L’État tue, ses experts enterrent / RÉSISTONS ENSEMBLE / N°176 octobre – novembre 2018

23 Oct

 

L’État tue, ses experts enterrent

Deux ans après la mort d’Adama Traoré, l’expertise médicale rendue aux deux juges d’instruction innocente les gendarmes qui l’ont interpellé. Les quatre experts affirment qu’il n’y a aucun lien entre la mort par asphyxie constatée par la contre-expertise d’autopsie, et le plaquage ventral « sous le poids de 3 gendarmes » pratiqué sur Adama. Leur argument ? « son pronostic vital était engagé » AVANT même son interpellation. L’effort produit lors de sa course, la température élevée de ce jour de juillet, une déshydratation, associés à « une sarcoïdose stade 2 » ( maladie dont il aurait souffert sans même le savoir…) auraient « conduit à priver ses organes d’oxygène, ce qu’on appelle “une anoxie tissulaire” qui a abouti à sa mort ». Adama aurait déjà été en train de mourir… avant que trois gendarmes ne l’écrasent au sol sous leur poids !
En substituant ainsi « l’anoxie tissulaire » à l’asphyxie due à la compression thoracique du plaquage, les experts aux bottes de l’État substituent par un tour de passe-passe paré d’un discours pseudo scientifique, la nature à la police et c’est bien pratique quand le but est de laver cette dernière de toute responsabilité. Cette construction hypothétique, rétroactive (!) de la cause de la mort d’Adama, est irrecevable, comme l’ont été maintes déclarations de « mort naturelle » d’interpellés à l’intérieur de commissariats, de fourgons de police, ou sur le bitume d’une cour de gendarmerie. Comme pour Malik Oussekine, Hakim Ajimi, Lamin Dieng, Ali Ziri…
Le 13 octobre, plus de deux mille manifestants ont crié leur colère et leur détermination à Paris lors de la marche au nom d’Adama. Quartiers populaires et centres-ville, familles de victimes de la police, postiers et cheminots, sans-papiers et sans-logis, chômeurs… Cette unité de lutte que réclamait Assa Traoré commence à prendre vie. Comme elle l’a encore dit depuis la tête de manif, le combat pour Adama appartient à tout le monde sans distinction de couleur de peau, d’orientation sexuelle, elle appartient aussi à ceux qui luttent pour le climat, contre l’oppression patronale… La famille d’Adama a déjà payé le prix fort pour avoir éprouvé dans sa chair qu’« un pays sans justice est un appel à la révolte » : il y a désormais quatre frères Traoré prisonniers politiques de l’État depuis que, le 15 octobre, Yacouba, a été condamné à 3 ans de prison pour une action qui s’inscrit dans les révoltes qui ont suivi la mort d’Adama.
Le combat judiciaire face aux mensonges d’État reste nécessaire, car il contribue à le démasquer et à se préparer à « renverser le système ». C’est dans cet esprit-là qu’a été lancé un appel à organiser une grande marche à travers le pays.

La suite sur le site de Résistons Ensemble :https://resistons.lautre.net/IMG/pdf/re176-oct-nov-2018.pdf

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