Le livre du samedi : Vérité et Justice pour Mohamed Diab

8 Avr

Le 29 novembre 1972, Mohamed Diab est assassiné en plein commissariat de Versailles par le brigadier René Marquet. Exécuté d’une rafale de pistolet-mitrailleur de sang-froid, s’en suit une mascarade politique et judiciaire et un non-lieu huit ans après pour le policier assassin.
Le texte présenté ici par les Éditions Premiers Matins de Novembre a été publié en 1973 dans le troisième numéro de la revue Communisme par un militant du Comité pour la Vérité sur la mort de Mohamed Diab. Car il y a bien eu, comme en témoigne ce texte, un comité de soutien et une lutte autour de la mort de Diab, tombé sous les balles de la police française. Ce texte est à la fois une réaction à chaud suite au meurtre, une analyse politique de ce que représente l’assassinat de Diab, et une archive précieuse qui fournit un exemple de contre-enquête militante et populaire sur les crimes policiers. Anonyme, il nous permet à la fois de prendre conscience de la continuité des violences et meurtres policiers comme structure de l’État français mais aussi de leur envers trop souvent passé sous silence ou minimisé : la continuité des résistances et des luttes des premier.e.s concerné.e.s par cette domination structurelle. On peut y lire en effet, autour de ce qui a souvent été réduit à la mort d’un travailleur immigré, une « bavure policière » ou à une affaire judiciaire froide et dépersonnalisée, les mots de la famille de Mohamed Diab, ceux de sa soeur Fatima réclamant justice mais rétablissant surtout la vérité sur les faits. On y lit déjà l’organisation nécessaire et parfois difficile entre la famille de la victime, les avocats et les membres du collectif de soutien. Y sont relatées les résistances quotidiennes et nécessaires face à la machine judiciaro-politique mise en place par l’État et ses institutions juste après le meurtre.

Ce texte met également en lumière le lourd tribut que payent les victimes et leurs familles à ce système où tout se tient, où la mécanique de l’oppression repose comme le dit l’auteur sur « le principe des privilèges de la police comme institution » et de « l’appareil judiciaire [comme] appareil à défendre l’ordre établi ». Plus de quarante ans après, la même mécanique de protection de l’ordre républicain et des classes privilégiées, capitalistes et blanches, et la même volonté de broyer tout ceux et celles qui y résistent, résonnent toujours. Déjà en 1973, des voix démontraient les liens de cette structure digne du « théorême de Thévenin » où tout se superpose : structure raciste, corps policier, institution judiciaire, complicité hospitalière, et mass-media.
Ce texte fait plus que jamais écho à l’actualité et à ces quarante années d’impunité policière où les permis de tuer ont traversé tous les gouvernements successifs pour protéger l’ordre raciste et bourgeois. Il rappelle que l’acharnement judiciaire contre les proches des victimes de la police a toujours été une arme pour protéger l’institution et ses pratiques, et que cet acharnement touche avant tout les familles de victime et ceux qui veulent ôter le voile sur ce faux secret car « le secret et l’oubli sont deux armes dont joue avec adresse la classe dirigeante pour déposséder le peuple du droit de s’occuper de ses propres affaires ». Ce texte est un appel à la réappropriation de l’histoire populaire et à une reprise en main politique et organisée par les concerné.es des questions de l’immigration, du racisme d’État et des violences et meurtres policiers. Il délivre également déjà des pistes pour penser la place de « l’intellectuel révolutionnaire » dans ce contexte qui n’a d’autre choix que de combattre incohérence et partialité aux côtés des premier.e.s concerné.e.s. Ce travail d’enquête en est le plus bel exemple.

Texte présenté par les Éditions Premiers Matins de Novembre
Texte initialement paru dans la revue Communisme n° 3 de Mars-Novembre 1973
pmneditions@gmail.com  www.pmneditions.com

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