GAËL FAYE – IRRUPTION

1 Mar

GAËL FAYE – IRRUPTION

On sort en trombe, en nombre, on se déverse en plaine, En centaines, en millions, en milliards ou en millièmes De quelques simples gouttes à des marées humaines Des jaillissements d’aurore pour éclairer des emblèmes Des lanternes dans la tête si l’on plonge dans les ténèbres On nous appelle PD, blancos, bougnoules ou bien nègres On vit dans la riposte, on réfléchit après-coup On vit extra-muros donc on arrive par vos égouts Nous sommes des cargaisons de femmes voilées et des youyous stridents Des rastas, des casquettes tournées, des voyous prudents Des espoirs accrochés, des paradis assassinés Des parents épuisés enfantant des gosses méprisés De la marmaille bruyante, des petits morveux frisés Engraissés d’allocations qui donnent des prétextes à voter Trouver des bouc-émissaires, les égorger pour l’Aïd Mourir dans une clairière sans treillis pour ce pays L’affiche est couleur sang et Manouchian vient pas d’Auvergne Le tirailleur t’emmerde, il a fécondé ta grand-mère On investit Brongniart, le dos au mur comme Jean-Pierre Thorn On s’en fout du grand soir parce que la nuit, c’est bien trop morne On veut même pas de soleil mais des éclipses pour faire l’amour Pour que l’instant soit bref, intense comme un fruit qu’on savoure Aux armes miraculeuses on a lu Césaire et Prévert On viendra vous faire la guerre avec la parole poudrière On désigne plus l’ennemi parce qu’il est partout même en nous On va mourir debout parce qu’on a vécu à genoux On est sourds aux slogans élimés par trop de manifs On devient arrogants on veut rimer comme des canifs On n’a plus 20 ans mais on en n’aura jamais 60 Car on bouffe du Bisphénol à l’heure d’une planète suffocante On fait de nous des enfants pour nous interdire des luttes Donc nous on pend Peter-Pan on va redevenir adultes On a coincé nos rages entre le mérite et l’héritage Et les puissants confisquent ce que les pauvres se partagent À leurs chaises musicales, personne ne joue, personne s’assoit On occupe du terrain, être indigné ça va de soi Angela ké fend’tchou aw pendant que ton papa est bien là On va ouvrir les portes de Soledad ou Attica Pharmaco-dépendants des OGM pour nous doper J’ai recraché l’assiette, monté le cheval et galopé Braqué un RER-dilligence. L’Apache de Belleville Viendra crier vengeance comme Balavoine arrive en ville Ils veulent nous assigner des places et nous faire saigner Les amoureux aux bancs publics n’arrêteront jamais de s’aimer Depuis que nos checks ressemblent à des poignées de main de Montoire On ne laissera personne parler au nom de nos espoirs On n’est pas des victimes, encore moins des condamnés On arrivera de l’aube en irruption spontanée

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