Beaumont-sur-Oise : l’idéal type d’une gestion néo-coloniale des quartiers populaires

1 Déc

Plus rien ne nous surprend dans la gestion des revendications des quartiers populaires par la République française et pourtant, il y a tant à dire.
Les réactions institutionnelles face aux mobilisations pour la justice et la vérité autour de la mort d’Adama Traoré sont un nouvel exemple de la brutalité et du mépris de la République pour les habitants des quartiers populaires. A Beaumont, la mobilisation autour de la famille Traoré bouscule l’Etat français et l’oblige à déployer toute la gamme de ses politiques et répressions néo-coloniales.
La plus souvent utilisée, c’est bien sûr la violence légitime de l’Etat, dont les habitants de Beaumont ont pu avoir un aperçu dès les premières heures de mobilisation devant la gendarmerie
, mais aussi lors des descentes de gendarmerie dans le quartier de la famille Traoré.

A chaque fois, des habitants pacifiques ont eu le droit aux coups de matraque et aux gaz de la gendarmerie. La violence d’Etat a accompagné chacune des manifestations de la famille Traoré pour faire valoir ses droits, y compris lors du rassemblement à Paris, où la manifestation a été nassée et n’a pas pu avoir lieu.
Cette violence déployée pour faire peur a eu un effet inverse : elle a renforcé la conviction et la détermination de la famille et de ses soutiens.

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Détermination que l’on retrouve dans chacune des interventions calmes et structurées d’Assa Traoré.

Fort de son ancrage local, la famille Traoré a fait le choix d’engager un important travail militant sur le terrain, à Beaumont, en multipliant les rencontres avec les habitants. Cette stratégie locale a déconcerté l’appareil répressif d’Etat qui sent bien que « la bataille des cœurs et des esprits » lui échappe localement. Alors, pour y remédier, l’Etat criminalise au maximum la famille Traoré.

C’est la deuxième stratégie déployée par l’Etat, qui a abouti à l’incarcération de Bagui et Youssouf Traoré, pour des charges ridicules. La justice a au mieux pu justifier ces deux incarcérations par un outrage puisque, pour les coups sur la policière municipale, l’accusation a reconnu que rien ne prouvait la culpabilité des deux frères. La gendarmerie nationale a reconnu que l’exploitation des images vidéo ne permettait pas « d’identifier formellement » Bagui Traoré. Concernant son frère, Youssouf, la gendarmerie déclare : « sa tenue vestimentaire (…) ne nous permet pas de le repérer utilement sur les images à notre disposition ».

Avec rien, on met donc deux innocents en prison. Cela rappelle la condamnation des frères Kamara et les mises en examen du 18 mai. La version de « la grande blessée » policière municipale est encore plus risible : finalement, elle n’a eu qu’une journée d’ITT. Confrontée à la vidéo des faits, elle reconnaît avoir pris un coup de poing après avoir gazée des gens pacifiques mais qui, d’après elle, la menaçaient. Heureusement que cette policière municipale n’avait ce jour-là qu’une gazeuse…

Histoire de bien faire passer le message et de montrer qui a les pleins pouvoirs, tout ce bon monde policier est récompensé par le préfet le 28 novembre 2016.

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Au final, avec seulement un outrage exprimé dans un contexte émotionnellement tendu, la justice française peut mettre en détention préventive. Quand on parle de justice d’exception dans les quartiers populaires, voilà un exemple de plus.

Dans ce contexte ultra-répressif, la famille continue malgré tout son combat et organise des rencontres avec la population qui prennent, entre autres, la forme de porte-à-porte dans la ville. Cette détermination démocratique et pacifique de la famille déstabilise encore les institutions, comme en témoigne la déclaration de Jean-Simon Merandat, directeur de cabinet du Préfet du Val d’Oise. Il explique ainsi dans le Parisien du 28 novembre : « La réponse ne peut pas être que sécuritaire. Nous voulons entamer un travail de médiation pour renouer les liens avec la population. ».

Après le bâton, voici donc la carotte.

Et pour porter la carotte, on fait appel au bon colonel de gendarmerie Thomas : « Notre but, c’est l’apaisement. On a intensifié un travail de porte-à-porte pour que les gens voient qu’on est là pour eux et pas uniquement le casque sur la tête contre les casseurs. ». Cela semble si peu évident que le colonel est obligé de mobiliser ses gendarmes un week-end à faire du porte-à-porte pour apporter la bonne parole policière.

Pour mener a bien cette mission, le colonel mobilise une gendarmette réserviste, née à Beaumont-sur-Oise, qui devra « tisser des relations apaisées entre forces de l’ordre et habitants de ce quartier », dixit le Préfet. « Elle connaît bien les gens, elle est de la même génération qu’une partie de la famille des Traoré, elle est allée à l’école avec eux », explique le colonel Thomas. On ne saura pas si elle parle leur langue…

On ferme le ban tant la gestion par la République française de la mort d’Adama Traoré dans les locaux de la gendarmerie de Beaumont est caricaturale.

Au-delà du mépris et de cette répression qui devient de plus en plus dure à Beaumont et qui tout deux préfigurent ce que seront les années à venir si nous n’inversons pas collectivement la tendance, la mort dramatique d’Adama Traoré trace aussi une perspective pour éviter le pire. La mobilisation de la famille Traoré, faite de droiture, de courage et d’ancrage local, peut servir de point d’appui et de modèle pour chacun et chacune d’entre nous qui n’acceptons pas le pire qui nous guette.

 

gestion-coloniale

                                    L’Echos des Cités / MIB Eté 2003

 

 

 

 

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