Iftar solidaire

7 Juil

Petit retour sur une initiative qui a eu lieu durant la fête de la musique, le 21 juin dernier. Cette soirée où la musique s’invite dans les rues, où beaucoup déambulent dans différents états, est aussi un moment où la solidarité s’exprime, loin des médias et de la quête de reconnaissance publique ou politique. C’est juste l’application simple et concrète du principe de solidarité, qui nous rappelle qu‘à peu on peut faire beaucoup.

Ainsi, un groupe de trois amies vivant en banlieue et venant de quartiers populaires décident d’organiser un iftar collectif (repas pris en fin de journée, au coucher du soleil pour rompre le jeune durant le mois de ramadan) pour et avec les migrants. Très vite, un réseau de mamans, de voisinEs, de militantEs et d’amiEs se met en place avec les contacts des unes et des autres pour décider du nombre de personnes à nourrir, pour se partager les frais des courses, se répartir les plats à cuisiner et à emporter. En moins de deux jours, ce sont en tout plus de 12 packs d’eau, 6 packs de lait, 30 bouteilles de Lben (lait fermenté), 10 packs de dattes, 6 packs de boissons, 30 baguettes, 80 pots de yaourts et de compotes qui ont été récoltés grâce à la connexion établie par les organisatrices. Petits et grands se sont atteléEs à aller chercher le tout dans les quartiers populaires et pavillonnaires des villes de Bondy, d’Aulnay-sous-Bois, de Tremblay-en-France, de Villepinte et de Sevran.

L’équipe de mamans (huit en tout) de Sevran s’est finalement mise d’accord pour cuisiner pour 200 personnes et s’est par la suite divisée en 4 groupes, chacun ayant pour mission de réaliser une entrée et un plat pour 50 personnes.

Et c’est ainsi que mardi 21 juin, au soir, une équipe de 6 jeunes de Sevran et d’Aulnay-sous-Bois débarquent à la Halle Pajol, Paris 19e, camp de migrants à ciel ouvert, où vivaient plusieurs centaines d’entre eux, avec deux voitures chargées de nourriture. Au menu : chorba, hrira, couscous, bricks, msemen, baghrir (crepes) et fruits ont été servi à plusieurs centaines de migrants. 

Ce ftor a finalement été à l’image de ses initiatrices, des femmes voilées ou pas, des jeunEs et des moins jeunEs, des musulmanEs et des non musumanEs, issuEs des quartiers comme de Paris. La solidarité a pris tout son sens, non seulement entre français et migrants mais d’abord et surtout entre habitantEs de Banlieues-Paris. Le plus important reste pour touTEs les rencontres et les échanges avec les migrants, hommes, femmes et enfants.

Nous voulions juste rendre hommage à tous ces anonymes, femmes des quartiers en particulier, qui font beaucoup avec peu. La solidarité est une arme et continue d’exister au sein de nos banlieues. On terminera sur les paroles de l’une des jeunes organisatrices de l’iftar :

J’ai été très étonnée, agréablement surprise par notre capacité de mobilisation et d’organisation car en l’espace de deux jours, voire moins, nous avons réussi à connecter des gens de plusieurs quartiers et villes, de différents âges et de différentes sensibilités. Qui aurait cru que des daronnes et petits de quartiers, des mamies, des lycéenNEs, des étudiantEs pouvaient s’associer avec des militantEs politiques et qui plus est pour certainEs anarchistes pour organiser un tel repas. Je ne pensais pas que ça allait fonctionner au début. Ca me paraissait compliqué de connecter toutes ces personnes et de coordonner le tout, chacune, chacun ayant ses raisons pour faire cet Iftar, religieuses, humaines et que sais-je encore. Je me dis qu’avant même de les avoir rencontréEs, ces exiléEs nous ont déjà tellement apporté et rapproché, que c’est énorme. Et au lieu de disserter sur ce qu’on a pu leur donner ou apporter, il faudrait vraiment mettre en avant ce que eux nous ont apporté. Ils ont été capables de nous rassembler, de nous faire vivre des choses ensemble et de nous sentir utiles dans cette société où on nous pousse de plus en plus à être passifVE et à consommer sans nous soucier de ce qui nous entoure.

Surtout, c’est une réelle leçon de vie qu’ils nous ont inculqué en l’espace de deux ou trois heures. Nous avons tenu à y aller avec les petitEs frères et soeurs pour les sensibiliser un peu à la cause. Je voulais personnellement qu’ils rencontrent, discutent et partagent ensemble. Les seules fois où les migrants ont fait la Une des journaux télévisés et presse papier en Europe cette année, c’était à l’occasion des événements de la Saint Sylvestre à Cologne, en Allemagne où les médias se sont acharnés, à tort sur les réfugiés. Autrement, les autres fois où on a entendu parler de ces derniers, c’est dans les discours haineux de nos politiques ou lors des naufrages en méditerranée, le reste du temps, c’est silence radio.

J’ai vu en ces exilés de véritables résistants, porteurs d’espoirs pour cette vie, ce monde et pour nos sociétés qu’ils tentent de rejoindre au péril de leur vie. Toujours souriants, dignes, fiers et satisfaits de ce qu’on a pu partager, j’ai vu en eux les générations de migrants du Maghreb et d’ailleurs, clandestins ou non, venus en France dans l’espoir de travailler et de construire une vie meilleure. C’est finalement l’histoire de nos grands parents, celle de mon père et bien d’autres encore, je me dis que eux aussi ont peut être connu le même sort à leurs débuts, c’est un devoir que de nous rapprocher d’eux, il est là notre salut, pas ailleurs.

J’appréhendais beaucoup au début, en me disant que j’embarque 5 frères et sœurs, surtout des filles, nous étions trois voilées, un soir de la fête de la musique, nous allons dans un camp en plein air pour la première, ça risque de dégénérer. Mais non, pour touTEs, c’était le meilleur Iftar, il n y a pas eu un seul geste de déplacé, pas une parole de travers alors que nous étions restéEs très tard, un soir de fête. Respect, humilité, simplicité, modestie, soumoud, c’est ce que je retiens de ma soirée !

Cet Iftar a tellement été enrichissant que nous avons entrepris d’en organiser un second avec l’association Génération Palestine Paris. Là aussi, on a connecté différents cercles et plusieurs personnes, de sensibilités et orientations variées. C’était une vraie réussite ! Je ne pensais pas que ça allait être aussi simple, facile que d’organiser une telle rencontre. Nul besoin d’être une association ou un collectif pour le faire, il suffit d’en avoir l’envie et ne surtout pas sous estimer nos capacités et notre solidarité. Et s’il y a bien une chose que j’ai retenu de ces rencontres, c’est à quel point nous ne sommes pas libres et ces exilés nous le rappellent constamment. Ce ne sont pas eux qui ont besoin de nous, bien au contraire, ils ont traversé terres et mers pour se libérer de leur joug, résistent et essayent de se construire un avenir meilleur, même si ça doit passer par l’exil. Quand à nous, “occidentaux”, sommes nous encore libres de construire nos sociétés et d’en être les commandants à bord ? “

lekipedesevran

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