Livre du samedi : L’oeil de Carafa / Luther Blisset

3 Déc

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L’Europe en pleine Fermentation, les hérésies, la révolte contre la papauté romaine aux songes rebelles : tel est le décor de L’Œil de Carafa. Un même espoir unit le rêve communautaire de Thomas Müntzer, qui prêche pour convaincre les plus pauvres de se réapproprier la religion, et les visions des anabaptistes qui conquièrent la ville de Münster : celui d’ouvrir une brèche dans l’alliance diabolique qui unit tous les Grands de ce monde, les rois, les papes et les « nouveaux » chrétiens de Luther.  Au centre de toutes ces batailles et insurrections, dans cette foule d’illuminés, d’usurpateurs et d’esprits éclairés, un capitaine aux noms multiples et son ennemi, Q, agent du Saint-Office, livrent un combat sans merci dans lequel tous les coups sont permis. De l’Allemagne à l’Italie, en passant par la Hollande et la Suisse, les deux antagonistes se poursuivent pour se retrouver à Venise, porte de l’Orient, et dévoiler enfin l’énigme de leur identité.

« Il est écrit sur la première page : dans la fresque, je suis l’une des figures à l’arrière-plan.
Une écriture soignée, minuscule, sans la moindre bavure, formant des dates, des lieux, des réflexions. C’est le carnet des derniers jours convulsifs.
Les lettres sont vieilles et jaunies, poussières de décennies passées.
La pièce de monnaie du royaume des fous se balance sur ma poitrine, symbole de l’éternelle oscillation des fortunes humaines.
Le livre, le dernier exemplaire rescapé peut-être, n’a plus été ouvert. Les noms sont des noms de morts. Les miens, et ceux des hommes qui ont parcouru ces sentiers tortueux.
Les années que nous avons vécues ont enseveli à jamais l’innocence du monde.
Je vous ai promis de ne pas oublier.
Je vous ai mis à l’abri dans ma mémoire.
Je veux tout maîtriser depuis le début, les détails, le hasard, le flux des événements. Avant que le recul ne brouille mon regard, émoussant le vacarme des voix, des armes, des bataillons, atténuant les rires et les cris. Et pourtant, seul le recul autorise à remonter à un début probable. Un point de départ. Des souvenirs qui recomposent les fragments d’une époque, la mienne et celle de mon ennemi : Q. »

Ainsi débute L’Œil de Carafa, fascinant roman d’aventures de 750 pages qui entraîne le lecteur au cœur d’une Europe en pleines convulsions : celles des premières années de la Réforme et des débuts de l’imprimerie, où les idées circulent comme des traînées de poudre et ébranlent le pouvoir tant politique que religieux. Le narrateur, un mystérieux héros aux multiples identités successives, s’engage aux côtés de ceux qui, vite déçus par Martin Luther, veulent faire de la religion réformée un instrument de libération des opprimés : Thomas Müntzer et son armée de paysans, puis les anabaptistes qui s’emparent de la ville de Münster. Toujours en fuite, réchappant par miracle des terribles désastres qui engloutissent à chaque fois ses compagnons d’idéal, celui que ses camarades de Münster connaissaient comme le valeureux capitaine Gert du Puits sillonne l’Europe, de l’Allemagne aux Flandres, de la Suisse à l’Italie, d’autant plus intrépide qu’il est désespéré, ouvert aux rencontres les plus surprenantes, éternellement prêt à lancer aux puissants de nouveaux défis. Au fil des décennies, se fait peu à peu jour dans sa conscience une vérité tétanisante : la trahison d’un homme, un seul, toujours le même, est à l’origine de la ruine de toutes les causes pour lesquelles il s’est batttu, de toutes les défaites qu’il a traversées. En suivant d’un bout à l’autre de l’Europe les indices infimes que chacun sème derrière lui, les deux hommes vont cheminer l’un vers l’autre, pour finalement se retrouver à Venise, et régler les comptes de toute une vie.

« En 1994, partout en Europe, des centaines d’artistes, activistes et auteurs de canulars choisissent d’adopter la même identité. Ils se rebaptisent tous Luther Blissett et s’organisent pour déclencher l’enfer dans l’industrie de la culture. Il s’agit d’un plan quinquennal. Ils vont travailler ensemble pour raconter au monde une grande histoire, créer une légende, donner naissance à un nouveau type de héros populaire. En janvier 2000, au terme du Plan, certains d’entre eux se réunissent sous le nouveau nom Wu Ming. Ce dernier projet, bien que davantage tourné vers la littérature et la narration au sens strict, n’est pas moins radical que le précédent. »

Wu Ming :« Si le pouvoir impose son récit, nous devons rétorquer avec mille histoires alternatives »

Entretien avec Article 11: http://www.article11.info/?Wu-Ming-Si-le-pouvoir-impose-son

Mon nom est personne ou Wu Ming, refaire le monde en le racontanthttp://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article69

 

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