C’est la rentrée

3 Sep

Au quartier, l’été s’achève.
La majorité des nôtres a profité de l’été pour se reposer, souvent au quartier ou en famille, faute de moyens, parfois au bled. Les plus heureux ont pu profiter de ce qu’il reste des conquêtes ouvrières pour partir en vacances.

Pendant ce temps, ceux qui nous vendent à longueur de temps leur manière de faire de la politique « autrement » ont profité de la décontraction estivale, avant la principale élection française qui arrive en 2017, pour faire fructifier leur « travail de terrain ». Ils nous vendront bientôt toutes les stratégies politiciennes possibles, qui leur permettront de bien manger pendant les cinq prochaines années.
On a déjà pu voir fleurir ici où là des appels à soutenir Juppé pour contrer Sarkozy ou on ne sait quel frondeur en carton du PS pour contrer Valls et Hollande. On attend avec impatience la prochaine occupation d’un ministère des banlieues pour nous vendre, comme en 2012, un candidat qui aura signé une charte qu’il ne respectera pas mais qui permettra aux acteurs de quartiers qui l’auront mis en scène de récupérer quelques menus avantages, si leur candidat gagne.

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Le départ de la course est donné. Qui prendra la suite du réseau « pas sans nous », usé jusqu’à la corde par les promesses non tenue du PS ?

D’autres ont profité de l’été pour aller bronzer aux frais du patronat.

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Patronat qui nous méprise mais qui s’emploie à nous faire rêver à coup d’empowerment et d’auto entreprenariat, recyclant inlassablement la vulgate du rêve américain : « quand on veut on peut ». Ce qui induit que, si on n’a pas réussi, c’est fatalement qu’on ne le voulait pas. Les laissés pour compte du capitalisme français apprécieront le mépris du message latent, adressé à tous ceux, vieux ou jeunes, qui survivent au quartier grâce aux minimas sociaux ou aux économies de la débrouille.

Les chasseurs de juifs et de francs-maçons, quant à eux, omniprésents sur le Net il y a encore quelques mois, continuent leur naufrage en se poucavant les uns les autres. Le « libre penseur » en est à sa 8ème version du trombinoscope de la secte de Soral, qui lui-même en est toujours à nous expliquer pourquoi il faut voter pour le FN tout en dénonçant les juifs, les francs-maçons et les homosexuels qui ont détourné le FN de son « vrai combat« . Leur message destiné aux caboches les plus fragiles est de moins en moins compréhensible.

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Pendant que chacun de ces acteurs s’active à se construire un avenir, cet été a permis l’accentuation des pressions s’exerçant sur les quartiers populaires.
Pressions policières, d’abord, qui s’inscrivent dans le temps long avec leur cortège de violences et de meurtres, dont la disparition d’Adama Traoré n’est qu’une nouvelle tragique étape. Violences policières renforcées par l’état d’urgence et l’islamophobie ambiante, garantissant aux forces de l’ordre une impunité totale.
Pression sociale, aussi, avec la promulgation de la loi « travaille! », qui détruit le Code du travail, dont les pages noircies pouvaient encore faire obstacle à l’exploitation sans limite de la force de travail de ceux ayant encore un travail. Un bouclier de plus attaqué à la foreuse 49.3, sous les applaudissements du patronat.
Pression culturelle, enfin, avec « l’assignation à résidence islamique » des femmes en « burkini ». Une tenue vestimentaire que personne n’a véritablement aperçue sur les plages mais qui a permis aux opportunistes de l’ensemble de la classe politique de nous expliquer à quel point les takfiristes mènent une offensive de masse chez « nous » ; offensive « nous » imposant de contre-attaquer, en évitant au passage à l’État français de se voir tel qu’il est : colonial et impérialiste.

Le « burkini », conte médiatique de l’été, est révélateur de l’ambiance générale de ségrégation dans laquelle on veut nous forcer à vivre. Comme le rappelle Abdellali Hajjat:

« le terme « burkini » sert de mot-écran, puisqu’il est le code médiatique utilisé pour parler sans en avoir l’air de « femmes musulmanes voilées se baignant à la mer ». En 1989, comme l’analysait Pierre Bourdieu, la question patente – « doit-on accepter le voile islamique l’école publique ? » – occultait la question latente – « doit-on accepter la présence de l’immigration maghrébine en France ? ». Depuis plus de trente ans, la question latente est toujours la même, l’enjeu est toujours celui de la légitimité présentielle de l’immigration postcoloniale sur le territoire français, même si les questions patentes ont beaucoup varié dans leurs formes : « doit-on accepter le voile islamique à l’université ? », « doit-on accepter le voile islamique pour les accompagnatrices de sorties scolaires ? », « doit-on accepter le voile islamique dans les crèches ? », « doit-on accepter les « repas sans porc » à la cantine ? », « doit-on accepter les « prières de rue » ? », etc. En 2016, la question « doit-on accepter le burkini ? » occulte la question « doit-on accepter les femmes musulmanes dans l’espace public ? ». Ce mot-écran, associé étymologiquement à la burka, qui est déjà interdite dans l’espace public français, est d’autant plus utile à l’idéologie raciste que, d’une part, comme le rappelle son inventrice Aheda Zanetti, le burkini n’est en rien un vêtement musulman et que, d’autre part, aucun burkini n’a été recensé sur la plage de Villeneuve-Loubet ! Autrement dit, l’idéologie raciste s’est appuyée sur une chimère, le burkini comme vêtement musulman visant à faire du prosélytisme sur les plages françaises, d’autant plus grotesque que l’interprétation wahhabite de l’islam condamne fermement ce type de pratique pour les femmes. »

L’été a aussi permis au Gouvernement de détruire encore un peu plus le service public d’éducation nationale. Cela a suscité partout des résistances qui sont aujourd’hui encore trop atomisées, comme l’ensemble de nos luttes, mais qui sont un point d’appui pour celles et ceux qui, dans nos quartiers, se bougent ailleurs que sur « Fb » pour offrir un avenir à nos petits.
Il n’y a pas une ville populaire sans occupations de classes et protestations des familles face au manque de moyens et fermetures de classes.

PetitBardlutte

Dans ce monde où le pire prend forme, nous devons plus que jamais compter sur nos luttes pour offrir un autre monde à ceux qui nous sont proches.
Certains réseaux militants ont été renforcés cet été, suite aux mobilisations consécutives aux violences policières, comme lors du meurtre d’Adama Traoré. Des liens se tissent encore et toujours dans nos quartiers – la dénonciation des violences policières demeurant le meilleur des marqueurs pour différencier ceux qui défendent le système de ceux qui le combattent réellement.

Ceux qui étaient en première ligne du mouvement contre loi travail ont profité de l’été pour reprendre des forces, panser les blessures et se structurer face à la répression.
D’autres ont mis à profit la période pour se former à la compréhension des liens entre capitalisme et racisme, que ce soit dans le cadre de camps décoloniaux non mixtes ou lors des nombreuses rencontres militantes qui se sont déroulées en France et en Europe.

Tout l‘été, l’État, le Gouvernement et les profiteurs de tout poil ont continué à s’activer. Malgré tout, en dépit des incarcérations, des batailles parfois perdues et des coups reçus, les nôtres sont de plus en plus nombreux à comprendre que l’articulation classe, race et genre demeure la seule alternative pour sortir du chemin de malheur dans lequel nous sommes engagés.

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3 Réponses to “C’est la rentrée”

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  1. Au Quartier on vote La Classe | Quartiers libres - 28 avril 2017

    […] mis a profit pour s’échapper de ce couloir de la mort. Bien au contraire nombreux ont été les racisés à cantiner tranquillement et ont été encore plus nombreux a être indiffèrent quand ils n’ont pas des fois méprisé […]

  2. Au Quartier on vote La Classe – ★ infoLibertaire.net - 28 avril 2017

    […] s’échapper de ce couloir de la mort. Bien au contraire nombreux ont été les racisés à cantiner tranquillement et ont été encore plus nombreux a être indiffèrent quand ils n’ont […]

  3. Au Quartier on vote La Classe | - 28 avril 2017

    […] s’échapper de ce couloir de la mort. Bien au contraire nombreux ont été les racisés à cantiner tranquillement et ont été encore plus nombreux a être indiffèrent quand ils n’ont […]

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