État d’urgentisme

19 Juil

 

cazeneuve

Le carnage perpétré à Nice le 14 juillet a été revendiqué par Daech…par la voix de François Hollande, Manuel Valls et les autres d’abord puis par Daech, deux jours plus tard, après réflexion sans doute pour faire plaisir à ses meilleurs alliés. À notre connaissance, François Hollande n’a pas encore revendiqué pour Daech le crash de l’avion de la German Wings. Il est vrai qu’on n’a pas eu le temps de vérifier si Andreas Lubitz, le pilote qui avait écrasé son avion avec 200 personnes à bord, s’était bien rasé, ou s’il montrait des signes de radicalisation pileuse. L’assassin suicidaire de Nice, on croit savoir que oui : c’est même le seul « argument » qu’ose produire sans rire le procureur François Molins, le préposé aux vérités officielles du régime état-d’urgentiste : Mohamed, le chauffeur du camion qui a écrasé plus de 80 personnes, avait arrêté de se raser depuis huit jours. S’il s’était appelé Andreas, on aurait pu croire qu’il virait hipster, ou footballeur mais là… Après le coup de la radicalisation, de l’auto-radicalisation, la radicalisation très rapide, on a la radicalisation-Gilette. Pas de lien avec Daech, rien, que dalle, walou, à peine quelques images d’assassinat copiées sur le net, qui confirment qu’il voulait bien s’inspirer pour son suicide d’autres meurtres de masse. A part ça, rien, même pas d’armes : un petit 7,65 d’occasion, quelques balles, rien à voir avec les kalaches et les gilets explosifs du 13 novembre ou de Bruxelles. Pas facile de trouver des armes quand on est pas dans une structure en relation avec le banditisme, le takfirisme, l’extrême-droite, ou la police. Oui, mais voilà, l’assassin du 14 juillet n’était pas rasé et ça, c’est une preuve de terrorisme de proximité, un autre élément de langage important dans la com hollando-vallsiste. Le poil, c’est un bon marqueur : en novembre une patriote avait dénoncé son voisin non-voyant pour s’être rasé la barbe… elle le soupçonnait de cacher sa « radicalité ».

Valls-terrorisme
Rien n’indique donc que la tuerie de masse du 14 juillet soit autre chose qu’un geste de furie assassine d’un suicidaire. Rien ne permet de dire –à part sa barbe, donc– qu’il ait participé à une quelconque opération terroriste.

Pourquoi, dans ce cas, les cadres du régime ont-il tant insisté sur la seule piste terroriste, depuis la première minute, sans le moindre commencement de preuve, au risque de se contredire ?

La manœuvre est claire : il faut sidérer l’opinion, faire peur. Valls le répète en boucle : il faut s’habituer à vivre dans la terreur. Il l’a répété le 16 juillet, mais c’est un discours qu’il tient depuis les attentats de janvier 2015 contre Charlie et l’Hyper Cacher. Le but est transparent : prolonger l’état d’urgence. Pour faire passer le message, tout le monde s’y met. Hollande propose trois mois : belote ! L’aile droite du régime en propose six : rebelote ! Pas de problème, on va s’entendre et durcir les mesures déjà en place, notamment sur les perquisitions, l’espionnage des données personnelles et l’interdition de manifestations. Six mois … avant d’arriver à ce dont ils rêvent tous : l’état d’urgence permanent. Les poissons pilotes du PS sont déjà à la manœuvre pour le réclamer. Au fait, à quoi ça sert, l’état d’urgence ? En termes de lutte contre le terrorisme, c’est un échec patent depuis le début, qui ne convainc personne. En revanche, politiquement, c’est très utile. Ça permet d’assurer un glissement vers le pétainisme franc et direct. Le travail de l’opinion par les intellectuels organique du néo-socialisme permet aux prophéties néo-conservatrices de se réaliser, et d’aboutir à ce pour quoi le régime hollando-vallsiste déploie des trésors de communication : faire croire à une guerre de civilisation, et dresser tout le monde contre tout le monde, le tout sous le parapluie sécuritaire de l’État.

Quelle est l’urgence de l’État ?

nasse

Dans cette démocrature de plus en plus ouverte, le but de cette stratégie de la tension n’est pas d’assurer la sécurité, mais de paralyser toute critique et de faire passer toutes les réformes ultra-libérales sans aucune opposition.

Il y a quelques semaines, un rapport de la très officielle Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) a été censuré par son directeur : il démontrait que la réduction du temps de travail non seulement ne détruit pas d’emplois, mais en crée. Une vérité impossible à entendre au moment où le gouvernement et le patronat non seulement sont en train d’avoir la peau des 35 heures, mais croient avoir fait passer à coups de matraque la loi « travaille ! ».

L’état d’urgence ne sert pas à protéger la population, il est juste une technologie de gouvernement utilisée par les intérêts économiques qui dirigent l’État pour écraser toute opposition à sa politique de contre-révolution libérale. On l’a vu à l’œuvre dans la première phase de la résistance contre la loi El Khomri, écrasée sous une répression inédite depuis la Guerre d’Algérie. On continue de le voir avec le S.A.V. judiciaire de la gazeuse, du LBD et du Tonfa : les tribunaux d’exception font pleuvoir des condamnations hallucinantes sur des gens pris au hasard, sur la foi des déclarations des miliciens qui les ont eux-mêmes envoyés à l’hosto, comme c’est le cas de cet étudiant de Paris 3, condamné à 11 000 euros d’amende après s’être fait fracturer le nez et le poignet par d’honnête état-d’urgentistes. L’état d’urgence, donc, n’est pas efficace contre les attaques takfiristes, mais dire qu’il ne sert à rien est faux. Il sert juste à autre chose.

Rue bloquée

On ne peut pas bloquer un chauffeur livreur, mais nasser des milliers de personnes, sans problème.

On ne peut pas bloquer un camion fou, sur la Promenade des Anglais, un soir de 14 juillet, mais tirer sur la foule, oui.

Le RAID ne peut pas intervenir contre les réseaux de Daech : il sert à expulser des étudiants et des militants d’un local occupé. Les services de renseignements ont autre chose à faire que de suivre les assassins : ils sont occupés à enquêter sur des lycéens qui ont poussé des poubelles devant leur bahut…

RAId Rennes

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6 Réponses to “État d’urgentisme”

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  1. État d’urgentisme – eschatologiablog - 19 juillet 2016

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  2. État d’urgentisme | Quartiers libres | Raimanet - 19 juillet 2016

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    […] A trois reprises au moins (les 13, 14 et 16 mai), les téléspectateurs du service public purent s’émouvoir des infortunes d’une start-up parisienne, assurément très représentative du salariat français. État d’urgentisme | Quartiers libres. […]

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    […] protéger des tak-taks. Pire encore, lors de sa première conférence de presse, le bon procureur Molins reconnaissait que l’attentat n’avait pas été revendiqué, que […]

  5. Un monde (de) malade | Quartiers libres - 30 juillet 2016

    […] que de nous protéger des tak-taks. Pire encore, lors de sa première conférence de presse, le bon procureur Molins reconnaissait que l’attentat n’avait pas été revendiqué, que l’individu abattu par la […]

  6. La police est républicaine, l’injustice sociale aussi. | Quartiers libres - 27 octobre 2016

    […] Étant donné la fréquence des crises économiques que génère le capitalisme qui se répercutent en crises politiques et sociales, les classes dominantes ont tout intérêt à laisser le pouvoir aux policiers. Il n’y a pas d’alternative : c’est marche ou crève. Et comme ça s’agite et conteste dans le peuple, il faut décourager les révoltes par tous les moyens répressifs possibles. […]

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