La séance du dimanche : Les colons

2 Oct

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Une exploration en profondeur de l’histoire des communautés de colons, qui exercent une influence déterminante et controversée sur le futur d’Israël. Premier volet : la prophétie. En 1967, la victoire d’Israël lors de la guerre des Six Jours et sa mainmise sur Jérusalem-Est et la Cisjordanie offrent de nouvelles perspectives à ceux qui rêvent de retrouver la « Judée-Samarie » biblique. Second volet : la rédemption. Les années 1990 voient les colons, un temps freinés dans leur essor, accroître leur présence et renforcer leur rôle auprès de la classe politique.

 

Motivations radicales

En 2016, la colonisation a pris des proportions si vertigineuses qu’elle conditionne littéralement la politique et l’identité d’Israël. Mais les films consacrés par le passé à ces implantations condamnées par les conventions de Genève se sont souvent focalisés sur leurs répercussions, plus rarement sur les forces idéologiques et historiques qui les ont impulsées. Après avoir interrogé les prisonniers palestiniens en 2006 (dans le très remarqué Le temps des prisonniers, déjà diffusé par ARTE), le réalisateur israélien Shimon Dotan analyse à nouveau l’impact d’une « communauté » sur la société qui l’a produite. Bénéficiant d’un accès sans précédent auprès des hommes politiques, des militants de la gauche et de l’extrême droite israéliennes, des premiers colons de l’après-1967 et des nouvelles générations, son documentaire explore en profondeur les motivations de chacun : radicaux, idéalistes, fanatiques messianiques, vrais croyants et opportunistes, tous vivant sur les lignes de faille d’un conflit ancestral. Un tour d’horizon imparable pour mieux comprendre les rouages d’un processus inquiétant.

 

 

Critique du documentaire par  Françoise Feugas issue du site Orient XXI:

« Les colons », un documentaire d’Arte

De braves gens qui font de mauvaises choses ?

Mardi 27 septembre 2016, Arte diffuse Les Colons, documentaire en deux parties du réalisateur israélien Shimon Dotan. Il a voulu avec ce film proposer une « exploration en profondeur » de ceux qui incarnent la politique de colonisation et exercent de ce fait une influence déterminante dans la non-résolution du conflit israélo-palestinien. Décryptage.

— Êtes-vous un colon  ?
— Colon  ? Habitant…
— Quelle est la différence  ?
— C’est une question de sémantique, uniquement.
— Quelle est la différence sémantique entre les deux  ?
— Un colon, c’est quelqu’un qui s’installe sur une terre qui ne lui appartient pas. Un habitant, lui, revient s’installer sur la terre de ses ancêtres.
— Alors, comment vous considérez-vous  ?
— Vous avez raison… Un instant… On peut recommencer  ?

On ne recommencera pas, cette fois-ci, toutefois une chose est sûre : la petite «  différence sémantique  » a de grandes conséquences sur la vie des Palestiniens et la possibilité d’un État palestinien. Car la condition de sa continuité territoriale est rendue totalement irréalisable, tant le territoire occupé de la Cisjordanie (et de Jérusalem-Est) est noyauté par les «  implantations  », lacéré en tous sens par les murs et les itinéraires de contournement, spolié de ses terres les plus fertiles et de son eau.

Mais Shimon Dotan n’a pas choisi cet angle. Il a privilégié l’exploration en profondeur des motivations des individus : «  radicaux, idéalistes, fanatiques messianiques, vrais croyants et opportunistes, tous vivant sur les lignes de faille d’un conflit ancestral  », précise la présentation de la chaîne franco-allemande Arte. L’ensemble de ces portraits, souvent en plans fixes, permettent en effet d’apprécier le discours de leur détermination irrationnelle — la prophétie biblique, la vision messianique, le «  grand Israël  » du Nil jusqu’à l’Euphrate — et/ou résolument conquérante et raciste. Ils alternent avec le récit de l’établissement des colonies par les «  pionniers  » depuis 1967, illustré par des documents d’archives et commenté par différents témoins et chercheurs.

i la politique d’apartheid est clairement exposée, avec ses routes réservées aux colons, le(s) mur(s) et la spoliation des terres palestiniennes, il n’en reste pas moins que le spectateur peu au fait risque d’en retirer l’impression que l’État d’Israël, impuissant, n’en finit pas de devoir gérer à son corps défendant une politique agressive du fait accompli. Comme si s’interroger sur les profils, les motivations, l’argumentaire et la vie des colons faisait disparaître la question centrale du fait colonial israélien, qui est à la fois une politique assumée et la première des violences. Celle qui tout à la fois légitime, autorise, finance (très généreusement) et justifie chacun des actes de ces «  fous de Dieu  », dont Shimon Dotan dit pourtant que «  ce sont de braves gens qui font de mauvaises choses  », dans un entretien au journal Haaretz. Néanmoins ne grinçons pas des dents, ne crachons pas dans la soupe : le récit historique comme les portraits de ces femmes et de ces hommes aux sourires angéliques valent tout de même bien deux fois 52 minutes de notre attention.

Françoise Feugas

Selon le Bureau central des statistiques israélien, il y avait environ 400 000 colons en Cisjordanie en 2014. Pour l’ONG israélienne B’Tselem, ce chiffre est sous-estimé  ; il monterait à 531 000 personnes pour la même année. Par ailleurs, on compte quelque 200 000 colons à Jérusalem-Est.

Entre 1967 et 2012, 125 colonies ont été établies en Cisjordanie occupée. Et il existe une centaine d’«  avant-postes  » illégaux même pour Israël mais — là encore — soutenus par l’administration.

1. La prophétie: Plus de quatre mille en 1977 en Cisjordanie, près de quatre cent mille aujourd’hui : les colons sont devenus incontournables, autant par leur implantation territoriale croissante que par leur impact idéologique et politique sur la société israélienne. En 1967, la victoire d’Israël lors de la guerre des Six Jours et sa mainmise sur Jérusalem-Est et la Cisjordanie offrent de nouvelles perspectives à ceux qui rêvent de retrouver la « Judée-Samarie » biblique. Certains, comme Hanan Porat (inspirateur des colonies), rétablissent le kibboutzim de leurs parents, évacués lors de la guerre d’indépendance de 1948; d’autres, comme les disciples du grand rabbin Kook, voient dans le succès militaire un signe de Dieu appelant à une mission divine. Malgré les réticences du pouvoir en place, Naplouse, Hébron et Jéricho deviennent des villes à investir pour ceux qui se définissent comme des néopionniers. Sous l’impulsion du mouvement populiste Gush Emunim, le gouvernement comprendra vite son intérêt à inplanter des colonies militarisées au sein même des territoires palestiniens…

2. La rédemption: Les années 1990 voient les colons, un temps freinés dans leur essor, accroître leur présence et renforcer leur rôle auprès de la classe politique. Entre les deux Intifada (1987-1993 et 2000-2006), durant lesquelles le monde mesure la colère des Palestiniens contre l’occupation, le Premier ministre Yitzhak Rabin gèle les constructions puis signe les accords d’Oslo, déchaînant la violence de ceux qui veulent « sauver la terre ». Son assassinat en 1995 par un sioniste religieux met un terme au processus de paix et laisse le champ libre aux extrémistes. Rassurés par les murs de séparation, les routes réservées et les aides gouvernementales, des colons d’un type nouveau apparaissent, aux visées moins idéologiques, mais attirés par les opportunités sociaux-économiques des colonies…

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