Derrière la fin des emplois aidés, un projet de société.

26 Sep


Le désengagement de l’état des emplois aidés est à la fois un marqueur de la société que rêve de construire Macron et un triste révélateur de la déconnexion entre la vie au quartier et la vie dans le reste de la société.

L’affaire a commencé cet été lorsque la Délégation Générale à l’Emploi et à la Formation Professionnelle sous les ordres de la ministre Muriel Pénicaud a demandé aux préfets d’en finir avec les Contrats Uniques d’Insertion (CIE) du secteur marchand en stoppant « les prescriptions» et en restreignant les Contrats d’Accompagnement dans l’Emploi (CAE) pour le secteur non-marchand. Dans les quartiers populaires nombre d’emplois de service et de lien social sont aujourd’hui assurés par ce type d’emploi, qui se substituent bien souvent à un service public défaillant.

La liste est longue de ces emplois dont chacun(e) peut au quotidien voire l’intérêt et qui sont financés par des contrats aidés : de l’animateur sportif en passant par celui ou celle qui fait traverser les enfants devant les écoles… et surtout les postes dans de nombreuses associations qui œuvrent tous les jours au contact des habitants, chez qui chacun(e) peut trouver des ressources pour surmonter les problèmes liés à la vie quotidienne.

Pour qui vit au quartier chacun(e) sait que la vie, et bien souvent aussi le combat pour le pain quotidien, sont facilités par ces copains et copines qui bénéficient d’emplois aidés et qui tous les jours par leur présence et leur travail permettent de rendre la vie moins dure et maintiennent les liens sociaux qui font tenir nos quartiers.

Dans la torpeur de cet été le président Macron, grand amis des quartiers populaires, a donc décidé de fermer les vannes de ces financements. Cette mesure a été annoncée et accueillie sans bruit et sans fureur.

Contrairement à ces prédécesseurs à l’Élysée, Macron utilise peu les stigmates raciaux pour taper sur les habitants des quartiers populaires. Avec lui nul besoin d’arguments civilisationnels ou cultuels pour justifier le désengagement dans les quartiers populaires. En cela il marque une rupture avec ses prédécesseurs qui justifiaient chacune de leurs politiques en direction des classes populaires par des arguments civilisationnel ou cultuels sur le mode de la République laïque en danger. Avec lui pas de dérapages sur les quartiers populaires repères de terroristes ou de délinquants soumis à la loi de l’Islam mais une politique de classes à ce point caricaturale qu’elle désarçonne.

De la baisse des APL à la destruction du logement social en passant par la fin des emplois aidés, Macron attaque frontalement tout ce qui maintient encore nombre de familles dans les quartiers populaires la tête hors de l’eau pour tous nous livrer à la belle et dure loi du marché.

Pour faire passer cette pilule amère Macron mise sur l’atomisation des réseaux militants dans les quartiers populaires tout autant que sur la déconnexion des forces politiques censées représenter les classes populaires. Il va s’appuyer pour cela sur l’émergence de figures symboliques assimilées a tort ou à raison aux quartiers populaires. Leur simple présence à ses côtés va servir à nous raconter la belle histoire des quartiers populaires sur le mode « quand on veut on peut ».

 

Pour cela, Macron sait jouer habillement de l’histoire coloniale et impérialiste de l’état français comme il l’a fait durant la campagne avec la mémoire de la guerre d’Algérie ou lors de la nomination de son conseil présidentielle pour la France-A-Fric.

Avec Macron la question raciale ne sera plus seulement utilisée négativement comme un repoussoir pour justifier l’abandon et la mise au ban de populations mais aussi comme un effet positif pervers en promouvant une diversité raciale qui permettra de mettre en scène une bourgeoisie racisée, qui viendra nous raconter que malgré les difficultés, en France « quand on veut on peut » comme avant elle une bourgeoisie indigène témoignait de la grandeur de l’œuvre coloniale française.

 

L’expérience a déjà été menée ailleurs comme aux USA où dès les années 60 on a mis en scène une bourgeoisies noirePendant que l’état américain développait une politique économique aux services des classes dirigeantes, le capitalisme américain a promu toute une série de modèles issue des classes populaires américaines dont certains racisé-e-s sur le mode « quand on veut on peut ». La caricature de ce modèle ayant été atteint avec le « Cosby Show » qui vendait en prime time la vie rêvée d’une famille noire bourgeoise, unies et soudée quand la réalité de la vie des familles afro-americaines c’était et c’est toujours l’incarcération de masse, la misère sociale, les crimes racistes et sécuritaires et l’éclatement du foyer familial. Pendant que la société du spectacle promouvait le bonheur de la famille Cosby, le rêve américain pour l’immense majorité des afro-américains c’était les mères célibataires, la confrontation aux ravages du crack et de l’alcoolisme, la guerre des gangs dans les ghettos, une jeunesse où un jeune afro-americains sur deux connaîtra la prison, le tout associé a une corvéabilité à merci dans un système économique où pour survivre il faut cumuler plusieurs emplois . Pendant ce temps Bill Cosby était lui l’acteur américain le mieux payé à la télévision et n’hésitait pas à appeler au calme lors de émeutes de Los Angeles. C’est vers ce monde-là que nous entraîne Macron et ses boys et ils vont utiliser les mêmes recettes qu’aux USA pour nous contraindre à y vivre. Si ce processus va à son terme quand les classes populaires seront totalement déstructurées et privées de toute représentation politiques, livrées au racisme et soumise à la prédation économique nous aurons peut-être nous aussi un Obama français pour nous obliger à croire que « quand on veut on peut ». En France comme aux USA le problème c’est qu’à la fin de l’histoire, on se réveille avec un Trump et des milices d’extrême droite dans les rues.

 

Rien d’étonnant donc que les premiers pas de Macron en direction des quartiers populaires s’articulent autour de ces deux axes : l’abandon des restes de politiques de redistribution dans les quartiers populaires et la promotion d’une diversité raciale positive dans le cadre du capitalisme français.

Pour se faire, Macron donne un énorme coup de rabots sur les vestiges de l’état providence dans les quartiers qui se manifestent entre autre par la fin des contrats aidés, histoire de plonger dans un marché du travail dérégulé en mode loi travail XXL des centaines de milliers de familles qui survivaient avant grâce à ces emplois aidés et qui seront donc contrainte d’accepter ces nouveaux contrats pire que les précèdent pour survivre.

Chacun peut reconnaître que les contrats aidés existants sont des contrats précaires et il ne peut s’agir de les défendre sans s’interroger sur pourquoi, pour nombres d’entre nous, il n’y avait que ce type d’emploi disponible sur le marché. Cependant aussi insatisfaisant qu’ils soient, ces contrats permettent à des centaines de milliers d’entre nous d’avoir une rémunération et un emploi bien souvent utiles pour nos quartiers.

Il y avait 459 000 contrats aidés signés en 2016 au niveau national. Pour 2017, le gouvernement a finalement annoncé qu’il financera 320 000 contrats soit une destruction de 140 000 emplois en une année. Pour 2018, Edouard Philipe, Premier Ministre de Macron, prévoit de ramener ce nombre d’emplois sous la barre des 200 000 contrats aidés par an. Plus de 250 000 emplois supprimés en deux ans : le plus grand plan de licenciement mené par l’état français depuis la fin de la sidérurgie et des mines françaises. Et pourtant cette politique ne déclenche aucun tollé dans les milieux syndicaux et politiques de gauche. Cet assourdissant silence témoigne de la déconnexion de ceux et celles qui aspirent à bâtir un autre monde avec celles et ceux qui ont tout intérêt à ce que ce monde change. Une grande partie de ces emplois précaires sont occupés par des gens issus des classes populaires dont nombre d’entre eux sont aussi des racisé-e-s. La conquête de nouveaux droits autour de ces contrats ou à mima la défense de ces emplois devrait être à l’agenda de tout mouvement se réclamant de la gauche.

Force est de constater que ces emplois principalement présents dans des petites structures atomisées les unes des autres ou en marge de grand secteur public comme l’éducation nationale ne sont pas à l’agenda de la gauche révolutionnaire ou réformiste. Il suffit pour s’en rendre compte de chercher la moindre prise de parole un peu offensive sur cette question de la part par exemple des leaders syndicaux ou politiques qui se battent à juste titre contre les ordonnances de la loi travail et qui sont pour les plus gauchistes d‘entre eux toujours à la recherche de luttes à faire converger. C’est le même silence pour tous les leaders autoproclamés sur le net des quartiers populaires. Dans leur image fantasmée de la vie au quartier, nombre d’entre eux semble ignorer que la vie ne se résume pas qu’à des confrontations avec le racisme d’état.

La comparaison par exemple avec la mobilisation des bretons sur cette question des emplois aidés est révélatrice de ce fossé entre les quartiers populaires et la représentation politique. Bien que les emplois aidés soient nombreux et utiles dans nos quartiers leurs surpressions déclenche de la part des élus locaux que très peu de manifestations de solidarité. En Bretagne, le mouvement culturel breton et les écoles Diwan qui enseignent la langue et la culture bretonne ont eu massivement recours à ces emplois. Ces réseaux ont su se mobiliser et mobiliser leurs représentants politiques, ce qui a amené la région Bretagne à obtenir un sursis du gouvernement qui voulait diminuer le nombre de ses contrats aidé dans ce secteur.

On cherche toujours de la part des élus de grandes villes populaires la même trace de mobilisation au service des premiers concernés par ces suppressions de poste dans les quartiers populaires. Pourtant ici et là , la résistance s’organisent autours d’associations ou de collectifs locaux. Il faut maintenant que chacun et chacune leur donnent de la force si nous ne voulons pas vivre dans le monde que Macron nous promeut et promet.

 

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