Sergio le bon flic

8 Mar

Matthieu Suc, journaliste à Mediapart a publié le témoignage d’un policier du commissariat d’Aulnay-sous-Bois.

« J’ai honte de travailler à Aulnay », attaque d’emblée le policier républicain déniché par Médiapart et qui masque son identité sous le pseudo de Serge.

Son témoignage que l’on prend au sérieux, décrit le fonctionnement des forces de police à Aulnay. On y apprend entre autre que « L’équipe qui est mise en cause dans cette histoire, cela fait des années qu’elle fait ça… J’ai vu et entendu des officiers de police judiciaire passer leur temps à leur dire d’y aller moins fort. C’étaient vraiment des habitués. Dès qu’ils sortaient du commissariat et qu’il n’y avait plus d’autorité derrière eux, ils s’imaginaient être les maîtres dans la rue. Ils faisaient ce qu’ils voulaient, quoi ! Le plus vieux, il n’avait que sept ans de police. On les a un peu lâchés dans la nature…»

Le Sergio, bon flic Républicain et démocratique trouvé par Matthieu Suc décrit un groupe accroc à l’adrénaline, à la castagne. « Ils aiment se battre, casser des gens. C’étaient toujours les premiers à se ruer dans les cellules lorsqu’un gardé à vue pétait un plomb ou se rebellait. L’un d’eux, un brigadier, était particulièrement violent. Je l’ai vu avoir des gestes déplacés au poste, menacer des hommes menottés au banc : ‘‘Toi, on va t’éclater !” Et, à chaque fois que des jeunes se plaignaient, c’était cette équipe-là. »

Le reste de l’enquête de Matthieu Suc est à l’avenant un témoignage de l’intérieur d’un flic qui condamne les dérives racistes et violentes de ces collègues et en appelle aux victimes des violences policières pour aider les bons flics à faire le ménage dans la police. On apprend ainsi dans l’article de Mathieu Suc, de la bouche du bon flic Sergio que« Tous les mois, selon lui, au moins un gardé à vue serait en mesure de dénoncer des pratiques illégales. « Ils pensent que cela ne sert à rien de porter plainte contre la police auprès d’un policier… », regrette-t-il. Serge nous implore : « Il faut leur dire : peut-être que la première fois, cela n’aboutira pas, ni même la seconde. N’empêche que les signalements figureront dans les dossiers des collègues. Cela finira par alerter la hiérarchie. Des enquêtes seront menées. Les jeunes doivent nous aider à faire le ménage ! »

Le hic de cet appel et de cet article c’est que notre bon policier républicain parle masqué et sous un faux nom de peur des représailles de ses collègues et de sa hiérarchie. En clair, il demande aux victimes des violences policières d’avoir le courage que lui et « ses collègues bons flics » n’ont pas. Ce témoignage destiné à nous faire croire qu’il existe une police républicaine nous montre ou se situe cette police républicaine : Cachée, masquée sous un pseudo et nous demandant a nous de faire le ménage dans ces rangs.  C’est comme si un maton demandait à son prisonnier de l’aider à améliorer ses conditions de détention ou de travail depuis le fond de sa cellule. De qui se moque-t-on ?

Au quartier tout le monde sait pourquoiAdama Zyed et Bouna courraient. Ils couraient parce que la police française est majoritairement raciste corporatiste et violente. Le témoignage clando du bon policier Sergio qui devait nous aider à croire en la police nous confirme simplement cette réalité. Même ceux qui dans la police n’approuvent pas ces violences quotidiennes et cette Hoggra généralisée ferment leur gueule et  longent les murs pour ne pas affronter le racisme et la violence de leur collègue. Cet article est un avertissement pour ceux et celles qui naïvement croient encore que des bons flics viendront les protéger des mauvais flics qui seraient une minorité au sein de la maison « police républicaine ». Les bons flics : ils rampent ou regardent ailleurs devant la violence de leurs collègues. Et le soir quand ils rentrent chez eux ils  sont « … écœurés, dégoûtés par ce qui s’est passé » nous dit le bon Sergio. La banalité du mal et la lâcheté de ceux qui regardent sans bouger.Soyons clair. Ce n’est pas aux habitants des quartiers populaires et aux familles de victimes des violences policières d‘absoudre  la culpabilité de ses supposés « bons flics ».

La nécessité qu’ont certains de trouver des policiers « républicains » pour ne pas à avoir à condamner les mécanismes structurels qui font de la police française une police raciste et violente rappelle l’intercession biblique d’Abraham avec son Dieu pour sauver les villes de Sodome et Gomorrhe. Qu’ils méditent bien cette parabole biblique : « Et ne pardonneras-tu pas à la cité pour les cinquante justes qui sont dans son sein ? » (v. 24b) demande Abraham à son Dieu.  S’en suit une négociation entre Dieu et Abraham qui s’arrête à dix justes. Le Dieu d’Abraham accepte de sauver Sodome si Abraham trouve dix justes. Abraham ne trouvera pas ces dix justes. La villes était enfermée dans un mal totalisant sans même un petit nombre d’innocents desquels partir pour transformer le mal en bien. Dieu rasa Sodome et Gomorrhe. On ne fait pas du bien avec du mal nous enseigne cette fable divine. Il ne sortira rien de bon des commissariats d’aujourd’hui.

Certains de bonne foi, face aux violences policières choisissent d’invoquer la bonne police face à la mauvaise espérant que Sergio et ces comparses « bon flic » prennent enfin un jour  leur courage à deux mains. Il faudra bien pourtant un jour faire le bilan de ces invocations ? Combien de bons policiers ont témoigné lors d’un procès contre les méchants ces 20 dernières années ? Zéro  … Est ce que le bon Sergio est allé voir le juge d’instruction en charge du viol de Théo pour lui dire les antécédents de ces collègues violeurs ? Non, le brave homme préfère un témoignage anonyme dans Médiapart pour soulager sa conscience.

Il n’y aucun courage ou sursaut démocratique à attendre du corps policier français. Voilà ce que nous enseigne le témoignage de Sergio le bon flic.

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