Contre la venue de Finkielkraut à Sciences Po

1 Mar

Le 1er mars 2017, Alain Finkielkraut sera invité à Sciences Po dans le cadre du « Grand Oral» organisé par les associations La Péniche, Sciences Polémiques et Sciences Po TV. A cette occasion, une tribune de deux heures lui sera offerte au cours de laquelle lui seront posées des questions complaisantes, sans réelle contradiction, si ce n’est des modérateurs bienveillants.

Cette invitation, qui s’inscrit dans la continuité de ce qui est proposé à Sciences Po depuis maintenant plusieurs années, participe d’un glissement idéologique qui ouvre de plus en plus notre établissement à des individus notoirement réactionnaires. Il n’est d’ailleurs pas anodin que ce glissement s’accompagne de la montée en puissance d’une politique du tout sécuritaire au sein de l’École : caméras de surveillances, contrôles d’identités intempestifs, fouilles des affaires personnelles des élèves… les libertés des étudiant.e.s n’ont de cesse d’être réduites à mesure que l’année universitaire avance. Dans le même temps, des individus ouvertement racistes, misogynes ou homophobes se voient accorder un temps et un espace de parole pour répandre leurs idées nauséabondes. Est-ce vraiment une coïncidence ? Nous tenons à souligner que depuis 2015, le Front National est désormais une association reconnue à Sciences Po, et ce, dans l’indifférence quasiment générale. Rappelons également que La Péniche, Sciences Polémiques et Sciences Po TV n’en sont pas à leur coup d’essai : en novembre 2016, déjà, les organisateur.rice.s de ce Grand Oral, avaient invité Florian Philippot à se plier à l’exercice ; cette tentative s’était soldée par un échec, suite à la mobilisation des étudiant.e.s, et nous nous en félicitons. Nous entendons bien, cette année encore, réaffirmer notre indignation et tout mettre en œuvre pour nous opposer à la tenue de ce genre d’événements.

En invitant Finkielkraut, ces associations donnent de la légitimité à un discours haineux et discriminatoire. Il ne s’agit pas là de donner la parole à un soi-disant “philosophe”, membre de l’Académie Française, mais bien à un polémiste qui n’a eu de cesse de stigmatiser les musulman.e.s, et en particulier les femmes portant un foulard, les jeunes Arabes, Noir.e.s, Rroms, de banlieues et quartiers populaires, banalisant par là le discours de haine institutionnalisé à leur encontre. Il est aussi un large contributeur à la culture du viol ainsi qu’aux arguments masculinistes. Les exemples de ses propos font légion et nous ne pourrions pas tous les citer tant ils sont nombreux et répétés à heure fixe dans tous les médias français.

Nous déplorons et condamnons les agissements des organisateurs du Grand O qui s’empressent à toutes les occasions possibles d’offrir une tribune à des individus déjà surmédiatisés, “polémistes” racistes et sexistes qui font toujours de l’audience et remplissent facilement l’amphithéâtre Boutmy. Ces invitations systématiques à des représentants de la droite et extrême droite françaises ne cessent de mettre les étudiant.e.s dans une position insupportable : ne rien dire et se laisser insulter par les discours odieux proférés à leur encontre au sein de leur propre école ou bien résister et se faire accuser de “faire le jeu des extrêmes” et de faire de Florian Philippot et consort des martyrs médiatiques. Non, ni Florian Philippot et sa case quasiment hebdomadaire à BFM TV, ni Alain Finkielkraut avec son titre d’académicien, son émission de radio sur le service public depuis 1985 et ces nombreux ouvrages publiés ne sont des rebelles anti-systèmes censurés à qui on interdit tout droit de parole. Et nous refusons de tomber dans leur comédie de victimisation qui devrait nous empêcher de nous organiser contre leurs discours aberrants.

Si nous nous levons contre la venue de Finkielkraut à Sciences Po, nous sommes aussi conscient.e.s qu’il n’est qu’un symptôme d’un processus plus large qui a conduit à la libération d’une parole réactionnaire, raciste, sexiste et homophobe en France. Il est aujourd’hui tout à fait possible de tenir des propos discriminants envers un groupe d’individus de manière libre et sans risques de sanctions. Cette libération de la parole s’accompagne d’une non réactivité voire d’une totale acceptation de ces propos de la part d’un public qui bien souvent, n’en est pas directement victime. C’est cette combinaison qui nous pousse à réagir. Nous n’accepterons pas que la diffusion de ce discours haineux ne soit qu’un divertissement mondain pour les organisateur.rice.s et certain.e.s étudiant.e.s deSciences Po.

En invitant Finkielkraut, Sciences Po et les associations concernées participent pleinement à la libération de cette parole. Il est important de souligner que ces discours ne sont pas que des mots : ils encouragent et justifient les agressions racistes, tout comme les violences policières, subies par ces populations au quotidien, en témoigne l’augmentation exponentielle des agressions islamophobes contre des femmes portant le foulard ces dernières années. Nous refusons l’argument selon lequel il nous faudrait débattre avec des personnes qui ne cessent de menacer notre vie en tant que minorités et/ou femmes, c’est à dire toute personne qui ne serait pas un homme blanc cisgenre hétérosexuel. Nos vies ne sont pas à débattre.

Nos survies sur le territoire français ne sont pas à débattre. De même nous sommes très inquièt.e.s vis-à-vis de l’administration de Sciences Po qui fait le choix de protéger à tout prix l’espace de liberté de la parole toujours plus discriminante des extrêmes en son sein. Les menaces de sanction à l’encontre des élèves qui s’organisent politiquement contre des discours haineux qui les ciblent directement sont inadmissibles. Sciences Po a une responsabilité du fait qu’elle forme des élites sur- privilégiées de ne pas laisser proliférer des discours qui stigmatisent et poussent ouvertement à la violence envers des populations entières de notre pays.
Nous appelons donc l’ensemble de la communauté étudiante et les autres à se rassembler en signe de protestation contre la rampante progression de l’idéologie sexiste, raciste, homophobe, xénophobe représentée par Alain Finkielkraut et ceux qui choisissent de lui donner inlassablement la parole. Rendez vous à 18h mercredi 1er mars devant Sciences Po.

Black Lives Matters – Sciences Po, Garçes Collectif Féministe, L’intersection, SéminaireAutogéré de Sciences Po, Solidaires Etudiant-e-s de Sciences Po,

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