Livre du samedi : Il était une fois le gène / Siddhartha Mukherjee

17 Nov

Il était une fois le gène

Percer le secret de la vie

Siddhartha Mukherjee

La génétique dicte nos destins, tel un code gravé dans chacune de nos cellules, et c’est ce code qui nous fait grandir, sursauter ou éternuer – qui fait de nous des humains, en somme.
Pourtant, ces mots intriguent, parfois inquiètent : ADN, hérédité, eugénisme, thérapie génique… En pistant le gène, cet objet emblématique de la biologie, l’écrivain et chercheur Siddhartha Mukherjee, prix Pulitzer 2011, veut nous convier à la formidable aventure des secrets du vivant.
Pourquoi le moine Gregor Mendel délaissa-t-il l’étude des souris pour celle des petits pois, qui devait lui permettre d’élaborer les premières lois de la génétique? Pourquoi la maladie de Tay-Sachs est-elle plus fréquente chez les Ashkénazes? Au nom de quel «crépuscule génétique» la Cour suprême américaine a-t-elle pu autoriser la stérilisation forcée des faibles d’esprit? Et comment expliquer que deux jumeaux séparés à la naissance aient été prénommés Jim par leurs familles d’accueil, aient tous deux épousé une Linda et engendré un petit James Allan?
À la fois récit historique, cours de biologie et enquête personnelle sur sa propre histoire génétique, Il était une fois le gène déploie toutes les dimensions d’un sujet foisonnant et terriblement actuel.

 

« Quand les scientifiques sous-estiment la complexité, ils sont la proie des périls de conséquences imprévues. Les paraboles d’une telle portée scientifique sont bien connues: les animaux étrangers, introduits pour lutter contre les parasites, deviennent des espèces nuisibles à part entière; l’élévation des cheminées, destinée à alléger la pollution urbaine, libère des effluents particulaires plus élevés dans l’air et exacerbe la pollution; stimuler la formation de sang, destiné à prévenir les crises cardiaques, épaissit le sang et entraîne un risque accru de caillots sanguins dans le cœur.»

[…]

« Mais quand les non-scientifiques surestiment la complexité – «Personne ne pourra craquer ce code» – ils tombent dans le piège des conséquences non-anticipées. Au début des années 1950, un certain nombre de biologistes considéraient que le code génétique dépendrait tellement du contexte – si déterminé par une cellule particulière d’un organisme particulier et si horriblement alambiqué – que le déchiffrer serait impossible. La vérité s’est révélée être tout le contraire: une seule molécule porte le code, et un seul code décrit le monde biologique. Si nous connaissons le code, nous pouvons intentionnellement le modifier dans les organismes, et finalement chez les humains. De même, dans les années 1960, beaucoup doutaient que les technologies de clonage de gènes puissent si facilement transférer des gènes entre espèces. En 1980, fabriquer une protéine de mammifère dans une cellule bactérienne ou une protéine bactérienne dans une cellule de mammifère n’était pas seulement faisable; c’était, selon les mots de berg, plutôt «ridiculement simple». Les espèces étaient spécieuses. « Etre naturel » était « souvent juste une pose. »

[…]

« La technologie, ai-je déjà dit, est la plus puissante lorsqu’elle permet les transitions – entre mouvement linéaire et circulaire (la roue), ou entre le monde réel et le monde virtuel (l’Internet). La science, en revanche, est la plus puissante quand elle élucide les règles d’organisation – les lois – qui agissent comme des lentilles à travers lesquelles on peut voir et organiser le monde. Les technologies cherchent à nous libérer des contraintes de nos réalités actuelles à travers ces transitions. La science définit ces contraintes, en dessinant les frontières extérieures des limites de ce qui est possible. Nos plus grandes innovations technologiques portent ainsi des noms qui revendiquent nos prouesses sur le monde: le moteur – engine – (de ingenium, ou «ingéniosité») ou l’ordinateur – computer – (de computare, ou «compter ensemble»). En revanche, nos lois scientifiques les plus profondes sont souvent nommées d’après les limites de la connaissance humaine: l’incertitude, la relativité, l’incomplétude, l’impossibilité.»

 

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :