde dans lequel la nuit libérale nous plonge.
Le patronat a mobilisé tous les moyens de l’État à son service pour organiser une immense foire à la consommation allant du maillot de foot à la panoplie grotesque indispensable pour transformer un humain en footix.

footix

L’incitation à l’achat est telle qu’on autorise la vente de boissons alcoolisées dans d’immenses « fan zones » situées dans les centres villes pour faire cracher au bassinet les supporters venus des quatre coins de l’Europe. Les commentaires des journalistes déplorent que des supporters alcoolisés déclenchent des émeutes alors qu’ils se réjouissent de l’existence de ces immenses débits de boisson à ciel ouvert dont l’objectif est de faire gagner des points de croissance à l’économie française. Chacun feint de découvrir découvrir qu’une fois alcoolisés des supporters lambdas viennent garnir les rangs des firms de hooligans.
Tout cela n’est pas possible sans l’immense engouement que le football génère partout dans le monde. Il y a plus de 20 ans, la Mano Negra rendait ainsi hommage à cette passion populaire :

« allez, allez, courrez
tapez dans le ballon
tapez sur le voisin »

Le foot plait partout dans le monde aux classes populaires. Malgré les efforts qui sont fait pour transformer ce sport en simple produit de divertissement, les pauvres du monde entier s’évertuent à être plus que de simples acheteurs de rêve, ils en sont des acteurs pour le meilleur et pour le pire. Le patronat et leurs courroies de transmissions étatiques ont beau changer les tribunes en loges dans la plupart des stades et chercher à canaliser (quand ce n’est pas à pénaliser en les judiciarisant) les mouvements populaires de supporters comme les ultras, le foot reste une passion populaire qui génère des excès en ses marges.

Les médias ont beau mettre en avant tel public « sympathique » comme à Lens par exemple en France ou à Dortmund en Allemagne : c’est à chaque fois l’arbre qui cache la forêt y compris dans ces tribunes. Il est de notoriété publique dans l’histoire des firms de hooligans que le BorussenFront de Dortmund est resté pendant plusieurs décennies une des firms les plus actives et violentes d’Allemagne. Ce qui n’empêchait pas les médias de nous vendre le magnifique public de Dortmund.

borussenfront

Pour tous ceux qui ont croisé la route du Borussenfront cette assertion prête à sourire … s’ils ont pu conserver leurs dents après leur rencontre avec cette firm. L’autre grand mythe médiatique est que l’Angleterre a su juguler le phénomène « hooligan » à coup de politiques sécuritaires. A chaque émeute avec des fans anglais cette « vérité médiatique » mais mensonge dans la vie réelle est répétée en boucle en prenant en exemple les stades de Premier League qui seraient devenus calmes. C’est évident que dans les loges entre deux verres de champagne, le foot est agréable. La réalité est que l’Angleterre demeure la terre du hooliganisme. Un exemple parmi des milliers d’autre pour l’année 2016 : le 29 mai quelques jours avant l’ouverture de l’Euro, Barnsley recevait Millwall.
La réalité est qu’il n’y a pas un weekend en Angleterre sans que les firms s’affrontent dans les stades ou autour. Il faut vivre dans une bulle confortable pour ne pas s’en rendre compte. Cette culture est profondément ancrée dans les classes populaires britanniques pour lesquelles le pub du quartier et le club de foot restent des espaces de socialisation. Dans ces lieux on apprend à boire et à être solidaire avec ses « lads » pour le meilleur du pire.
A Marseille, au bout de deux jours d’émeutes qui ont mis en mouvement des milliers de personnes notre brave police républicaine suréquipée a réussi l’exploit d’arrêter dix personnes dont des Anglais, un Autrichien, un Allemand, des Français et des Russes.
C’est le monde de la guerre de tous contre tous ?
Première leçon de cet évènement : quand il s’agit de mettre un coup de latte à une femme attablée en terrasse on trouve des volontaires dans la police française.

coup de latte

En revanche, il y a beaucoup moins de gens motivés quand il faut aller au contact de hooligans russes ou de supporters boostés par l’alcool. Le manque de détermination et de vaillance se fait ressentir du côté des policiers. Sans doute le souvenir du Gendarme Nivel ou du Capitaine Matrat
qui ont croisé pour l’un à Lens pour l’autre à Paris la route de ces firms dont Hollywood recycle les péripéties dans des films.

L’autre leçon de ce début d’Euro c’est que lorsque des franges d’un prolétariat laissent libre court à sa violence, elle n’est pas traitée de la même façon en fonction du degré de pigmentation. Les prolétaires britanniques et russes (majoritairement blancs) qui se sont affrontés à Marseille n’ont pas reçu le même traitement médiatique que lorsque des émeutes sont déclenché par un prolétariat plus basané, celui de nos quartiers par exemple. Même lorsque de Russie, des députés nationalistes russes encouragent les hools russes à remettre ça. A la première émeute des supporter turcs, il pas sûr que l’on trouve le même traitement médiatique. On aura sans doute droit à une question sur le lien entre la Turquie et l’Europe et des interrogations autour des valeurs de la civilisation Turque. On peut aussi prendre en compte le témoignage du hooligan russe qui parle d’alliance ponctuelle et naturelle avec les anglais contre les « arabes ». Avec un peu d’ironie on peut rajouter que cela fait (outre la violence) un point commun entre les hooligans et les nombreux policiers qui votent FN et font des selfies avec les cadres de ce parti.

Comme le résume bien le blog de Joao :

« Des étrangers qui viennent foutre le bordel » : cette phrase est plus utilisée envers des « personnes non blanches » NÉS en France, ayant grandi en France, donc qui sont françaises de citoyenneté, parce que parfois ils se révoltent contre la misère dans laquelle ils sont enfermés dans les quartiers populaires, que pour des hooligans anglais, russes, donc réellement étrangers qui en quelques jours cassent tout à Marseille ,en se lançant dans une série de violences gratuites. « invasion », « planquez vos femmes », « ville assiégée », « barbares » …voici ce qui auraient été assénés si les hooligans étaient pas blancs. Donc oui, en gros, si tu fais une révolte dans un quartier populaire contre le mal logement, le chômage, le racisme sous toutes ses formes, les violences policières tu es un sauvage. Mais si tu te lances à des violences en masse, gratuites, juste pour mettre le désordre dans l’espace public, le problème c’est l’alcool pas toi. Mais encore une fois, nous savons quel est l’élément qui crée cette différence de perception, de jugements, de légitimité : le racisme. »

Les violences et les commentaires médiatiques qui marquent cet Euro sont donc à l’image du monde dans lequel on nous impose de vivre.

Cette affaire est aussi révélatrice de l’hypocrisie des organisations syndicales policières. Aucun syndicat lors de ces affaires n’a demandé l’interdiction des matchs de foot. Il ne faut surtout pas gêner le bizness du foot. Alors qu’à la moindre manif, ils nous ressortent le couplet sur l’état d’urgence et la fatigue de la police qui nécessiterait d’arrêter les manifestations.
Avant l’Euro, l’État a mis en scène ses forces de l’ordre prêtent à tout pour nous défendre face au terrorisme. On a pu voir qu’elles ne valaient pas grand chose face des foules déterminées et alcoolisées. Pendant ces deux jours d’émeutes sous les yeux de la police les russes et certains locaux ont pu ainsi s’étalonner avec la référence mondiale du hooliganisme : les anglais. Les firms présentes côté russe ont fait la démonstration de leur organisation et de leur détermination puisqu’elles ont pratiquement tué un fan anglais sous les yeux de la police française.
Bilan de ces deux jours de folie à Marseille : il est plus simple de se jeter sur une jeune manifestante pour la police française que d’intervenir face à des mecs sous produits qui considèrent la violence comme un art de vivre.

Au regard des matchs qui arrivent avec la Turquie, la Croatie, l’Allemagne (et d’autres outsiders comme la Pologne) il y a une bonne probabilité que les « hooligans » autochtones français en orbite de l’extrême droite défient à leur tour les leaders européens de la violence des stades comme cela a déjà commencé à Nice et Paris.
Paradoxe de cette situation, les franges les plus nationalistes des classes populaires européennes vont être les pourrisseurs de l’image de l’Euro de foot. Toutes les unes des médias mainstream à propos des manifestants gauchistes contre la loi « travaille » qui par « égoïsme » devaient gâcher la fête tombent à l’eau.
Ces violences nationalistes sur fond de kermesse footballistiques révèlent qu’une partie des classes populaires européennes est en mode dinguerie nihiliste et nationaliste (en uniforme et dans les tribunes) et qu’ils vont ruiner plus sûrement la kermesse de fin d’année du patronat que les « mauvais français » engagés dans le mouvement de lutte contre la loi « travaille ».

Au début du 20eme siècle, un russe passionné de cyclisme expliquait que « les capitalistes nous vendraient la corde pour les pendre ». Aujourd’hui leur cupidité les pousse à organiser des événements sportifs dont chacun sait qu’ils seront un immense défouloir pour une partie de ceux qui sont livrés en pâture depuis des décennies au libéralisme. Dans toute l’Europe pour une frange des classes populaires la vie et la mort s’articulent autour d’un club, d’un groupe de copains avec lesquels on a grandi et avec lequel on traverse les épreuves d’une vie dure. C’est souvent, malheureusement, une existence où l’on se violente soi-même dans des conduites addictives avant de violenter les autres.

anglais marseille

Ces enfants de la « glorieuse civilisation européenne » sont en train de devenir les gâcheurs de la fête du sport spectacle pilier du libéralisme. Tout se récupère et se vend dans le capitalisme, en particulier la violence stérile des nôtres. Nul doute que cette éruption de violence pourra être mise en scène par Hollywood dans de nouveaux films hagiographique sur la culture hooligan et permettra de faire fonctionner le bizness du tout sécuritaire.
Il est plus que temps que nous changions ce monde.

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2 Réponses to “No one likes us, we don’t care”

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  1. Nessun padrone, solo un capitano | Quartiers libres - 17 juin 2016

    […] à ce qu’on pourrait croire, le foot ce n’est pas seulement des pauvres bourrés qui se tapent dessus pendant que les doués d’entre eux jouent sur une pelouse pour gagner beaucoup […]

  2. Nessun padrone, solo un capitano – ★ infoLibertaire.net - 17 juin 2016

    […] à ce qu’on pourrait croire, le foot ce n’est pas seulement des pauvres bourrés qui se tapent dessus pendant que les doués d’entre eux jouent sur une pelouse pour gagner beaucoup […]

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