La pédagogie du gourdin. Retour des bâtons à la fac de droit de Montpellier

25 Mar

Capture d'écran d'une vidéo diffusée par l'une des victimes sur les réseaux sociaux.

Jeudi 22 mars soir, un commando cagoulé, armé de gourdins et de tasers dégageait, dans la plus pure tradition fasciste old school, la petite cinquantaine d’étudiants qui occupaient un amphi de la fac de droit de Montpellier, dans le cadre du mouvement national contre les « réformes » néolibérales de la Macronie : loi ORE, ParcoursSup.

Il s’agissait d’une occupation symbolique destinée à apporter une contribution également symbolique au mouvement universitaire qui se met en place et qui doit converger avec celui des cheminots et de tous ceux qui s’opposent à la contre-révolution en cours : lycéens, retraités, hôpitaux etc… Bref tous ceux qui ne sont pas invités à la garden party permanente de la start up de Macaron et ses amis. Ça fait du monde et ça défrise les caniches de garde du système. La fac de droit de Montpellier n’avait pas été occupée depuis 1968, tout un symbole. C’est peut-être ça qui est monté au cerveau (?) des courageux nervis qui se sont fait la main sur le crâne d’étudiantes désarmées et qui devaient peser 30kg de moins qu’eux. Ou alors c’est l’odeur des kebabs insurrectionnels et des salades de pâtes subversives que les étudiants mangeaient au moment de l’attaque au fond de l’amphi ? En tout cas personne ne s’est opposé à l’intrusion de cette milice. Les images sont claires : les gentils hommes en rouge, chargés de la sécurité, laissent cogner et, une fois les étudiants évacués, certains d’entre eux à l’hôpital, ils restent à l’intérieur à tailler la bavette avec les picchiatori. Étrange ? Ben non : les occupants ont vu le doyen Philippe Pétel ouvrir la porte et encourager les encagoulés à dégager la vermine anarchiste. Devant l’autorité, les kapos maison, pourtant censés veiller à la sécurité des biens et des personnes, se sont logiquement rangés du côté du manche (de pioche). Interrogé sur les faits, le même Pétel a même félicité ses « étudiants » pour avoir dégagé la fac de ses occupants, reconnaissant par ailleurs que dans le commando « il pouvait y avoir un prof de droit » (chargé du TP « droit public et barre de fer ? »), ce que confirment plusieurs étudiants témoins qui ont reconnu plusieurs profs sous leur cagoule, des très proches de Pétel, qui lui fait semblant de croire qu’il ne s’agissait que de quelques étudiants en droit opposés l’occupation.

 

Le problème c’est qu’entre deux coups les témoins ont bien reconnu leurs profs : on a beau mettre une cagoule, 130 kg de viande, ça ne se cache pas comme ça. Depuis, Pétel a démissionné et le ministère a timidement envisagé une enquête. Faudra la suivre cette enquête, pour voir si elle aboutit autre part que dans des sables mouvants, et si elle débouche sur des condamnations comparables à celle qui on assommé des étudiant(e)s de 53 kg convaincu(e)s d’avoir envoyé à l’hosto tout seuls une brigade entière de CRS, ce qu’on a vu pas mal de fois dans le passé proche, pendant les derniers mouvements étudiants ou les manifs contre la loi Travail. Tant qu’à faire, on aimerait avoir aussi des nouvelles des porcs casqués -officiels, ceux-là- qui ont dégagé à coups de tonfa un autre amphi de socio, le 6 mars à Bordeaux, à la demande du président de Bordeaux-Victoire, le sémillant Manuel Tunon de Lara, le tout sur fond d’insultes racistes et sexistes.

Ou contre les gudards qui ont fait une descente au LAP vendredi 23 mars, signe que la barre de fer revient à la mode chez les fafs.

Pour Montpellier, il serait intéressant également de savoir qui sont ces adeptes de la pédagogie à coups de lattes : on connaît juste pour l’instant leur milieu, celui du lobby barbouzard-affairiste « cercle k2 », un machin truffé de militaires haut gradés, de flics, de juges, de politicards et de droitards appâtés par le fric. En attendant, aucune procédure judiciaire n’est engagée contre Pétel, qui a pourtant favorisé –commandité disent les témoins– et revendiqué ouvertement des actes de « violence en réunion avec armes » dans la fac dont il avait la responsabilité administrative, ce qui est une circonstance aggravante. Pour l’instant, non seulement il n’est pas inquiété et reste en poste, mais visiblement il est au mieux avec les flics : ils n’ont embarqué personne après l’opération commando, alors qu’il y avait du sang partout et que les voies de fait étaient plus qu’avérées, et ils ont en plus protégé la sortie des miliciens pétélistes. N’importe qui aurait été immédiatement mis au placard, en GAV, et les glorieux miliciens masqués dans l’espace public poursuivis. Mais entre kamarads, visiblement on ne se mort pas.

 

On peut en tout cas tirer des leçons pour la suite du mouvement, pour les futures occupations et autres blocages : sortez couverts.

L’autodéfense ça ne s’improvise pas, le pacifisme face aux fafs (le fafifisme) ça n’a jamais marché.

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