Retour sur la médiation autonome du quartier de Boyenval / Communiqué de La vérité pour Adama

30 Nov

beeaumont

Mercredi 23 novembre au soir, Youssouf et Bagui Traoré ont étés placés en détention provisoire, par le tribunal de Pontoise au fait de la soirée du jeudi 17 novembre. Ils sont accusés, sans preuves avérées, d’ « outrage », « rébellion » et « menaces de mort » sur agents des forces de l’ordre. La plainte est portée par 9 policiers municipaux, soutenu par le témoignage des gendarmes de la ville. Cette décision de justice, nous ne pouvons pas la prendre autrement que comme un acharnement des institutions policières et judiciaires, et de la gendarmerie envers notre famille, et une intimidation afin de détruire notre cellule familiale. Nous sommes satisfaits par ailleurs d’avoir obtenu le dépaysement à Paris de l’instruction sur la mort d’Adama et que le tribunal de Pontoise ne sera pas responsable de la procédure. Nous avons depuis gagné en rage et en courage. Nous saurons aller de l’avant et continuer le combat.
Notre frère, ami, fils, Adama a été tué lors de son interpellation par les gendarmes de la ville de Beaumont sur Oise le 19 juillet dernier. Nous exigeons toujours leur mise en examen. Pour toute réponse, ses petits frères dorment en prison. Leur tort a été de se battre pour la justice et la vérité. Il est hors de question pour nous de faiblir. La force de notre lutte tire sa source dans le soutien local des habitants de Beaumont sur Oise et du quartier de Boyenval. Nous savons nous organiser pour concentrer nos forces dans le quartier et nous sommes fiers de ce que nous avons accomplis en quelques mois. Nous ne sommes pas seuls, nous l’avons réalisé jeudi soir dernier.
Mercredi soir, devant l’incendie d’une façade d’immeuble et l’agression d’un chauffeur de bus, l’incendie de ce bus et d’autres voitures, les habitants ont été abandonnés par les forces de l’ordre et les secours. Ce sont les locataires, dont Samba Traoré, le frère d’Adama, qui se sont appliqués tant bien que mal à éteindre les flammes, au risque de se blesser grièvement. Le lendemain matin, la maire Nathalie Groux est venue visiter le quartier, voulant exhiber son soutien aux habitants qui ont dû faire face à ces violences seuls. Cette visite de formalité n’a pas impressionné les habitants. Nous avons appelé le soir même à une réunion dans le quartier. Nous partagions le sentiment d’abandon exprimé ce soir-là par les habitants. Nous le vivons depuis le 19 juillet. Nous regrettons, tout comme eux, les événements de la veille, mais nous ne pouvons pas en être tenus pour responsable et les habitants le savent. Ils ont fait la part des choses. Ils sont conscients que la famille Traoré ne soutient aucune forme de violence. La première des violences s’est faite le 19 juillet, lorsqu’Adama est mort dans les locaux de la gendarmerie, et celle-ci n’a toujours pas été réprimandée. Nous sommes reconnaissants envers les habitants qui l’ont compris. Ils restent soudés et ont réitéré leur soutien total à notre famille et notre combat. Voilà pourquoi nous sommes restés toujours plus forts devant toutes les difficultés que nous rencontrons depuis 5 mois. Le combat est local, nous le savions dès le lendemain de sa mort. A présent, le voilà national et international. Nous continuerons sur cette voie. Habitant la ville depuis 30 ans, nous chérissons tous les liens que nous avons tissé au fil des années et nous nous appuyons dessus pour continuer notre combat.
Aussi, avons-nous aussi mis en place une médiation autonome, afin d’assurer le lien social et le bien être dans le quartier de Boyenval. Cette médiation, menée par Samba et d’autres habitants, prend ses repères depuis jeudi soir. Elle circule dans le quartier, veille à la sécurité des habitants et maintien le dialogue et le lien entre toutes les générations. Les médiateurs prennent soin, toute la nuit, de s’assurer de la tranquillité et sont à l’écoute. Depuis jeudi, les médiateurs ont eu de très bon retour, patrouillant tous les soirs pendant des heures.
La ville vient de nommer des médiateurs municipaux afin d’assurer cette fonction. Une gendarme réserviste est donc missionnée afin de « tisser des relations apaisées entre forces de l’ordre et habitants de ce quartier », dit le préfet. Elle anticipera alors le travail de la gendarmerie de la ville. La même gendarmerie qui a gazé devant la mairie des personnes vulnérables, qui a chargé et frappé le même soir des habitants dans le quartier, et où Adama est mort cet été. Autre chose, une assistante sociale devra recueillir les doléances des habitants de Beaumont sur Oise et de Persan. Son poste est mis en place à la gendarmerie.
Nous voyons là qu’une tentative grossière de récupération d’un travail que nous avons déjà mené. Nous n’avons pas attendu la mairie pour assurer la sécurité. La médiation ne peut pas être mieux gérer que par les habitants eux même. Encore une fois, Nathalie Groux n’est pas à l’écoute de sa population. Elle vient sans scrupules s’approprier le mérite de nos efforts sans aucunes discussions avec les médiateurs autonomes déjà sur place. Nous savons aussi que cette mission de médiation vient à point nommé. Vendredi, elle était reçue avec quelques officiers de la gendarmerie par le ministère de l’intérieur. Nous nous battons contre des institutions et nous avons maintenant placé le combat à un niveau supérieur. Nous anticipons alors toutes leurs tentatives de déstabilisation. Encore une fois, c’est là un manque de respect total envers les habitants et les médiateurs autonomes. Les échanges fructueux que les médiateurs ont pu faire avec les habitants renforcent davantage l’action et sa légitimité.
Aujourd’hui, mardi 29 novembre, quatre policiers municipaux viennent d’être médaillés par le préfet pour acte de bravoure et de dévouement. Ils sont aujourd’hui grassement récompensés pour leur violence du jeudi 17 novembre dernier. C’est là une bien piètre mise en scène puisqu’ils sont médaillés sur la base de nouveaux mensonges. Ainsi, par exemple, une policière municipale a en réalité reçu un seul jour d’Incapacité Totale de Travail, alors qu’elle avait publiquement annoncé en recevoir huit. Rappelons qu’elle s’est aussi blessée avec le gaz qu’elle a même projeté. Nous rappelons qu’Adama est mort dans les locaux de la gendarmerie, où les gendarmes ne sont toujours pas mis en examen. Les policiers municipaux, qui accusent Bagui et Youssouf Traoré, sont quant à eux récompensés.
Nous assurons avec sérieux cette médiation depuis une semaine avec de bons résultats. Les habitants savent répondre à leurs propres besoins, lorsque même qu’ils ont été abandonnés. La mairie et la gendarmerie ne voit là qu’une occasion de se racheter un peu de crédit. Lorsqu’ils patrouillent dans le quartier, les gendarmes assurent une pression sur notre équipe, leur ordonnant de quitter les lieux. C’est bien indécent de préparer la place pour la gendarme réserviste nommée par la ville et de faire illusion. Leur présence dans nos quartiers n’est qu’un leurre, ils ne sont pas là pour nous servir.
La date du jugement de Youssouf et Bagui est fixée au 14 décembre prochain. Nous nous organisons pour apporter soutien et exiger leur libération. Vous serez tenus informés des prochaines mobilisations.
La vérité pour Adama· mercredi 30 novembre 2016
Pas de Justice, pas de paix
Vérité pour Adama
%d blogueurs aiment cette page :