Futsal populaire

10 Juin

 

Depuis plusieurs saisons le championnat de France de futsal se développe et gagne de nouveaux adeptes. A l’instar d’autres championnats comme en Espagne ou en Asie, il est probable que dans quelques années des diffuseurs TV débarqueront dans cette discipline avec les retombées financières que cela impliquera. Cette saison, deux affiches du championnat de France de D1, dont la finale, furent diffusées en direct sur Canal Plus Sport. Et dès la rentrée prochaine, un match par semaine sera diffusé par la chaîne cryptée.

 

 

 

Pendant longtemps la discipline s’est organisée autour de club de football traditionnel et bien souvent de présidents affairistes qui au grès de leurs ambitions montaient des clubs ici ou là faisant venir des joueurs, exploitant leur talent et les jetant comme des kleennex, avec la bénédiction des collectivités locales qui finançaient ces projets sans ancrage local mais qui permettaient d’offrir du spectacle à moindre prix au quartier. Le monde du futsal regorge d’anecdotes sur la venue de joueurs étrangers au moment des playoff, comme ces brésiliens qui ont joué un temps pour un club parisien et qui étaient logés et traités comme des sans-papiers par leur président de club. On ne compte plus les affaires de joueurs et éducateurs non rémunérés, sans contrats, dans un milieu dans lequel les rémunérations sont loin du football, mais peuvent permettre aux meilleurs d’empocher quelques milliers d’euros par mois.

 

A côté de ces dynamiques traditionnelles ou affairistes du football s’est développé ses quinze dernières années des clubs de quartiers qui tout en jouant au futsal ont structuré des projets éducatifs en lien avec la vie de leurs quartiers. Nombreux sont les clubs qui se sont par exemple saisie des Services Civiques pour monter avec des jeunes du quartier des projets éducatifs en lien avec le développement de leur club de futsal. Des clubs historiques du futsal français sont ainsi basés au cœur des villes et quartiers populaires, c’est le cas de Champs-sur-Marne, club pionnier de la discipline, de Bagneux, ou encore du KB United et de Garges Djibson.

 

Plus récemment le Montpellier Méditerranée Futsal (MMF), incarne ce type de parcours de club de Futsal de quartier qui finit par devenir un club phare de la D1 en s’appuyant sur des pratiques militantes de l’éducation populaire et sur son ancrage local. L’histoire du MMF c’est celle au début d’un projet de copains de quartier du Petit Bard. Quartier qui est marqué par une histoire militante où de nombreux acteurs liés au MIB ou à d’autres mouvements de l’immigration et des quartiers portent depuis de nombreuses années des projets socio-educatif d’émancipation et d’auto organisation dans le quartier. Ce qu’explique Hamza Arab le président du club lui-même un ancien militant du MIB et Justice Pour le Petit Bard.

« L’histoire du MMF, notre histoire, est née comme cela. Le club a vu le jour en 1998. Ce sont les joueurs qui ont fait monter le FC Petit Bard, qui ont créé le club. Avant d’être des coéquipiers, tous ces joueurs étaient des amis. Année après année, tous ceux qui sont arrivés ont pris cet état d’esprit, cette identité. Même les recrues s’imprègnent de tout cela. Quand ils voient tous les sacrifices que l’on fait, ils sont obligés d’adhérer. C’est une vraie famille, tout le monde le ressent. Et c’est d’ailleurs ce qui nous permet de tenir. Sans cet état d’esprit, on aurait lâché depuis déjà longtemps. »

Fort de cette dynamique militante locale mais aussi grâce au talent des joueurs, le club a presque tout gagné au niveau local et régional. Sur une base assez logique « de rebeu techniques et déterminés » disent les abonnés des bars de quartiers qui commentent et refont les matches en terrasses. Arrivé en D1 l’année dernière le club a changé de braquet, de nom, de logo et ils ont recruté des joueurs talentueux comme Pupa ou Gasmi qui ont su s’inscrire dans le projet du club :  «Je suis parti avec une mission, je suis ici pour quelque chose et je me concentre dessus. Je ne suis pas tout seul, c’est pour les personnes qui me suivent et le quartier qui compte beaucoup pour moi. … » Explique ainsi Gasmi, celui que tout le monde surnomme « semelle » (pour sa maîtrise fine du ballon avec cette surface de ses pieds) dans son quartier d’Aulnay-sous-Bois.

 

 

Aux côtés de ces deux joueurs d’expérience du championnat ils ont ajouté des étrangers comme Goodrige ce qui leur a permis de faire un championnat de qualité en battant des équipe phares comme Toulon qui incarnent le futsal structuré dans le moule de la FFF. Le futsal c’est un petit monde, certains ont ragé face à ce succès d’autant plus que d’autres clubs sont dans la même dynamique que le MMF et viennent bousculer la hiérarchie. C’est le cas par exemple de l’Acces Villeneuve-la-Garenne qui s’est qualifié pour la finale de la Coupe de France de Futsal en battant Laval 7-1. Le club a réussi l’exploit de se qualifier pour la première finale de Coupe de sa jeune histoire alors que le club évolue cette saison en DH. Car malgré sa qualification historique, l’Acces Villeneuve-la-Garenne n’est qu’un club de niveau régional qui aspire à jouer en D1 d’ici 2020. Pour cela il s’appuie sur la même dynamique que le MMF ancrage local projet socio-éducatif et recrutement de joueurs talentueux comme les frères Mohammed (internationaux français), Pezeron, Moreau, Hamdoud, Otmani, autant de futsaleurs capables de s’investir dans le projet sportif, social et éducatif du club.

 

 

Dans un milieu ou des présidents de club vivent bien du petit business du futsal et se préparent à l’arrivée des diffuseurs TV, l’irruption sportive de ces nouveaux acteurs ne se fait pas sans heurt. Le MMF s’est pris de nombreuses réserves et évocations, sur des joueurs recrutés et de nombreuses pénalités qui pour beaucoup n’avaient pas de grand fondement au regard des mœurs et des habitudes du Fustal. Pire, le MMF est en proie à d’importantes difficultés financières, car si les bénévoles et des sponsors locaux ont permis au Club de se donner des moyens, les institutions ne se bousculent pas. En effet, alors que le Club montpelliérain est devenu l’un des acteurs majeurs du championnat en quelques mois, réussissant à battre le record d’affluence pour un match de championnat (plus de 3 000 spectateurs pour la réception du KB United) et à être demi-finaliste pour sa première saison parmi l’élite. Le Club ne touche pas les financements des collectivités à hauteur de ses résultats. Moins d’aides que le Handball, moins que le Rugby, c’est assez compréhensible au regard des résultats sportifs de ces deux clubs et de l’engouement qu’ils génèrent. Mais moins que le club de Hockey local, pourtant en seconde division, cela rend incompréhensible l’attribution des aides. Loin d’opposer les clubs et leurs adhérents entre eux, le Club de futsal ne demande rien d’autre qu’un minimum de justice et d’égalité, pour lui permettre de poursuivre son développement.

 

 

Toulouse UJS qui vient d’être champion de D2 est un club au même profil que le MMS et qu’Acces , il se retrouve lui aussi au cœur de procédures administratives qui peuvent aller jusqu’à remettre en cause son titre de champion de France de D2. Nombreux sont les observateurs et acteurs du Futsal à penser que les dirigeants historiques du futsal s’organisent pour ne pas laisser de places à ces nouveaux entrants. Ce canal historique du futsal vient d’ailleurs de faire élire le President Sabani du Paris métropole fustsall au conseil supérieur de la FFF en tant que représentant du futsal. Au regard de la réputation de ce dirigeant dans le futsal, les prochaines saisons devraient donner lieu elles aussi a de nombreux recours sur tapis verts. Malgré cette drôle d’ambiance, dans nombres de nos quartiers le futsal reste un lieu d’éducation et de socialisation par le sport dont se saisissent de nombreux militants à la fois par amour du jeu mais aussi pour faire bouger ensemble un quartier en s’appuyant sur une identité et des solidarités locales. L’exemple du Petit Bard et de son club de futsal devenu un des clubs phare de la D1 est là pour en témoigner. Il suffit pour cela de regarder les tribunes souvent pleines quand joue le MMF pour se rendre compte du formidable outil que peut être un club sportif dans nos quartiers populaires pour mobiliser et construire des liens humains, ciment de toute les luttes pour l’égalité et la justice.

 

 

L’argent restant comme à chaque fois le nerf de la guerre pour ces projets sportifs comme pour les autres, les clubs de quartiers pour se développer et construire leur projet ont besoin de financement qu’ils peinent à trouver dans les champs institutionnels. Assez souvent les élus locaux voient d’un mauvais œil s’organiser sur leur territoire des projets qui leur échappent tant sur le fonds que sur la forme. Comme le prouve le parcourt du Président Sabani et de « son club » Le Paris Métropole Futsal. Il est plus facile dans le futsal français de prendre des subventions en délocalisant son club à intervalle régulier qu’en construisant un club avec un fort ancrage local dans un quartier.  L’histoire du Paris Métropole est ainsi faite, d’abord basé à Issy-Les-Moulineaux (chez Santini), puis à Paris XIVe (chez Cherki), avant de se retrouver dans les Yvelines, puis depuis les dernières municipales à Saint-Ouen (chez Delanoy). Le Club changeant régulièrement de nom, tel une franchise de NBA.  Les institutions sportives de la FFF et les institutions politiques locales veulent du spectacle pas d’auto-organisation. Pour contourner ces difficultés, le MMF comme d’autres clubs lance une souscription pour lui permettre de poursuivre son projet social et sportif.  Alors que les diffuseurs TV commencent a regarder en direction du Futsal il est important que ce type de dynamiques sportives et sociales puissent continuer d’exister pour éviter que cette version indoor du foot subissent le même sort que son grand frère du foot à onze.

 

 

De nombreux club populaires comme le Cannes Boca futsal, Club pionnier et historique basé dans le quartier du même nom ont déjà dû mettre la clé sous la Porte. Il ne tient qu’à tout ceux qui rêvent d’un foot populaire de soutenir localement ces démarches en participant à la vie de ces clubs et en les aidant financièrement.

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