Interview avec Elie Domota (LKP) sur la mobilisation en Guyane.

9 Avr

Elie Domota bonjour, je rappelle que vous êtes porte parole du LKP, un collectif regroupant une cinquantaine d’organisations Guadeloupéennes, et également secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs Guadeloupéens, syndicat majoritaire en Guadeloupe.

Comment, en tant que syndicaliste Guadeloupéen, vivez vous ces 4 semaines de mobilisation de la population Guyanaise ?

E.D : Et bien tout d’abord nous apportons notre soutien et notre solidarité aux travailleurs et au peuple de Guyane. Ce qui se passe en Guyane n’est pas pour nous étonner car nous vivons une situation économique et sociale en tous points similaires. Le point commun c’est la domination coloniale, qu’on le veuille ou pas on nous appelle régions ultra-périphériques, départements français d’outre-mer, départements français d’Amérique, etc, mais en fin de compte la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Nouvelle Calédonie sont des colonies. Et la colonie n’a pas vocation à se développer, pour que les colonisés aient un jour le sentiment de pouvoir diriger eux mêmes leur pays, la vocation de la colonie c’est de servir les intérêts de la métropole. Et ce qui se passe en Guyane est criant de vérité.

Q : Alors justement, est ce que vous pourriez nous expliquer les parallèles qu’on peut faire entre la situation économique de la Guyane et celle de la Guadeloupe ?

E.D : On prend quelques indicateurs sociaux : on prend le taux de chômage, aujourd’hui c’est plus d’un tiers de la population active qui est au chômage dans ces deux pays. On prend le chômage des jeunes, c’est 60 % des moins de 25ans qui sont au chômage. On prend le taux illettrisme, en Guadeloupe c’est 25 % de la population qui est frappé illettrisme. On prend le taux de pauvreté, en Guadeloupe c’est pratiquement 50 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. On prend également les enfants pauvres, en Guadeloupe c’est quasiment 5 % des enfants qui sont déclarés pauvres. Et en Guyane ce sont des chiffres qui sont en tout point similaires. Et donc ça veut dire qu’il y a un problème. Alors ce problème là, selon nous, il ne relève pas d’un retard de développement mais il relève de choix politiques qui ont été faits dans l’objectif de toujours maintenir les populations, que ce soit les populations Guadeloupéennes, ou que ce soit les populations Guyanaises, dans la mendicité, dans la soumission et dans la domination.

Q : Quels sont les liens que vous entretenez avec les acteurs de la mobilisation Guyanaise ? Serait-il envisageable qu’un front commun réunissant les mouvements Guyanais, Guadeloupéens et Martiniquais voit le jour pour installer un rapport de force favorable face le gouvernement ?

E.D : Nous avons des contacts réguliers avec les organisations syndicales de Guadeloupe, Martinique, Guyane et d’autres pays de la Caraïbe. Et même au-delà de la Caraïbe. Nous sommes en relation constante notamment avec l’Union des Travailleurs Guyanais (UTG). Concernant le lien entre les organisations, on le fait, mais c’est particulièrement difficile dans la mesure où il y a la mer qui nous sépare, il y a des kilomètres qui nous séparent. Mais nous l’avons fait en 2009 entre la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, au moment de la mobilisation LKP. Nous le faisons de temps à autres sur des sujets particuliers, sur les problèmes liés à la répression également, mais tenant compte du fait qu’il y a la mer qui nous sépare ce n’est pas facile à gérer. Mais nous y travaillons, d’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, l’an dernier, nous avons élaboré une déclaration regroupant des organisations de Guadeloupe, Martinique, Guyane, de Trinidad, d’Haiti, de St Lucie, de la Dominique, justement pour la solidarité et le soutien des organisations, notamment face à la répression. Donc ce côté là il est travaillé mais c’est la distance qui nous empêche de nous voir le plus souvent.

Q : Justement, en parlant de distance, les réactions et actions de soutien sont rares de la part des syndicats et organisations de métropole. Comment expliquez vous ce manque de soutien concret ?

E.D : Vous savez, quand il y a le feu au château on se fout de l’écurie … Donc avec tous les problèmes économiques et sociaux qu’il y a en France je crois que les gens sont plutôt focalisés sur ce qui se passe en France et non pas en Guyane et en Guadeloupe ou autre. On s’intéresse à la Guyane et à la Guadeloupe tout simplement parce qu’il y a des barrages, mais quand il n’y a pas de barrages tout le monde s’en fout.

Vous savez, les institutions françaises, le gouvernement français n’a jamais considéré les ressortissants de ces différents pays, ni Guadeloupe, ni Guyane, ni Martinique, ni Kanaky, ni Réunion comme étant des français. Je prend l’exemple de la Guadeloupe, jamais nous n’avons été considérés dans l’Histoire comme étant des français. Quand en 1802, la république française rétabli l’esclavage en Guadeloupe, la France est en république, « Liberté, Egalité, Fraternité » … Pourtant les Guadeloupéens sont français depuis 1794, nous sommes tous frappés de la déchéance de la nationalité en une journée et remis en esclavage le lendemain matin. Quand la république Française, « Liberté, Egalité, Fraternité », aboli l’esclavage en 1848, ce sont les propriétaires d’esclaves qui sont indemnisés parce qu’ils ont perdu leur cheptel, en l’occurrence les africains réduits en esclavage. Les anciens esclaves devenus libres sont lâchés dans la rue, sans rien, avec simplement un bulletin de vote en leur disant, grâce au bulletin de vote vous allez changer votre vie. Et les bourreaux, les esclavagistes, les Blancs, et bien on leur donne une rente de plusieurs millions sur une vingtaine d’années, des terres et des usines pour simplement continuer à pérenniser cette domination d’une couleur sur une autre. Voilà comment s’est bâtie la société Guadeloupéenne.

On aurait pu croire que c’est de l’histoire ancienne, pas du tout. Cette année nous allons commémorer les 50ans des événements des 26, 27 et 28 mai 1967. À l’époque, des ouvriers du bâtiment sont en grève en Guadeloupe pour réclamer 2,5 % d’augmentation de salaire. Et bien la république va faire tirer ses gendarmes. Bilan : plus de 100 morts. Et qui est ce qui va finir en prison ? Ce sont des travailleurs Guadeloupéens qui vont finir en prison. Et qui sera récompensé ? C’est le préfet qui va être décoré, ce sont les militaires qui vont être décorés …

Voilà la situation, donc on peut nous raconter tout ce qu’on veut, « Liberté, Egalité, Fraternité » n’a jamais connu d’existence en Guadeloupe. De Liberté il n’y en a jamais eu, d’Égalité il n’y en a jamais eu… Et d’ailleurs, c’est pour ça qu’ils viennent de nous tirer un nouveau gadget, qu’ils appellent la « Loi sur l’Égalité réelle ». Alors ça veut dire qu’on était français, mais en fin de compte qu’on était pas tout à fait français, qu’on avait pas les mêmes droits que les français. Et maintenant ils font une loi qui va s’étaler sur une vingtaine ou une quarantaine d’années pour que nous soyons égaux aux français. On se rend compte que jamais nous n’avons été français et jamais nous ne le serons. C’est pour ça que notre organisation syndicale, l’UGTG, nous affirmons et nous réaffirmons que la seule voie possible aujourd’hui c’est la voie de la décolonisation, de l’indépendance nationale et de la pleine souveraineté.

Car en fin de compte, la France utilise ses colonies pour s’enrichir et ne fait rien pour le développement de ses colonies. L’exemple de la Guyane est criant de vérité. Vous avez le centre de Kourou, où habitent majoritairement les expatriés français, que les Guyanais appellent gentiment et affectueusement « Pretoria », « Kourou la blanche ». Et bien là ils ne manquent de rien. Ils ont tout, hopital, bus, tout y est. Téléphone, 4G, tout y est. Vous faites 20km, vous quittez le centre de Kourou et là vous n’avez plus rien. Il y a des gens qui n’ont pas d’eau, pas d’électricité, rien du tout, et pourtant vous êtes en Guyane, là où les satellites qui vont mettre des télécommunications dans le monde entier prennent le départ. Voilà la réalité. Ce n’est pas un retard de développement, ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas un manque de chance. C’est une volonté politique de maintenir les populations dites « autochtones » dans la mendicité, dans la soumission, pour mieux continuer à nous piller, à nous voler.

Et je crois que si il y a quelque chose d’essentiel qu’il faut retenir, c’est qu’aujourd’hui, c’est nous les colonies qui faisons la richesse de la France. La France est la deuxième puissance mondiale en matière maritime grâce à ses colonies. La France est deuxième producteur mondial de Nickel grâce à la Nouvelle Calédonie. Elle a le meilleur site de départ de satellites au monde grâce à la Guyane. La France est riche de sa zone économique exclusive, puisqu’elle a des zones exclusive autour de chaque ile, entre guillemets, dont elle a la possession. Elle est premier producteur mondial de centrales nucléaires mais elle prend son Uranium au Niger. Elle a une compagnie pétrolière qui prend son pétrole au Gabon. En fin de compte la France est riche de part ses colonies. Et si vous enlevez les colonies, si vous enlevez les présences militaires en Afrique vous vous rendez bien compte que la France est un pays comme le Portugal. Voilà la réalité.

Il nous faut, nous, colonisés, prendre conscience que nous ne pouvons plus rester dans cette situation là et que nous devons prendre en main la direction et la responsabilité du pilotage de notre pays. Voilà le sens du combat que nous devons mener, selon nous, dans les mois et les années à venir.

Q : Comment imaginez vous cette décolonisation, si elle a lieu ? Avez vous mis au point un projet de société ? Comment faire pour ne pas que ça soit un abandon pur et simple de ces territoires sur le plan économique ?

E.D : Écoutez, on ne croit pas au sauveur suprême, on ne va pas venir avec un projet ficelé. Je crois que notre organisation est prête à travailler avec d’autres pour que nous puissions travailler ensemble et définir avec les travailleurs, le peuple guadeloupéen, ce qui nous semble être bon pour la Guadeloupe. Nous avions beaucoup travaillé avec d’autres organisations en 2009, sur le fameux protocole LKP qui prenait l’allure d’un véritable projet de société. Que ce soit sur le domaine du transport, de la santé, de l’agriculture, de la jeunesse, l’État n’a rien respecté dans ses engagements. Mais rien du tout ! Tout simplement parce que tous ces engagements là pouvaient, à un certain moment modifier les liens qu’il y a entre la France et la Guadeloupe. Et comme nous devons rester, entre-guillemet, la « serpillère » de l’État Français, et bien l’État Français n’a jamais engagé ce qu’il fallait alors qu’il a signé un protocole avec nous. Donc il ne s’agit pas de jouer au sauveur suprême et de venir avec de idées toutes faites. Il s’agit de continuer le travail de construction, de débat avec d’autres organisations pour que nous puissions à un certain moment, apporter notre contribution dans l’élaboration d’un véritable projet de société, d’un projet de vie pour les travailleurs et le peuple de Guadeloupe.

Q : En 2009, après votre lutte et une grève générale de 45 jours, des accords avaient été signés avec le gouvernement. Aujourd’hui il apparaît que les conditions de vie des guadeloupéens ne se sont pas améliorées. Est ce que ce scénario, des accords purement symboliques avec aucune continuité derrière, peut se répéter en Guyane ? Comment voyez vous les négociations qui ont lieu actuellement ?

E.D : Je n’ai aucun commentaire à faire sur ce qui se passe en Guyane. Je crois que les travailleurs, le peuple guyanais conduit la lutte comme il doit la mener. Ce que je sais pour la Guadeloupe, c’est que les grands chantiers sur lesquels l’État, les élus et les collectivités s’étaient engagés n’ont jamais été respectés. Je prends un exemple, il était prévu un déblocage de pas moins de 40 millions d’euros pour la formation professionnelle, l’accès des cadres guadeloupéens au pack social responsabilité et pour notamment la création d’entreprises dans les secteur porteurs pour donner du travail au jeunes guadeloupéens. Rien n’a été fait. Aujourd’hui nous avons 60 % de nos jeunes qui sont au chômage et on dit, on voit ça dans les médias français, « la Guadeloupe est devenue une zone de délinquance et de violence ». Voilà la réalité. Alors qu’on aurait pu faire en sorte que les jeunes guadeloupéens puissent travailler. Ce n’est pas un retard de développement, ce n’est pas un abandon, c’est une volonté politique de nous mener au chaos. Et pour mener un peuple au chaos vous détruisez sa jeunesse. Et c’est ce qui est en train de se faire. Donc les jeunes sont dans la rue, les jeunes ne travaillent pas, après les gens font ce qu’ils veulent. L’État français fait ce qu’il veut il envoie des militaires pour dire que c’est une zone d’insécurité, alors q’uon peut faire en sorte dque les gens se sentent mieux en Guadeloupe mais il n’y a pas la volonté de faire en sorte que le colonie se développe.

Q : En effet, et les premiers retours qu’on avait sur le mouvement social guyanais de la part des médias dominants en métropole c’était que l’insécurité était le problème n°1 des guyanais. Or, est ce que l’insécurité et l’immigration clandestine ne sont pas des conséquences de l’abandon économique des départements et régions d’outre mer par le gouvernement français ?

E.D : En effet, l’État met toujours en avant les problèmes de sécurité pour justifier la remise en cause des libertés fondamentales, l’augmentation des arrestations, l’augmentation des reconduites à la frontière, l’augmentation des pv et l’augmentation de la présence militaire. Et vous avez raison, l’insécurité et les violences existent mais ce sont des conséquences qui sont liées à quoi ? Des conséquences qui sont liées au chômage de masse, à l’illettrisme, à l’analphabétisme, et à la drogue et autres substances addictives. Si les gens travaillent, si les jeunes sont à l’école, si ils sont en stage et si ils réussissent à l’école il ne sont pas dans des situations comme ça. Oui, il faut justice et police dans toute société, mais il faut surtout que les jeunes puissent rentre à l’école, que les jeunes puissent réussir et que les jeunes puissent avoir du travail. Vous savez, en Guadeloupe, 2 jeunes sur 10 d’une même classe d’âge qui rentrent en maternelle arrivent au bac. Seulement 2 sur 10 arrivent au bac. Il y a un problème, il y a un gros gros problème. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que même l’école en Guadeloupe arrive à peine à former des gens à l’excellence. C’est pour ça qu’il y a une vaste réflexion, que nous avions commencé à faire en 2009, sur les rythmes scolaires, sur les contenus pédagogiques, etc. Mais malheureusement c’est l’État qui pilote. Et l’État n’a pas intérêt à faire ça puisqu’en fin de compte, comme je le disais précédemment, le colonisé il va avoir envie de changer. Il va se dire, « peut être que je peux moi même décider de ce qui est bon pour moi » et à partir de ce moment là commencer à mettre en avant des velléités d’indépendance ou de souveraineté et l’État Français n’a pas besoin de ça. Donc aujourd’hui tout est mit en œuvre pour que les guadeloupéens soient tête baissée et servent de marche pied.

Q : Et d’ailleurs on voit que les premières mesures qui ont été débloqués par le gouvernement sont avant tout des mesures sécuritaires. Il y a notamment la promesse de construction d’un centre pénitencier et d’un tribunal de grande instance à St Laurent du Maroni, l’envoi sur place de plus de forces de l’ordre, etc. On voit que ce ne sont pas des mesures économiques ou des mesures sociales mais avant tout des mesures sécuritaires.

E.D : Tout à fait. Mais chez nous c’est pareil, on ferme des écoles et on construit des places de prison. Alors quand une société ferme des écoles on voit bien qu’il y a un problème.

Q : Est ce que vous pourriez nous parler des différents mouvements sociaux qui sont en cours actuellement en Guadeloupe ? Les hôpitaux sont touchés par des grèves, dans les stations services il y a une contestation de la hausse des prix du carburant, est ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ces luttes ?

E.D : Au moment où je vous parle il y a une mobilisation à Capesterre, sur la nationale 1. Ce sont les travailleurs affiliés à l’Union des Travailleurs de la Santé, affiliée à l’UGTG, qui sont dans la rue. Qui réclament quoi ? Qui réclament de leur direction, depuis 40 jours, et de l’ARS, la mise en œuvre d’une négociation sur le transfert du personnel et des usagers d’un hôpital vers un autre. Il y a un hôpital qui a été construit,et ils doivent quitter l’ancien hôpital vers le nouvel hôpital. Et dans le cadre de ce transfert il est tout à fait logique, et selon nous légitime, qu’il y ait des négociations sur le transfert des travailleurs et des usagers tenant compte du fait qu’on change d’espace de travail. On passe d’un hôpital qui a 70 lits à un hôpital qui a 200 lits. On va avoir du matériel nouveau. On va avoir des relations de travail nouvelles. On va avoir une nouvelle organisation du travail, on va même avoir un parking, ce qu’il n’y avait pas avant donc nous demandons à ce qu’il y ait des discussions pour appréhender au mieux ce transfert et éviter qu’il y ait trop de conflits liés à ce changement. Et bien figurez vous que ni la direction de l’hôpital, ni l’ARS ne sont d’accords pour entamer ces discussions. Donc pendant 40 jours, des gens sont là, en grève, à attendre et tout le monde s’en fout. Alors aujourd’hui les travailleurs ont décidé d’occuper la nationale. La gendarmerie est venue, la police est venue et tout le monde est en train de dire, « on va vous procurer un rendez-vous pour faire des négociations ». Voilà comment les choses se déroulent en Guadeloupe. Tant que vous ne mettez pas votre dent dehors on ne vous écoute pas, vous êtes obligé de descendre dans les rue pour qu’on puisse vous entendre. Et c’est un peu pareil en Martinique et en Guyane.

Mais c’est pareil, il y a des mobilisations qui sont en cours. Il y a des agriculteurs de la Basse Terre qui ont barré une route départementale ou communale, une route qui est barrée depuis pratiquement 2 ans… Il réclament quoi ? Des négociations sur la propriété foncière. Car vous savez après l’abolition de l’esclavage, et même avant, des familles de propriétaire d’esclaves se sont vu octroyé des milliers et des milliers d’hectares de terre. Alors notre question est toute simple : Comment un criminel peut il tirer bénéfice de son crime ? Normalement en droit français, un criminel ne peut pas tirer bénéfice de son crime, sauf en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane. Dans la colonie c’est possible. Quelqu’un qui a tué, qui a assassiné, qui a violé, et bien il garde le bénéfice de ses crimes. Ses parents étaient propriétaires d’esclaves et aujourd’hui il est à la tête de plusieurs milliers d’hectares de terre et d’usines et de grandes entreprises et tout le monde trouve ça normal. Tout le monde trouve ça normal parce que c’est comme ça. Donc nous nous posons des questions.

Vous avez en Guadeloupe à peine 15 % des travailleurs qui sont couverts par une convention collective. Les patrons, singulièrement tous ceux qui sont affiliés au MEDEF, comme par hasard se sont tous les mêmes, et la CGPME refusent toute négociation de convention collective. Et pourtant lorsque vient un ministre en Guadeloupe, ces gens là sont reçus en grande pompe comme étant des acteurs sociaux. Mais ces gens là refusent toute négociations pour des accords de branche ou des conventions collectives. Voilà la situation dans laquelle nous sommes. Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dans tout secteur d’activité, les travailleurs sont amenés à se mobiliser à un moment ou à un autre.

Vous faisiez état de la situation dans les hôpitaux. Vous imaginez un CHU, un Centre Hospitalier de surcroit Universitaire où les travailleurs, les gens qui travaillent dans cet hôpital sont obligés d’apporter eux mêmes de la Bétadine, d’apporter eux même du coton, d’apporter eux même du café et du sucre pour pouvoir donner aux malades ou pour pouvoir utiliser parce qu’aujourd’hui sous couvert du déficit de l’hôpital on refuse de mettre de l’argent pour faire fonctionner les services. C’est inadmissible. Donc on se rend bien compte que dans les colonies nous sommes considérés comme étant des macaques et non pas comme étant des êtres humains.

Q : D’ailleurs ça me rappel un témoignage qu’on avait pu entendre dans une émission d’Au Fond Près Du Radiateur, sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 FM), ou des guyanais racontaient que quand on est admis dans un hôpital en Guyane on est pas certain de ressortir en meilleur santé que lorsqu’on y est entré …

E.D : Malheureusement c’est un sentiment pour bon nombre de services que l’on partage ici. Malheureusement …

Q : On voit bien que les conditions sur place sont catastrophiques, est ce qu’on peut s’attendre à voir un mouvement social d’ampleur comparable à celui de 2009 en Guadeloupe, et à celui qui a lieu actuellement en Guyane, dans les prochains mois ?

E.D : Nous n’avons pas de pouvoir de prédication. La seule chose que je puisse dire par rapport à cette question c’est qu’il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de problèmes ici. Qu’il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de frustration. Et que les accords négociés en2009 n’ont jamais été respectés. Aujourd’hui les indicateurs sociaux sont tous au rouge, notamment au niveau de la jeunesse. Et là, l’État est responsable ,mais nos élus guadeloupéens sont également responsables car ils n’ont rien fait pour accompagner le peuple et les travailleurs de Guadeloupe au niveau de l’application de ces accords qui ont été signés avec l’État et les collectivités.

Elie Domota, merci de nous avoir accordé cette interview et de nous avoir consacré un peu de votre temps. Nous rappelons que vous êtes porte parole du LKP et secrétaire général de l’UGTG.

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