« Violences conjugales » ? Ce gros mot.

13 Déc

Une copine nous a partagé ce témoignage pour qu’il puisse être diffusé : à vous de lire, partager si vous voulez, faire tourner.
Pour que la honte change de camp !

te_doy_mis_ojos_2

Des fois, le temps s’arrête au détour d’une odeur, d’une mélodie, d’une histoire.
Qui nous rappellent des choses qu’on sent mais qu’on ne sait plus, ou desquelles qu’on s’est caché pour survivre. Continuer. Aller au boulot le lendemain. Sourire aux mômes. Se dire qu’il y a forcément un horizon.

Des fois, on ose y repenser ou se demander pourquoi ça nous retourne tant le bide. Mais il y a des choses qu’on ne fait pas seule. Qu’on ne peut pas affronter seule. C’est sûrement pour ça qu’on les porte dedans, qu’on avance avec, sans se l’avouer car c’est toujours un peu là, et que c’est souvent déjà trop.

Comme ce jour où j’ai regardé « Ne dis rien » de Icíar Bollaín. La tétanie et le malaise qui m’ont envahie durant la plupart des scènes m’ont révélé que si j’avais aussi peur, une peur incontrôlable et si remuante, c’est parce que je reconnaissais la violence qui suintait dans ces images. Et que si j’avais encore peur, c’est que ça n’était pas « réglé », pas derrière moi, mais en moi, tous les jours. C’était presque pire d’y assister, impuissante, tout en connaissant ça par cœur. Les images me frappaient comme des souvenirs. Ils étaient si violents et tellement graves que je ne m’en rappelais plus.

Je ne m’étais jamais dit que la « violence conjugale » me concernait, jamais. Et pourtant, j’avais toujours peur.

Alors, vu que j’assistais à ce film parce que des femmes concernées avaient trouvé la force d’organiser un week-end de discussions sur le sujet, j’ai décidé d’aller au rencard de « celles qui sont concernées ». En me disant que c’était une folie, un aveu quelque part, mais aussi peut être une occasion. Et que rien ne me forcerait à y parler, mais que je refusais d’avoir toujours aussi peur, et d’être aussi prisonnière de la honte, au point de m’être racontée ça ne me concernait pas, sans rien comprendre, en me mentant tout ce temps.
Alors j’ai osé, sans trop savoir pourquoi, me pointer là-bas.

Le reste s’est dit entre quelques unes, dans une confidentialité où toutes sont égales et où sont partagées les expériences comme les premières concernées l’entendent. Où la honte change de camp car, quand les écrasées, les blessées, les salies sont ensemble, il est possible d’en rire. Et de se sentir fortes face à ce moche qu’on a planqué si longtemps dans notre intimité, en se sentant coupables, même.

Alors… peut-être faut-il passer le message, se le dire, au moins. Les « victimes » portent le fardeau de la honte, et l’isolement les anéantit. Être ensemble, même quelques heures, sans que personne d’autre que celles qui « savent de l’intérieur » c’est n’aient l’œil dessus, est une évasion, un soupir de soulagement, et une sacrée dose de force.

Alors… une manière de refuser d’être une serpillière, c’est peut-être de se rappeler que la plupart des meufs ont appris à essuyer la merde des autres. Et donc celle de ceux qu’elles aiment, d’abord… J’ai compris que c’était un système.

Nous ne sommes pas sauvées. Mais peut-être que si on se met ensemble, et qu’on arrive à comprendre pourquoi c’est possible qu’on ait pu subir ça, alors c’est à partir de là qu’on peut penser à comment transformer la honte en force et l’horreur en souvenir – douloureux, certes, mais derrière nous. Et aussi, à partir de là, faire avancer les choses ? Et faire en sorte que ça ne puisse plus se reproduire, pour nous comme pour les autres ?

Et finalement tenir debout. Pas seulement feinter pour que les autres croient que c’est le cas. Enrayer ce système, jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Oros

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :