Mémoire des nôtres #1 : Fatiha Damiche

9 Jan

fatiha test1.pngColère et révolte.

« Femmes étrangères et immigrées »… J’ai le sentiment d’être un peu en décalage car je suis française. On pourrait penser qu’une femme citoyenne française a des droits comme tous les citoyens. Je m’aperçois, dans la lutte de vous toutes, et combien je suis solidaire, que lorsque qu’on a « des origines étrangères », ce n’est plus la même chose. Je suis responsable juridique à la Maison de l’immigration et au Comité national contre la double peine, la double peine étant « prison plus expulsion » : des étrangers en situation régulière qui commettent un délit sont expulsés après avoir « payé leur dette à la société ». Étrangers et délinquants, la boucle est bouclée… Lorsque moi-même, avant d’être responsable juridique à la Maison de l’immigration, j’ai été femme de détenue, Française oui, mais amoureuse d’un étranger, lorsque j’ai été confrontée à la justice, j’ai compris que j’étais moi aussi différente. Il y a dans ce pays des lois qui sont racistes, xénophobes, criminogènes, personne ne s’en inquiète, on fait tout pour éclater nos familles, pour séparer les femmes de leur conjoint, pour enlever des enfants à leurs parents et c’est dur …
Je suis d’origine algérienne, mes parents m’ont emmenée dans un couffin, j’avais six mois, j’ai cinquante ans aujourd’hui, on m’a appris plein de chose en France, j’ai été à l’école laïque, républicaine, « Allons enfants de la patrie… ». Il m’a fallu 40 ans pour que ma vie soit bouleversée et que je comprenne qu’il y avait des choses qui ne tournaient pas rond. Quand on est d’origine étrangère, on est des sous-citoyens, confrontés à des épreuves, des épreuves amoureuses, la lutte d’une mère pour empêcher que son enfant soit expulsé, la lutte d’une femme pour son mari. J’étais mariée à 14 ans, j’ai eu mon premier bébé à 15 ans, je suis mère de trois enfants et grand-mère… Tout ce qu’on a eu dans nos vies de femme, si on pouvait chacune raconter et partager nos expériences !

Fatiha DAMICHE était responsable juridique au Mouvement de l’Immigration et des Banlieues et au Comité National Contre la Double Peine. Elle nous a quittés fin 2009. Paix à son âme.

fatiha damiche
Extrait de son intervention au colloque « Femmes étrangères et immigrées en France » organisé le 3 juin 2000 par le « comité de suivi des lois sur l’immigration » à l’assemblée nationale.

 

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