Archive | février, 2017
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Le monde à l’envers

14 Fév

philippe_ramette_balcon

« Il y a cent trente ans, après avoir visité Le Pays des Merveilles, Alice traversa le miroir pour y découvrir le monde à l’envers. Si Alice renaissait de nos jours, elle n’aurait nul besoin de traverser un miroir : il lui suffirait de se pencher à la fenêtre. Le Monde à l’envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé, au lieu de l’écouter et à accepter l’avenir au lieu de l’imaginer : ainsi se pratique le crime, et ainsi est-il encouragé. Dans son école, l’école du crime, les cours d’impuissance, d’amnésie et de résignation sont obligatoires. Mais il y a toujours une grâce cachée dans chaque disgrâce, et tôt ou tard, chaque voix trouve sa contre-voix et chaque école sa contre-école. »

Sens dessus dessous, Eduardo Galeano, Homnisphères 2004

Le viol de Théo Luhaka et sa médiatisation, nous en dit long sur l’état du pays, de la police française, du monde politique pour qui veut bien se donner la peine de traverser le miroir pour voir le monde à l’endroit.

Dans ce monde à l’envers, un syndicaliste policier peut nous expliquer que «bamboula, d’accord, ça ne doit pas se dire, mais ça reste à peu près convenable».

Dans ce monde à l’envers, la police des polices (« les bœufs-carottes ») nous apprend qu’un viol en réunion peut être requalifié en violences volontaires aggravées et nous confirme ainsi que la carotte de leur surnom c’est pour les victimes des violences policières.

Dans ce monde à l’envers, un loup peut se transformer en agneau comme nous le prouve aujourd’hui Bruno Beschizza, monsieur sécurité de Nicolas Sarkozy, syndicaliste policier toujours prêt à dégainer pour protéger ses collègues et qui aujourd’hui en maire d’Aulnay se pose en défenseur de Théo.

Dans ce monde à l’envers le renard est dans le poulailler comme le président de la république peut être au chevet d’une victime de sa Police républicaine.

Dans ce monde à l’envers tout est fait pour nier cette réalité : si des flics de la BST ou de la BAC sont violents à Aulnay ou ailleurs c’est parce que les syndicats de police et la classe politique leur ont donné les pleins pouvoirs pour mater les quartiers populaires.

Dans ce monde à l’envers on peut donc en toute hypocrisie déplorer les conséquences de ces actes sans jamais remettre en causes ses actes. Lire la suite

E.One (Première Ligne) « En paix (I just can’t be hurt) »

13 Fév


#WilliamBlake

Les embuscades continuent au tribunal de Bobigny

12 Fév

IMG_20170212_174903.jpgTexte des camarades sur place ces derniers jours au TGI de Bobigny.
Les premières infos concernant les comparutions au tribunal sont .


Contrairement à la journée de mercredi au TGI de Bobigny, celle de jeudi a été un tant soit peu plus calme. Quatre personnes sont passées en comparution immédiate. Le mardi soir, l’une d’entre elles avait été interpellée à Aulnay-sous-Bois, deux autres à Villepinte, et la dernière à la gare de Saint Denis. Et cette fois-ci, seuls deux journalistes assistaient aux audiences (et on ne va pas s’en plaindre).

Dans la salle, une maman qui était venue la veille au TGI de Bobigny pour chercher son fils dont elle n’avait plus de nouvelles depuis lundi. Difficile d’imaginer dans quel état d’inquiétude elle pouvait se trouver. Il s’était rendu à Aulnay afin de participer à la manifestation du lundi après-midi en soutien à Théo et sa famille. C’est le mardi soir qu’il a été violemment interpellé dans un bus, par des flics débarqués alors que le chauffeur avait bloqué un groupe de jeunes à l’intérieur sans même avoir démarré (‘faut pas s’étonner si les bus brûlent). 

À son arrivée dans le box, il se trouve confronté à la juge du jour, hautaine et agressive, comme la veille. Notons qu’après avoir lu son cursus scolaire, elle change de ton : « Vous avez eu 11 de moyenne au bac et vous êtes en fac de STAPS, c’est que vous n’êtes pas un abruti… » Le procureur, à côté de ses pompes, cherche à lui faire endosser un tag et un outrage, en s’appuyant sur un dossier plus que bancal. L’avocat, qui pour une fois n’est pas un avocat commis d’office, demande le renvoi.

Vient le tour des deux accusés de Villepinte. Le procureur présente de nouveau un dossier mal ficelé basé sur des procès verbaux de flics, « rédigés » avec les pieds, à base de suppositions hasardeuses. Ils sont tous deux accusés d’avoir « transmis les positions des équipes de police sur le terrain ». Pour ces simples « faits » hypothétiques, le procureur réclame 2 ans de prison ferme.

Le décalage entre la répression infligée aux jeunes des quartiers et celle qui a pu s’abattre sur de jeunes « militants » est frappant, pour des chefs d’accusation similaires. Les premiers n’ont pas le CV flatteur des seconds, ni pour la « société », ni pour la juge qui prétend la défendre. Elle a d’ailleurs, sans surprise, passé son temps à dénigrer chacune des paroles des accusés, à leur brailler dessus à tout bout de champ, à les prendre de haut. Leur avocate commise d’office, par crainte de la détention provisoire, a préféré leur conseiller d’accepter la comparution immédiate. Encore une fois, à l’inverse de nombre de militants, ils ne pouvaient pas forcément présenter les garanties de représentation adéquates pour éviter la détention. 

Le dernier accusé est un habitant de Saint Denis, papa de deux enfants. Il s’est fait arrêter suite à un énième contrôle. Il est accusé d’outrage, pour ces mots : « Bande de violeurs, fils de putes, justice pour Théo ! » ; « Vous les gaulois, vous êtes tous des sales races » ; « Vous avez violé Théo ! On va vous retrouver et se venger… » Bref : une page entière de rage. On l’accuse aussi de violences sur agent n’ayant pas entraîné d’Interruption Temporaire de Travail (ITT) – en l’occurrence, un coup de pied balancé à flic qui lui avait jeté son café bouillant à la figure). Contrairement au flic, le prévenu s’est vu prescrire 1 jour d’ITT. Nul besoin d’être un génie pour capter qui a violenté qui, et que si de telles « insultes » ont pu sortir de sa bouche à l’encontre des condés, elles sont le fruit d’une colère longtemps contenue, sortie d’un bloc ce jour-là, un jour de trop :

« C’est toujours les mêmes policiers qui me contrôlent, ils s’arrêtent toujours sur moi, tous les jours. Ils m’embêtent, ils m’appellent par des noms que je ne citerai pas ici, alors qu’ils savent très bien comment je m’appelle. Ils viennent toujours me contrôler, ils me cherchent, j’essaie de ne pas rentrer dans leur jeu. J’étais énervé par ce qu’ils ont fait au jeune Théo et ce qu’ils nous font à Saint-Denis tous les jours… Ils provoquent les jeunes de Saint-Denis »

Il se fait couper la parole à chaque fois qu’il tente de s’exprimer au cours de l’audience. Puis le procureur prend la parole, et c’est là qu’on commence à vraiment halluciner : le proc’ déguaine sans honte la carte du racisme anti-blanc. Et pousse même le vice en prétendant lui rappeler que l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale, alias « la police des polices ») existe, et qu’il aurait dû porter plainte auparavant, tout simplement. On se demande s’il lui arrive parfois de sortir de son tribunal. L’avocate commise d’office laisse échapper un léger sourire avant d’expliquer au procureur que les plaintes n’aboutissent jamais. Mais comme pour les deux jeunes de Villepinte, le père de famille qu’elle défend ne dispose pas des garanties suffisantes pour prendre le risque de demander le renvoi.

L’impression générale est claire : les juges voulaient expédier les affaires. Les délibérés ont été rendus en un temps record. Le renvoi du premier à été accepté, l’accusé est aujourd’hui sous contrôle judiciaire avec interdiction de se trouver dans le 93 ; son procès aura lieu en juin. Les deux jeunes de Villepinte sont tous deux condamnés à 2 mois de sursis avec travaux d’intérêt généraux (T.I.G) : ils devront donc effectuer 105 heures de T.I.G, sans quoi ils devront purger 2 mois de prison ferme. Quant au papa de Saint Denis, il est condamné à 3 mois de prison avec sursis. Lire la suite

La séance du dimanche: Mineurs isolés, enfants en danger

12 Fév

Une enquête bouleversante sur les très jeunes migrants qui, en nombre croissant, arrivent sur le sol européen et, souvent, y demeurent livrés à eux-mêmes et sans protection.

Depuis 2014, quelque deux cent mille migrants mineurs seraient parvenus en Europe et parmi eux, dix mille à trente mille enfants et adolescents se seraient évanouis sans laisser de traces administratives en Grèce, en Allemagne et en Italie. Les autorités locales les déclarent disparus. Faute de protection et de moyens de survivre, beaucoup sont tombés dans les filets de trafiquants de drogue et de prostitution, alors qu’ils étaient venus en Europe pour tenter de fuir la misère, la guerre et la violence. Lire la suite

« Le harcèlement continue » Lettre ouverte de la famille Kraiker

12 Fév

Le mardi 25 janvier au soir, Wassil est au kebab avec Amine en train de regarder le match de la Côte d’Ivoire à l’angle de la rue des 7 Arpents. Ils partent ensuite chercher le sac d’Amine à Scandicci. Là, ils voient des gens courir et la police (BST et BAC) qui court vers eux. Wassil et Amine prennent la fuite, la police les rattrape et les accuse d’avoir participé à un attroupement armé. Wassil a bien entendu un policier de la BST crier : « Y’a Kraiker, y’a Kraiker, attrapez-le » !

Wassil et Amine sont emmenés au commissariat de Pantin avec Abdelali, Massinissa et Zinedine (seul majeur), d’autres copains de Wassil habitant à Pantin, arrêtés pour les mêmes soupçons.

Sans preuves, ils sont placés en garde à vue pendant 48h. à l’issue de ces 48h, 3 jeunes sont relâchés. Seuls Wassil et Zinedine seront déférés à Bobigny, le 26 janvier à 23h.

Wassil n’a pas été nourri lors des 24h qui ont suivi la prolongation de sa garde à vue (24h donc). Ils dorment avec un drap sale pour 4 à même le sol en plein mois de janvier.

Le 25 janvier, lors de son audition, Wassil est étonné d’apprendre qu’on l’accuse de détenir une béquille. Wassil nie du début à la fin avoir eu une béquille en sa possession et fait de même devant le juge pour enfants.

Wassil est nargué et menacé pendant sa garde à vue par les policiers dont Christian, chef de la BST, déjà présent lors de l’agression du grand frère de Wassil, Bilal.

Voici les remarques entendues : Lire la suite

Livre du samedi : Sens dessus dessous / Eduardo Galeano

11 Fév

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Sens dessus dessous : L’école du monde à l’envers / Eduardo Galeano

 

Il y a cent trente ans, après avoir visité le pays des merveilles, Alice entra dans le miroir pour y découvrir le monde à l’envers. Si Alice renaissait de nos jours, elle n’aurait besoin de traverser aucun miroir : il lui suffirait de se pencher à la fenêtre.

A l’école du monde à l’envers, le plomb apprend à flotter, le bouchon à couler, les vipères à voler et les nuages à ramper le long des chemins.

Dans le monde d’aujourd’hui, monde à l’envers, les pays qui défendent la paix universelle sont ceux qui fabriquent le plus d’armes et qui en vendent le plus aux autres pays. Les banques les plus prestigieuses sont celles qui blanchissent le plus de narcodollars et celles qui renferment le plus d’argent volé. Les industries qui réussissent le mieux sont celles qui polluent le plus la planète ; et la sauvegarde de l’environnement est le plus brillant fonds de commerce des entreprises qui l’anéantissent.

Le monde à l’envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé au lieu de l’écouter et à accepter l’avenir au lieu de l’imaginer : ainsi se pratique le crime, et ainsi est-il encouragé. Dans son école, l’école du crime, les cours d’impuissance, d’amnésie et de résignation sont obligatoires. Mais il y a toujours une grâce cachée dans chaque disgrâce, et tôt ou tard, chaque voix trouve sa contre-voix et chaque école sa contre-école.

Éduquer par l’exemple

De toutes les institutions éducatives, l’école du monde à l’envers est la plus démocratique : elle n’exige aucun examen d’admission, ne nécessite aucune inscription et délivre gratuitement ses cours, à tous et partout, sur la terre comme au ciel : elle est la fille du système qui a conquis, pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, le pouvoir universel.

Les modèles de la réussite

Le monde à l’envers présente la particularité de récompenser à l’envers : il méprise l’honnêteté, Lire la suite

Cagnotte pour les inculpés des révoltes du 93 et leurs familles

11 Fév

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Le comité de soutien juridique apporte collectivement son soutien aux familles et aux proches des personnes interpellées à la suite de l’expression d’une colère légitime contre la police, la justice et l’Etat. Déclenchées par les violences policières graves et le viol subis par Théo, ses révoltes expriment un ras-le-bol quotidien et ancien.

L’objectif est de pouvoir donner des conseils face aux procédures judiciaires qui se multiplient, dans un contexte où les juges n’hésitent pas à prononcer des placements en détention provisoire et des peines d’emprisonnement ferme, aujourd’hui dans le 93.

Confrontées au paiement de frais de justice, de nombreuses familles et proches se retrouvent amputées de manière inattendue d’une part importante de leur budget, déjà souvent limité.

A ce titre nous essayons de coordonner les répliques judiciaires en mettant à disposition le contact d’avocats militants et engagés dans la lutte contre le système de répression et de domination étatique.Loin de s’arrêter à ses portes, ce système s’exprime dans ses plus sévères dimensions au sein des tribunaux.

Face à lui, soyons solidaires.

La cagnotte en ligne : cliquez ici.

Medine – Nour

10 Fév
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Le travail en prison / OIP

10 Fév

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