Retour sur marche du 5 novembre 2016, Vérité et Justice pour Adama

17 Nov

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Le 26 octobre dernier, l’enquête portant sur la mort d’Adama Traoré est dépaysée à Paris. Cette demande émane de la famille et constitue un premier pas vers la quête d’une instruction transparente. Au lendemain du 19 juillet, date de la mort d’Adama, la gendarmerie de Beaumont, le procureur et les pouvoirs publics n’ont eu de cesse de cacher la vérité sur les circonstances de la mort d’Adama et rendre la tâche de la famille qui se bat pour la vérité de plus en plus dure. Les corps a été caché et retenue à la famille, et les premières versions expliquaient une mort par infection. Cette version a depuis été désapprouvée par une contre autopsie demandée par la famille. Elle, soutenue par les quartiers de Beaumont et Persan, a en effet démonté très rapidement, en quelques jours, les mensonges de la version officielle et lutte depuis dignement pour la vérité.

Le second rassemblement, qui a eu lieu à Gare du Nord le 30 juillet était la première mobilisation organisée par la famille à Paris. Ce rassemblement, nassé par la police, au motif que la manifestation n’a pas été déclarée en temps d’état d’urgence et n’a pas pu avancer dans la rue. Cette grande marche devait, grâce à une meilleure organisation, relancé le combat judiciaire et politique à Paris. Organiser d’abord en rassemblement, puis rapidement en marche suivant le souhait de la famille et des proches, la date de la manifestation fut fixée au 5 novembre 2016. Marcher, c’est s’emparer de la rue, faire entendre le nom d’Adama, les revendications (la mise en examen des gendarmes de Beaumont et la remise en cause des techniques dangereuses d’interpellation) et de s’emparer de l’espace populaire afin de rassembler et fédérer autour des crimes sécuritaires. La marche devait aussi être un bel hommage au frère Adama, à l’instar de la grande marche de Beaumont, aux lendemains de sa mort.

C’est en moins de deux semaines que la famille et leurs soutiens ont chacun sollicité leurs réseaux et ont rassemblé leurs moyens pour organiser cette marche. Force est de constater que la mort d’Adama, illustrant une fois de plus la violence des forces de l’ordre dans les quartiers populaires et le mépris de la classe politique, a touché largement les quartiers d’Ile de France. C’est d’ailleurs les habitants des quartiers populaires qui vont être appelés par l’association Adama.
Il était prévu de marcher dans le centre-ville, au départ du Tribunal de Grande Instance de Paris vers la place de la République. Le rendez-vous, place du Châtelet (Théâtre) à moins de 400m du Tribunal de Grande Instance de Paris se remplit dès 13h. La place est balisée par du graf’ sur cellophane, de messages de soutien et d’hommage à Adama et aux victimes des forces de l’ordre. Des jeunes étudiants et lycéens finissent leurs banderoles en taguant des messages de solidarité sur de grands tissus et préparent leurs pancartes. Les jeunes de l’association Adama (habitants de Champagne, Bruyère, Persan et les villes limitrophes à Beaumont) s’organisent, entre vente de t-shirt et préparation du service d’ordre, pendant qu’Assa et son grand frère, Lassana, interviennent à la conférence de presse. Cette marche est bien la leur, tant ils maîtrisent aussi bien la communication, la mobilisation et la logistique technique. Cet événement est réfléchie, du déroulé au parcours, comme une illustration du rapport de force dans lequel s’inscrit l’association Adama. La famille et les proches d’Adama mènent la tête de cortège, soutenue par près de 4000-5000 personnes. La manifestation sert aussi à montrer la force fédératrice de la force de Beaumont et fait état du soutien dont ils bénéficient, indispensable pour obtenir vérité et justice pour la mort de leur fils, frère, ami.

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14h, Semba Traoré lance depuis le micro le début de la marche en appelant tout le monde à rejoindre la chaussée derrière les banderoles, tenues au centre par Youssouf, Baï, Cheikne, Bagui et Yacouba, frères et soeurs d’Adama. La tête de cortège arbore les t-shirts blancs et noirs avec au centre Oumou Traoré, la mère d’Adama, marchant pour la première fois en honneur de son fils. Trois banderoles sont alignées, reprenant les revendications de la marche. Depuis le dépaysement, le combat judiciaire se concentre désormais sur la mise en examen des gendarmes et sur la fin de l’utilisation de la technique de la clé d’étranglement et du plaquage ventral par les forces de l’ordre. La rue suit les slogans, criés depuis le micro, tenu à tour de rôle par les amis, frères et sœurs d’Adama, qui donnent le ton et font respirer la rue. La marche occupe toute la chaussée et s’arrête tous les 500m pour pouvoir observer des minutes de silences, rendant hommage à Adama, rompues à coup de lourds slogans, comme “justice et vérité” ou “justice pour Adama”. Des militants distribuent aux passants les derniers tracts expliquant les raisons de la marche et les invitent à rejoindre le pas.

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L’arrivé sur la place de la République permet de découvrir la fresque sur cellophane de Vinci Vince, préparée le temps de la manifestation. Elle montre un homme pris par une clé d’étranglement maintenu au sol par deux gendarmes qui l’étouffent. Les prises de paroles auront lieu devant ce dessin. Après avoir remercié les marcheurs de leur soutien, Assa et Lassana, rendent hommage à leur frère et aux victimes des violences policières. Après quoi, Assa passe le micro à Oumou Traoré, la mère d’Adama. Elle nous délivre une leçon de force en terminant simplement par “je suis fière d’être la maman d’Adama”. Elle impressionne par sa dignité et sa force, bien déterminée à rendre justice à son fils. Sa soeur jumelle, Hawa, s’exprime aussi et appelle à la marche qu’elle organise le mois prochain à Lyon.

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Le micro est ensuite donné aux quelques personnalités présentes, puis aux autres proches de victimes de violences policières. Ramatha Dieng, soeur de Lamine Dieng, mort par clé d’étranglement en 2007; Amal Bentounsi, sœur d’Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos en 2012; Abdourahmane Camara, frère d’Abdoulaye Camara tué de 6 balles par la police au Havre en en 2014 et Hamid Aït Oumghar, frère de Laoucine Aït Oumghar tué par balle en 2013. Ils rappellent leur propre combat et leur soutien à la famille Traoré. Le micro est ensuite donné aux amis proches d’Adama et aux militants des quartiers populaires, luttant contre les violences policières depuis des décennies, et aux militants syndicaux, aussi victimes des violences policières durant le dernier mouvement social. Le but de ces prises de paroles était surtout de permettre la construction d’un discours fédérateur face aux violences des forces de l’ordre et exiger la vérité et la justice pour toutes les victimes. La pluralité des intervenants doit aussi rendre évident la nécessité d’une convergence pour mener cette lutte difficile.

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Cette journée du 5 novembre a eu pour objectif d’entrer dans un long combat, à Paris, et d’exiger la mise en examen des gendarmes responsables de la mort d’Adama Traoré. La famille et les amis d’Adama ont très rapidement réussi à organiser une force locale à Beaumont et démonter les mensonges tant de la gendarmerie et du procureur Yves Jannier jusqu’à même obtenir sa mutation Conseil supérieur de la magistrature (ne traduisant pas d’une promotion). Cette marche fut bien une nouvelle occasion de démontrer, s’il le fallait, leur détermination, leur efficacité et leur capacité à réunir autour d’eux afin de lutter pour la vérité. Cette marche s’inscrit dans une longue lutte pour la justice, lutte que sont se dit prête à mener l’association de Beaumont.

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L’association Adama tient encore à remercier tous ses soutiens, tant les militants qui l’accompagnent que les artistes confondues, manifestants, associations et collectifs présents samedi 5 novembre. Elle prépare actuellement le lancement de la base locale au travers d’un premier gala à venir. La lutte pour Adama n’est pas finie, elle commence seulement.

Photos : Facebook Vérité et Justice pour Adama
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