Projet documentaire – Voix murées : Quotidiens de femmes en Palestine –

20 Avr

Mehdi, peux-tu nous parler de toi, nous expliquer ton parcours et comment tu en es arrivé à vouloir faire ce projet ?

La lutte contre le colonialisme et pour l’émancipation des peuples qui l’ont et le subissent, fait partie de mon héritage familial. Ma mère vient d’une famille communiste, son grand-père, mon arrière-grand-père donc était un militant au parti communiste. Juif polonais, né dans une famille engagée dans son pays d’origine, il a migré à travers l’Europe et s’est installé après un long périple dans le quartier de Belleville à Paris, il sera arrêté et déporté à Auschwitz dont il ne reviendra pas. Ses deux fils, mon grand-père et mon grand-oncle, ont également longtemps milité au sein du PCF et de fait ils ont toujours milité pour les causes anticoloniales. Ma mère m’a témoigné avoir vu revenir mon grand-père de la manifestation à Charonne pendant la guerre d’Algérie, la chemise ensanglantée. Aussi c’est tout naturellement nourrie par ses convictions que ma famille a toujours lutté contre les oppressions dans le monde et défendu la cause palestinienne. Quant à mon père, algérien, il s’est engagé très jeune en tant que moudjahidin, pour la révolution algérienne contre le colonialisme Français. Ghassan Kanafi disait « L’histoire du monde, c’est l’histoire des faibles qui combattent contre les forts. Des faibles, dont la cause est juste, qui combattent les forts qui utilisent leur force pour exploiter les faibles. » Cette histoire c’est aussi celle de ma famille.

Mes propres convictions sont nées de ce double héritage. J’ai commencé à militer pour la cause Palestinienne en 2009 après avoir obtenu mon Bac. En 2010 j’ai eu l’occasion de me rendre une première fois en Palestine, pour découvrir, comprendre la situation. Après cette expérience j’ai multiplié les actions militantes en France pour soutenir la cause palestinienne, puis en 2016 j’ai entrepris, après une licence d’histoire, un master à l’EHESS, et réalisé un mémoire sur « la vidéo comme outils de lutte en Palestine ». En décembre 2016 alors que je venais de participer à une action de solidarité , avec le MJCF 94, je suis devenu la cible de menaces de mort de la part d’organisations sionistes. Pendant 6 mois je fus appelé quotidiennement, parfois dix fois par jour. A chaque fois, on me menaçait de me tuer ou de tuer mes proches. On a également tenté de faire croire à ma mère et à mon employeur que j’avais été retrouvé mort dans la Seine, ou encore envoyé un corbillard sur mon lieu de travail. Pendant la marche de la dignité en 2017, j’ai reçu un appel qui précisait la façon dont j’été habillé et décrivait également précisément mes mouvements au sein de la manifestation, la personne m’a indiqué au téléphone qu’une équipe me suivait dans la manifestation et me planterait à la moindre occasion. J’appris plus tard qu’un groupe de la LDJ avait bien été aperçu avant d’être chassé de la manifestation. J’ai porté plainte, mais l’affaire a bien sûr été classée sans suite… En France les sionistes reproduisent les pratiques terroristes de l’Etat Israélien, et comme vis-à-vis de l’Etat Israélien, la France se contente de regarder, constater mais ne réagit pas. Depuis quelques mois j’ai également rejoint le Collectif pour la Libération de Salah Hamouri, emprisonné arbitrairement sous le régime de détention administrative. Ce projet de documentaire est l’aboutissement de ce parcours. Ce sont les centaines de palestinien.ne.s avec qui j’ai pu échanger, leur résilience, leur abnégation qui me conduisent à poursuivre le combat.

 

Pourquoi vouloir réaliser un documentaire sur le quotidien des femmes en Palestine ?

Pendant mes séjours en Palestine, j’ai entendu, écouté des dizaines de palestinien.ne.s me raconter leurs vies difficiles, les obstacles qui les empêchent de vivre normalement au quotidien dans un territoire occupé. Je me rappelle d’une citation arabe que me citait Salah Hamouri et qui peut être traduit par « quand tu vois les galères des autres, tu te dis que tu les tiennes sont faibles ». C’est exactement ce que j’ai ressenti après mon premier séjour en Palestine. L’histoire de la Palestine aujourd’hui est celle de ces millions de vies dont on a sciemment arraché les racines en les privant de leur terre, de leurs villages, des millions de vies victimes de la politique impérialiste d’Israël et de ses alliés. J’ai et j’aurai toujours en mémoire les récits de vie des réfugiés du camp de Sabra que j’ai rencontrés au Liban, de ses ancien.ne.s prisonnier.e.s politiques et de ces hommes et femmes victimes des colons et de l’armée d’occupation. C’est également grâce à ma tutrice de mémoire, Véronique Bontemps que j’ai commencé à réfléchir à la dimension temporelle du quotidien palestinien sous occupation.

Et puis, les femmes subissent une oppression spécifique en Palestine .Alors qu’elles sont nombreuses à jouer un rôle pour le combat national comme Leila Khaled ou Khalida Jarrar, leur lutte est également une lutte féministe, dans une société marquée par le patriarcat, qu’il soit celui de leur propre société ou celui de l’armée d’occupation. Le harcèlement sexuel subi par Ahed Tamimi dans les prisons israéliennes en est une illustration récente.

Leila Khaled disait « J’ai appris qu’une femme peut être une combattante, une combattante de la liberté, une activiste politique, et qu’elle peut tomber amoureuse et être aimée. Elle peut être mariée, avoir des enfants, être mère. La révolution doit aussi signifier la vie; chaque aspect de la vie. » C’est cette vie, cette vie de combattante sous occupation, trop souvent occultée, que nous voulons filmer. Redonner la parole aux palestiniennes, à leurs doutes, leurs aspirations, leurs luttes, leurs visions de la situation actuelle, de l’avenir, et simplement, les écouter parler de leur quotidien.

 

Comment le documentaire est’il financé?

Ce documentaire demande un engagement important. Un engagement pour le concevoir, le construire, depuis plusieurs mois sur mon temps-libre mais aussi un engagement financier. Nous avons estimé à un minimum de 10.000 euros le coût du documentaire. La mairie d’Ivry sur Seine a accepté de soutenir le projet notamment financièrement, et nous sommes en discussion avec d’autres collectivités. Mais cela est loin d’être suffisant et j’autofinance jusqu’ici la grande majorité du coût du documentaire. Aussi nous nous sommes tournés vers le financement participatif. Cela permet en faisant appel au grand public, de faire contribuer des particuliers qui apportent des petits montants pour que nous puissions réaliser notre projet. Cela permet également de promouvoir notre projet, de commencer à communiquer sur sa finalité et d’impliquer un maximum de personnes. Ce documentaire sera une réussite, si un maximum personne le voit. Nous voulons essayer de multiplier les projections partout en France, et de décloisonner les projections de lieux clos traditionnelles ou s’exerce une légitimité culturelle. Ce Documentaire, nous le voulons accessible à tous et nous essayerons de le faire visionner en s’appuyant sur un maximum de maison de quartiers ou d’associations de terrains. D’ailleurs nous continuons à chercher des partenaires comme des médias et associations, qui peuvent se manifester dès maintenant.

Pour soutenir ce projet de documentaire vous pouvez participer à la campagne de financement participatif en ligne sur https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/projet-documentaire-voix-murees-quotidiens-de-femmes-en-palestine

« A l’ombre du mur construit par Israël, à l’ombre de nos regards et loin, très loin de nos écrans de télévision et des salons diplomatiques, les palestinien.ne.s vivent l’occupation israélienne au quotidien.
C’est ce quotidien sous occupation, trop souvent occulté, que nous voulons filmer. Redonner la parole aux palestiniennes, à leurs doutes, leurs aspirations, leurs luttes, leurs visions de la situation actuelle, de l’avenir, et simplement, les écouter parler de leur quotidien.
Ce quotidien, c’est une lutte. Une lutte politique partagée avec les hommes. Elles sont nombreuses à jouer un rôle pour le combat national, une lutte d’une incroyable résilience pour continuer à vivre chaque jour sous occupation, mais également une lutte féministe, pour être enfin maîtresses de leur destin, et construire un avenir, loin de l’oppression israélienne, loin de l’oppression patriarcale. C’est cette double oppression que nous voulons aborder, tracer le chemin vers le plus grand nombre malgré les obstacles, faire porter leur voix.
Sur place, nous prendrons le temps d’initier certaines femmes ( certaines nous ont déjà sollicitées) à la maîtrise de la vidéo. »

 

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