la Justice pille leurs casiers judiciaires pour l’exemple

17 Fév

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Relai des comptes-rendus du Comité de Soutien Juridique, qui appellent à soutien financier dans une Cagnotte pour les inculpés du 93 et leurs familles.
Les autres textes, qui retracent l’ambiance au tribunal de Bobigny depuis le début des révoltes : l’embuscade du TGI de Bobigny, les embuscades continuent au trib’, les peines brûlent au tribunal.

Mardi 14 février, la Justice ne lâche pas le morceau, et c’est au tour de 5 jeunes des quatre coins de l’Île-de-France (91/93/95) de passer dans le box. Ils ont tous été interpellés le soir du 11 février, pendant les révoltes qui ont suivi le rassemblement de soutien à Théo et à toutes les victimes des violences policières à Bobigny.

Remettons les choses dans leur contexte concernant cette soirée : aucun transports ne circulaient en direction de l’Est du 93. Certains bus étaient déviés bien loin de leurs arrêts habituels ou ne circulaient tout « simplement  » pas, ce qui a forcé des centaines de personnes à rentrer chez eux à pied. Sur le chemin, une immense chasse à l’homme s’est orchestrée de Boboche à l’Est du département : les flics prenaient en chasse les groupes qui tentaient de quitter Bobigny, du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc pleuvaient dans tout les sens. Des scènes d’une grave violence qui ne provenait, pas des jeunes comme les médias et la Justice s’efforce à faire croire, mais bien de la police et de la BAC (« Brigade Anti Criminalité « ).

C’est lors de cette chasse à l’homme, dont certains d’entre nous ont été témoins, que les 5 jeunes se sont fait interpeller dans les alentours du pont de Bondy (à environ 15 minutes de Boboche à pied). Ils sont tous accusés d’avoir participé au pillage du Décathlon de Noisy-le-Sec donc de « vol en réunion « . Le parquet compte bien leur faire payer des faits commis à plus de 300 personnes ce soir-là.

Quelques questions donc : comment peut on leur imputer la responsabilité de « vol en réunion  » alors qu’ils ne se connaissent pas, et comme pour mercredi dernier, ils se sont fait interpeller chacun à des endroits différents. Les 2 premiers se sont fait interpeller au niveau du MacDo de Bondy, le 3ème dans le Décathlon même (on peut féliciter les vigiles de collaboration, ‘faut pas qu’ils s’étonnent si ils se prennent des patates après, non ?),  le 4ème à été arrêté au niveau de l’arrêt « Pont de Bondy  » du bus 105, et le dernier au niveau de l’avenue Aristide Brillant sur la N3.

« Ils arrêtent tous le monde, ne font aucune différence » déclare l’un d’entre eux.

Seul 3 d’entre eux avaient des produits dits « volés  » sur eux lors de leur interpellation et seul l’un d’entre eux a été semi-reconnu par la vidéo-surveillance. De plus, un des cinq jeunes à eu deux jours d’ITT, après avoir été touché par un tir de flashball à la jambe.

Presque tous ont un casier vierge (sauf un, pour un vol d’il y a 10ans…). Ils sont en formation, en BTS ou en CAP. On se répète, mais c’est toujours la même histoire : aucun d’entre eux ne pouvait prouver ses dires, car ils n’avaient pas de garanties de représentation, sauf un (merci les potes présents).

La colère des avocats de la défense gronde alors dans le tribunal. Ils parlent de « prise d’otage de la défense ».

Les 3 avocats réclament la nullité, pour faute de dossier incomplet et parce que l’OPJ a signé les PV de fin de GAV exactement à la même heure pour 3 d’entres eux. Il manquait pas mal d’infos dans les dossiers transmis à la défense (2 pdf sur 8) et les avocats n’auront accès aux dossiers complets qu’entre midi 30 et 13 heures, soit moins d’une heure avant le début des CI (comparutions immédiates).

« Ce jugement n’est pas légitime  » affirment les avocats de la défense. La procureure, qui est toujours là pour les grosses affaires de révoltes, rappelle encore une fois son amour pour l’ordre public et les policiers, elle affirme à demi-mots son envie de faire des exemples – comme mercredi dernier – tout en affirmant que les avocats de la défense sont malhonnêtes et qu’elle non plus n’a pas eu les dossiers complets à temps pour pouvoir les travailler.
Alors pourquoi elle tient à ce point là à les juger ?!

Craignant la détention, les avocats de la défense optent pour une comparution immédiate sachant que certains avaient une carte de séjour et qu’un autre était sans domicile fixe. Comme a leur habitude, les juges demandent au cinq le pourquoi de leur présence ce jour là. L’un d’entre eux lui répond tout simplement :

« Je viens du 93, je vis les violences policières, moi aussi je me suis déjà fait frapper, j’étais là car je comprends et soutien Théo ».

Chacun leur tour, ils expliquent leur version des faits : certains ne faisaient que rentrer chez eux, d’autres ont trouvé des affaires par terre et les ont ramassées, ou encore certains ont expliqué qu’ils avaient eu la chance de participer à la distribution de produits dans la rue. L’un d’entre eux affirme : »Je n’ai pas volé le pantalon, je l’ai trouvé par terre et je l’ai ramassé. »

« Je ne suis pas rentré dans le Décathlon, des gens distribuaient des doudounes et on m’en ont donné une » explique le 3ème.

Celui qui a été retenu par les vigiles affirme qu’il a suivi les gens dans un effet de groupe, et que c’est après coup qu’il s’est rendu compte qu’il était dans le magasin.

Les juges refusent d’écouter tout discours qui fait le lien entre les révoltes et l’affaire de Théo.

On commence à se rendre compte que la réquisition du procureur et toujours la même, qu’elle l’adapte juste aux affaires. Elle s’acharne à dire que le soutien à Théo est juste un prétexte pour taper du flic.

C’est plus tard qu’un des potes des prévenus nous fait remarquer qu’elle a utilisé exactement la même phrase que Marion Maréchal Le Pen, en nous montrant l’article en question sur son téléphone : « Regardez,  j’ai trouvé de qui s’inspire la procureure ! En plus elles ont la même coupe de cheveux ! »

C’est pas nous qui iront le contredire. La procureure continue son monologue, en expliquant qu’elle ne comprend pas pourquoi les gens iraient voler des produits pour ensuite les donner. Il faut croire que les mots Solidarité et Partage ne font pas partie de son vocabulaire. Au delà de ça, certains sont sûrement sortis du Décathlon avec du surplus et en on fait profiter leurs potes, d’autres ont dû avoir peur et ont lâché leur butin sur le chemin.  Y a quoi de si étonnant là-dedans ?!  Sérieux on voit pas…

Elle soutient qu’affirmer que les articles volés dans le Décathlon aient été « gratuits et distribués » est un mensonge, et que quand bien même, la gratuité ne fait pas la légitimité. Elle essaie de faire pleurer dans les chaumières en racontant que les vigiles qui ont été frappés ne portent pas plainte. C’est raté, la salle à rit (elle veut qu’on leur offre une médaille pour avoir fait les bon chiens de garde ou c’est comment ?).

Alors que c’est leur première fois au TGI, la procureure demande 10 mois ferme avec mandat de dépôt (mais on va nous faire croire qu’après son réquisitoire et sa demande, il n’y a aucune volonté de faire un exemple).

L’ambiance dans la salle était déjà bien tendue, et à ce moment là, les soutiens étaient sur le point de craquer. A l’annonce de la demande du procureur, le ton monte dans la salle. Nous avons rappelé aux amis des prévenus qu’il fallait qu’ils prennent sur eux, qu’ils sont là pour soutenir leur pote et pas prendre leur place.

Nous rappelons que nous sommes là pour soutenir et essayer d’assurer la sécurité des gens au tribunal, tout le monde ne sait pas qu’on peut finir en GAV juste pour avoir crié dans la salle. Rajoutons à ça le fait que les flics sont dans la provocation et que ceux de cette salle sont les pires du TGI.

Pour un simple « waw ! « , la salle s’est vu octroyer 7 flics en plus. Pour avoir sorti son téléphone, M à été entouré par 6 flics et viré de la salle à deux reprises. La 2ème fois, il se fait sortir du TGI, ce qui ne la pas empêché de revenir une heure plus tard, en notre présence.

Une précision : les élans militants pour foutre le bordel dans un tribunal ne servnt pas du tout ni les prévenus ni leurs familles, et met en danger les soutiens.
Nous ne rappellerons jamais assez que la répression vécue par les militants parisiens est très loin d’être au niveau de celle vécue par les jeunes racisés du 93.

Après 5 heures d’audience vient le délibéré qui va lui même durer 45 bonnes minutes. L’un des avocats de la défense, exténué, est en stress pour son client. La famille et les amis aussi. Tous le monde essaie de se calmer à sa façon.

La juge qui présidait était la même que jeudi dernier. A son habitude, elle leur à fait une leçon de morale tout en leur criant dessus, pleine de maternalisme poisseux, avant d’annoncer son verdict : elles refuse la nullité du procès demandé par les avocats de la défense et requalifie les faits de « recel » pour l’un des prévenus. 

Les 5 sont reconnus coupables (requalification de « vol aggravé  » pour 4 d’entres eux, sauf celui qui s’est fait péter pour recel). Ils sont condamnés à faire 210 heures de TIG, ont l’obligation de trouver un taf ou une formation, et si ces deux conditions n’étaient pas réunies, ils risquent tous les cinq 8 mois de prison ferme d’emprisonnement.

Notons qu’évidemment, le Décathlon porte plainte. L’affaire n’est donc pas finie et 4 d’entre eux sont convoqués en Juin pour le procès au civil, cette fois.

 

Mise à jour du 17/02/2017 : Nous avons appris que le parquet a décidé de faire appel sur la décision du Juge aujourd’hui. Nous y voyons clairement une volonté politique de mettre la jeunesse du 93 en prison, de faire des exemples, et de faire bien plus que de salir le casier judiciaire de ces jeunes, qui est déjà un énorme handicap pour trouver un boulot quand on a un nom « pas français  » et qu’on à un code postal que la plupart des employeurs assimilent aux bas-fonds pouilleux de la République, grâce au fantasme alimenté par les médias et la classe politique sur les quartiers populaires.


Pour les contacter : comitedesoutienjuridique@riseup.net

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