Archive | septembre, 2017

Livre du samedi : Dans la peau d’un Thug / Nargesse Bibimoune

30 Sep

Youssef Bekri, jeune homme de vingt-cinq ans surnommé « You », est un banlieusard tourmenté. Il voit sa vie se transformer un peu plus après le meurtre brutal de son meilleur ami.

Anéanti, il se replie sur lui-même et ne croit plus en un avenir heureux. Sa vie oscille désormais entre religion, activités illicites et deuil. Seules quelques « petites meufs » tentent du mieux qu’elles peuvent de lui maintenir un semblant d’humanité.

Malgré tout, You va essayer de trouver une raison de vivre en enquêtant sur l’assassinat de son ami. Mais cette quête ultime, destinée à retrouver les coupables et à réfréner sa haine, engendrera plus de drames que de satisfactions…

Extrait:

« Prologue

« Ya nod ! »

Ma mère referme la porte. Je l’entends pester contre moi en s’adressant à Dieu. J’ouvre les yeux difficilement. Le visage gonflé, la bouche pâteuse, je me tire enfin de mon pieu. Quinze heures et j’entends déjà sa petite voix qui se plaint de moi. J’ai honte.

Yemma, si tu savais comme je souffre de toutes les contradictions avec lesquelles je vis. Tu penses que la vie est aussi simple qu’à ton époque, mais notre génération est pourrie jusqu’à la moelle. On cherche la caillasse Yemma, y a que ça pour s’en sortir… J’aimerais te prendre dans mes bras, mais j’ai les mains trop sales pour oser te toucher à nouveau.

J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier et aujourd’hui, j’en ai le cœur carbonisé de toutes ces slatas. Tu persistes à y semer des graines Yemma, mais rien n’y pousse, rien n’y vit.

Une journée de plus à tenir les murs, discussions entre cas soc’, chicha, habta, on se checke, on se parle avec les mains et avec les mots on est plein de « hachek». On remanie la langue de Molière, « on la plie à notre vouloir dire », comme dirait Aimé Césaire.

C’est nos vies ; elles ne prennent de sens qu’autour de ces discussions, ou lors de ces soirées où l’adrénaline monte et que le butin est acquis, Yemma. Ces soirs-là, on brade nos vies pour pas grand-chose, on risque les quinze piges fermes pour seulement cinq mille euros… Lire la suite

Publicités

Block Party // Aktiviste // Do the RED Things

29 Sep

Lire la suite

Soirée de soutien « Liberté pour Salah Hamouri ! » / Montreuil

28 Sep

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu (68) / Farid Taalba

27 Sep

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Mais, bien que profondément affecté dans son amour-propre par le déclassement qu’on lui fit subir, malgré son exclusion de la fonction publique qui l’accula à vivre pauvrement de menus travaux glanés à droite à gauche, et surtout en homme d’honneur qu’il se devait d’être en ce temps-là, les larmes ne le rendirent pas aveugle pour autant et Si Lbachir Ou Messaoud continua de ne pas lambiner dans ses efforts afin de défendre bec et ongles la face de la famille. Ses tantes paternelles et ses sœurs ne disaient-elles pas : « Il est nos yeux ! ». Et face au souvenir inoubliable de ce cri de guerre, il ne cessa de redoubler de férocité, avec une incroyable constance qui résistait aux défaites infligées par l’administration et aux harcèlements meurtriers de ses adversaires villageois, échappant à l’usure du temps et sans sombrer dans la résignation. La même fureur obstinée, têtue, enflammait ses prunelles dans son visage glabre de somnambule, insensible, la peau tendue comme celle d’un tambour chauffé à vif, et sous laquelle couvaient les braises qui alimentaient, attisaient encore plus intensément son désir de fumer enfin ses ennemis, assoiffé qu’il était de se faire rendre justice et dignité. « Ah, songea le maître alors que la voiture se souleva en percutant une pierre que le chauffeur n’avait pas vu venir, qu’est-ce qu’il en a bavé ! Comment fait-il pour tenir ainsi? Même dans une impasse, il continue de s’ouvrir la voie, quitte à prendre le risque de buter contre un mur qu’il s’ingéniera tout de même à percer, ne serait-ce qu’avec les bouts de ferrailles qui lui restent !

– Désolé, s’empressa de dire le chauffeur qui avait vu dans le rétroviseur la tête du maître cogner contre le plafond, je fais ce que je peux sur cette route, permettez-moi l’expression, de merde ! Lire la suite

Derrière la fin des emplois aidés, un projet de société.

26 Sep


Le désengagement de l’état des emplois aidés est à la fois un marqueur de la société que rêve de construire Macron et un triste révélateur de la déconnexion entre la vie au quartier et la vie dans le reste de la société.

L’affaire a commencé cet été lorsque la Délégation Générale à l’Emploi et à la Formation Professionnelle sous les ordres de la ministre Muriel Pénicaud a demandé aux préfets d’en finir avec les Contrats Uniques d’Insertion (CIE) du secteur marchand en stoppant « les prescriptions» et en restreignant les Contrats d’Accompagnement dans l’Emploi (CAE) pour le secteur non-marchand. Dans les quartiers populaires nombre d’emplois de service et de lien social sont aujourd’hui assurés par ce type d’emploi, qui se substituent bien souvent à un service public défaillant.

La liste est longue de ces emplois dont chacun(e) peut au quotidien voire l’intérêt et qui sont financés par des contrats aidés : de l’animateur sportif en passant par celui ou celle qui fait traverser les enfants devant les écoles… et surtout les postes dans de nombreuses associations qui œuvrent tous les jours au contact des habitants, chez qui chacun(e) peut trouver des ressources pour surmonter les problèmes liés à la vie quotidienne.

Pour qui vit au quartier chacun(e) sait que la vie, et bien souvent aussi le combat pour le pain quotidien, sont facilités par ces copains et copines qui bénéficient d’emplois aidés et qui tous les jours par leur présence et leur travail permettent de rendre la vie moins dure et maintiennent les liens sociaux qui font tenir nos quartiers.

Dans la torpeur de cet été le président Macron, grand amis des quartiers populaires, a donc décidé de fermer les vannes de ces financements. Cette mesure a été annoncée et accueillie sans bruit et sans fureur.

Contrairement à ces prédécesseurs à l’Élysée, Macron utilise peu les stigmates raciaux pour taper sur les habitants des quartiers populaires. Avec lui nul besoin d’arguments civilisationnels ou cultuels pour justifier le désengagement dans les quartiers populaires. En cela il marque une rupture avec ses prédécesseurs qui justifiaient chacune de leurs politiques en direction des classes populaires par des arguments civilisationnel ou cultuels sur le mode de la République laïque en danger. Avec lui pas de dérapages sur les quartiers populaires repères de terroristes ou de délinquants soumis à la loi de l’Islam mais une politique de classes à ce point caricaturale qu’elle désarçonne.

De la baisse des APL à la destruction du logement social en passant par la fin des emplois aidés, Macron attaque frontalement tout ce qui maintient encore nombre de familles dans les quartiers populaires la tête hors de l’eau pour tous nous livrer à la belle et dure loi du marché.

Pour faire passer cette pilule amère Macron mise sur l’atomisation des réseaux militants dans les quartiers populaires tout autant que sur la déconnexion des forces politiques censées représenter les classes populaires. Il va s’appuyer pour cela sur l’émergence de figures symboliques assimilées a tort ou à raison aux quartiers populaires. Leur simple présence à ses côtés va servir à nous raconter la belle histoire des quartiers populaires sur le mode « quand on veut on peut ». Lire la suite

Rassemblement « N’enterrez pas nos libertés ! »

25 Sep

 

Lire la suite

La séance du dimanche : Vietnam

24 Sep

Ken Burns et Lynn Novick  font revivre le traumatique Vietnam de l’intérieur. Une plongée sanglante au cœur de la tragédie qui a façonné la fin du XXe siècle. Ken Burns et Lynn Novick font revivre de manière inédite la guerre du Viêtnam au plus près de ceux qui l’ont vécue, Vietnamiens et Américains, dans une fresque documentaire digne d’ »Apocalypse Now « ou de « Voyage au bout de l’enfer ». En neuf épisodes, les réalisateurs retracent ces trente années de soulèvements et de destructions, qui firent plus de trois millions de morts, à travers les récits intimes de près d’une centaine de témoins. Simple militaire ou dirigeant politique, journaliste ou activiste, déserteur, diplomate ou sœur d’un soldat défunt, tous ont fait, observé ou subi cette tragédie aux dimensions épiques, mère de toutes les guerres modernes. Au fil d’une narration où le rythme s’accélère d’épisode en épisode, une foule d’archives inédites, fruit de dix ans de recherche, associée à de célèbres photos, des films amateurs ou des enregistrements sonores dévoilant les coulisses de la Maison-Blanche, racontent l’histoire de la fin du colonialisme, de la montée en puissance de la guerre froide et de la victoire d’un peuple de paysans contre la machine de guerre la plus dévastatrice au monde. Ou l’histoire d’un conflit qui a divisé l’Amérique et l’opinion mondiale pour toujours.

 

Premier volet : Indochine, la fin (1858-1961)

Au terme d’une guerre longue et brutale, les révolutionnaires indépendantistes du Viêt-minh, menés par Hô Chi Minh, mettent fin à près d’un siècle de domination coloniale française.Les accords de Genève, signés après la chute de Diên Biên Phu en 1954, divisent le pays en deux. Au Nord, le Viêt-minh communiste, soutenu par la Chine et l’URSS, veut réunifier le pays. Au Viêtnam du Sud, pris dans la logique d’une guerre froide qui s’intensifie, les États-Unis apportent leur soutien au régime autocratique du président Diêm. Début 1961, la ligne dure prônée par Lê Duân, premier secrétaire du Viêt-minh, encourage la guérilla menée dans les zones rurales du Sud par le « Viêt-cong » – surnom donné par leurs ennemis au bras armé du FNL, fondé par les indépendantistes du Sud. Lire la suite