Livre du samedi : Le dessous des cartes -Asie – Itinéraires géopolitiques

21 Jan

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Le Dessous des Cartes – Asie

Itinéraires géopolitiques

 

Le monde a basculé. Au XXIe siècle, l’Asie est désormais le nouveau centre du monde.

Depuis presque vingt ans, on mesure comment le centre du monde s’est progressivement déplacé, délaissant peu à peu l’espace transatlantique. À travers la lecture de cartes originales et inédites, ce nouveau Dessous des Cartes explore tous les visages de l’Asie – démographiques, politiques, économiques, sociaux et environnementaux.
Il étudie les conflits latents, les violences envers les minorités, les nouveaux jeux d’alliances, et décrypte les dynamismes et les inerties dans une région qui donne aujourd’hui le pas à la marche du monde.

« J’ai eu la chance de faire de très nombreux voyages en Asie. J’ai visité, séjourné et travaillé dans tous les pays que ce livre explore. J’en connais les odeurs, les couleurs, les fleuves, les paysages, les peuples bien sûr, leurs histoires tragiques ou douces, mais aussi les futurs qu’ils préparent avec tant de détermination. Des futurs qui réinventent les rapports de force internationaux, en les déplaçant vers des champs nouveaux. » JCV

Le livre est construit autour de trois idées forces qui présentent l’Asie sous toutes ses facettes : les visages de l’Asie, les tensions géopolitiques du continent et les forces de changement qu’il porte.

1 – Les visages de l’Asie

Le portait démographique, urbain, éco­nomique, social de l’Asie et de ses pays, pour comprendre l’état du continent, ses forces (sa population, sa jeunesse, son dynamisme), ses faiblesses (corruption, pollution, inégalités) et les différents modèles à l’œuvre, du Japon au Laos, de l’Inde à Singapour en passant par la Chine et le Bangladesh.

2 – L’Asie sous tension

La cartographie des conflits qui tra­versent l’Asie, des crises anciennes aux tensions actuelles, pour comprendre les rapports de force, les violences et les guerres potentielles qui s’y préparent, des îles de la mer de Chine au Cache­mire, du Pakistan à la Corée du Nord, des ressources en eau de l’Himalaya aux souffrances infligées aux minorités tibé­taine, karen, rohingya…

3 – L’Asie en mouvement

Le mouvement d’un continent en train de façonner le monde demain, en ma­tière énergétique, environnementale et culturelle. De la conférence de Bandung (Indonésie), en 1955, qui marquait l’irrup­tion du Tiers-Monde sur la scène interna­tionale, à l’exposition universelle de 2010 qui a fait de Shanghai la capitale de ce début de siècle, l’Asie se veut désormais source d’inspiration du monde

Les auteurs de l’atlas du dessous des cartes Asie

Jean-Christophe Victor, fondateur et directeur scientifique du LEPAC – Laboratoire d’études prospectives et cartographiques (www.lepac.org) – enseigne la géo­politique en France et à l’étranger. Il est le créateur du magazine Le Dessous des cartes, diffusé sur Arte et Internet, et le coauteur du Musée « Espace des mondes polaires », qui ouvre ses portes fin 2016 dans le Haut-Jura.

Robert Chaouad, chercheur en relations internationales, a travaillé plusieurs années au Lépac. Il a no­tamment dirigé le livre Le Dessous des cartes. Itinéraires géopolitiques (2010), et participé à l’élaboration de 2033, atlas des futurs du monde (2009).

Guillaume Sciaux est carto­graphe géomaticien (www.pacha.cartographie).

 

Extraits:
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Interview avec Jean-Christophe Victor, par Laurence Defranoux 25 décembre 2016 : 

«On s’est aperçu que Google Maps mentait»

Jean-Christophe Victor, créateur de la vénérable émission le Dessous des cartes, sur Arte, vient de publier, aux éditions Tallandier, le Dessous des cartes Asie, un ouvrage de 143 pages et de 120 cartes consacrées à ce vaste continent qui abrite plus de la moitié de la population mondiale. L’atlas décrypte les grandes problématiques interrégionales, comme l’urbanisation, l’eau, les transports ou la présence des femmes en politique. Il s’attarde aussi sur des cas particuliers comme le mystérieux sultanat de Brunei ou les forces qui déchirent le Cachemire.

Pourquoi un atlas sur l’Asie ?

Toutes les observations montrent que depuis vingt ans, le centre du monde s’est progressivement déplacé dans la région – même si on ne peut pas parler de «continent» au sens géographique, pas plus que de continent européen, qui n’est qu’une péninsule dans l’ouest de l’Eurasie. La deuxième raison est que c’est la région du monde que j’aime et connais le mieux.

On entend couramment que, en 2025, la Chine sera la première puissance économique au monde…

Même si c’est exact en parité de pouvoir d’achat, c’est par exemple complètement faux en revenu par tête. Pour comparer les Etats-Unis et la Chine, on a cherché ce que sont les outils de la puissance et on en a paramétré une quinzaine. On les a traduits en graphique, et c’est très parlant : on voit que la Chine a encore du chemin à faire. La carte de la corruption est aussi très efficace. Dans un autre genre, celle des routes maritimes est très belle et permet de rappeler que 82 % du commerce mondial se fait par bateau.

Quelle découverte avez-vous faite ?

On s’est aperçu que Google Maps mentait. C’est très embêtant parce qu’il est de plus en plus pris comme référence. Un pays s’exprime par le positionnement de ses frontières, qui peuvent être stables ou bien en litige. Par exemple, Pékin édite des cartes d’après la vision de ses frontières avec le Japon ou avec l’Inde. New Delhi, de son côté, produit ses propres cartes. Or, Google Maps a choisi de ne pas prendre la référence internationale, que sont les cartes des Nations unies, et de s’adapter à la vision de chaque partie.

On a demandé à des chercheurs chinois, japonais, indiens de faire des tests, et on a pu voir que si vous êtes à Pékin, vous avez une certaine frontière dans l’Himalaya et qu’à Delhi, vous en avez une autre. Le même problème existe sur la représentation du Sahara occidental, du Chili, de la Crimée, d’Israël… Google accepte de faire disparaître des territoires entiers pour conquérir des marchés. C’est une profonde malhonnêteté intellectuelle.

Qu’est-ce que les recherches disent du futur du continent ?

L’Asie a réussi sa croissance notamment en s’appuyant sur sa dynamique démographique. En quinze ans, elle a créé une classe moyenne de 600 millions de personnes, pour la plupart sorties de la pauvreté. Or, on voit très nettement que, depuis cinq ans, la base de sa pyramide des âges se rétrécit beaucoup, en même temps que le taux de scolarité des filles augmente. Au Japon, 26 % de la population a déjà plus de 65 ans. A partir de 2035, la courbe d’augmentation de la population d’Asie va s’infléchir et le continent perdra son avantage démographique.

Qu’est-ce que vous n’avez pas pu réaliser ?

On ne peut pas tout cartographier. Il est très difficile de spatialiser les réfugiés, les déplacements de population. On peut mettre des flèches pour représenter des flux généraux, mais pour rendre compte des déplacements des Rohingyas de Birmanie, quel degré de précision et d’acuité aurons-nous ?

Un autre problème est que les flux numériques ne se traduisent pas en géographie, même si on possède les données. On a voulu représenter la couverture mondiale de Facebook. Or, si on peut cartographier les câbles sous-marins par lesquels les données transitent, le réseau de centaines de satellites qui transportent cette information n’est pas transposable. On peut à la rigueur connaître l’émetteur et le récepteur d’un courrier électronique, mais on ne sait pas par où il passe. Une représentation cartographique de Facebook ne fait que se superposer aux grands pôles de croissance dans le monde. C’est parce que ces flux sont «virtuels» qu’ils se sont tant développés.

Laurence Defranoux

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