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La séance du dimanche : Winnie

22 Avr

Pasionaria en Afrique du Sud de la lutte antiapartheid, « Winnie », ex-épouse controversée de l’icône Nelson Mandela, a inextricablement lié son destin à celui de son pays. Un portrait documenté de la figure emblématique des townships, décédée à l’âge de 81 ans, le 2 avril 2018.

Un beau visage sous un chapeau cloche, Winnie Madikizela-Mandela, jeune assistante sociale née dans un village du Transkei, a 25 ans lorsque son mari, Nelson Mandela, est arrêté en 1962 à la suite d’une campagne de sabotage de l’ANC, puis condamné à perpétuité : « Nous nous connaissions à peine. » Militante au puissant charisme et à la détermination sans faille, la pasionaria va alors mener la lutte antiapartheid en Afrique du Sud et maintenir haut la flamme de la résistance, récoltant des fonds pour les prisonniers et orchestrant sans relâche la mobilisation. Cible du régime, espionnée et maintes fois arrêtée, cette mère de deux petites filles, qui jamais ne désarme, est bientôt accusée d’avoir provoqué la vague de violence qui submerge le pays en 1976. Assignée à résidence à Brandfort – « un tombeau vivant » –, l’opposante, courtisée par les médias internationaux, assume d’être prête à tuer pour la liberté. Ne craignant rien ni personne, Winnie, qui recrute avec Chris Hani et Oliver Tambo les soldats d’Umkhonto we Sizwe, la branche militaire du Lire la suite

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Livre du samedi : Les éditocrates 2 / Laurence DE COCK, Sébastien FONTENELLE, Mona CHOLLET, Olivier CYRAN

21 Avr

Les éditocrates 2

Le cauchemar continue…

Laurence DE COCK, Sébastien FONTENELLE, Mona CHOLLET, Olivier CYRAN

Ils sont partout : dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux. Du matin au soir et du soir au matin, sur tous les tons et par tous les temps, ils débitent tous (à peu près) les mêmes poncifs en s’(auto)félicitant de lever les non-dits. Se flattant sur les plateaux de tenir un discours « incorrect », ils accusent gravement leurs adversaires d’étouffer le « débat » par leur omniprésence…
Publié en 2009, Les Éditocrates, ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi faisait le portrait savoureux de dix de ces prophètes des temps modernes. Près de dix ans plus tard, il était urgent de compléter la galerie.
Car le cauchemar continue.
Avec la prolifération des canaux de diffusion (chaînes de télé, Facebook, Twitter, etc.), la corporation éditocratique s’est partiellement renouvelée : elle s’est (légèrement) rajeunie et (un peu) féminisée. Mais surtout : elle s’est dangereusement radicalisée.
L’éditocratie a toujours des Lire la suite

La séance du dimanche : Noire est la couleur

15 Avr

Noire est la couleur. Les artistes africains-américains et la ségrégation

Il n’y a pas si longtemps, un visiteur du Metropolitan Museum of Art à New York aurait eu bien du mal à découvrir la peinture noire américaine. Ce n’est plus le cas désormais puisqu’elle a enfin trouvé sa place dans les plus grands musées des États-Unis. Quel regard les artistes africains-américains portent-ils sur le monde par rapport à leurs confrères blancs ? La spécificité de la peinture noire apparaît sans conteste dans sa dimension politique. Car l’acte de naissance de l’art africain-américain réside dans la représentation de l’émancipation du peuple noir, tandis que sa maturité s’acquiert parallèlement à la lutte contre la ségrégation raciale et pour l’obtention des droits civiques.

Aujourd’hui, Jean-Michel Basquiat (1960-1988) n’est plus le seul artiste africain-américain à être entré de son vivant dans les grandes institutions américaines. Kerry James Marshall, Whitfield Lovell ou encore Ellen Gallagher sont également célébrés, au même titre que cette étoile filante qui fit longtemps figure d’exception. Ce film raconte à travers des archives et les voix d’artistes, d’historiens de l’art, de collectionneurs et de galeristes la marche des artistes africains-américains pour se réapproprier leur image et la faire vivre.

https://rutube.ru/video/25c8feadd6e2e1b155cfe604c4402ce7/

 

Livre du samedi : La France des Belhoumi / Stephane Beaud

14 Avr

La France des Belhoumi
Portraits de famille (1977-2017)

Stéphane BEAUD

 

Un livre de plus sur les jeunes « issus de l’immigration » ? Pour dénoncer les discriminations qu’ils subissent, sur fond de relégation sociale dans les quartiers « difficiles » ? Et conclure sur l’échec de leur « intégration » dans notre pays ?
Non. L’ambition de Stéphane Beaud est autre. Il a choisi de décentrer le regard habituellement porté sur ce groupe social. Son enquête retrace le destin des huit enfants (cinq filles, trois garçons) d’une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d’une petite ville de province. Le récit de leurs parcours – scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels, etc. – met au jour une trajectoire d’ascension sociale (accès aux classes moyennes).
En suivant le fil de ces histoires de vie, le lecteur découvre le rôle majeur de la transmission des savoirs par l’école en milieu populaire et l’importance du diplôme. Mais aussi le poids du genre, car ce sont les deux sœurs aînées qui redistribuent les ressources accumulées au profit des cadets : informations sur l’école, ficelles qui mènent à l’emploi, accès à la culture, soutien moral (quand le frère aîné est aux prises avec la justice), capital professionnel (mobilisé pour « placer » un autre frère à la RATP)… Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (82) / Farid Taalba

11 Avr

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

« Allons-y, ah Bou Taxi, il nous faut maintenant gravir à pied le sentier qui mène jusqu’à Sidi Djoudi, le saint dont je viens de t’égrener le chapelet de galères. A sa mort, les gens de son village l’ont enterré derrière la Mâchoire de l’Ogre. Dans vingt minutes, nous y serons ! ».

Passant de chauffeur à portefaix, Bou Taxi empoigna les bagages dans le coffre de sa chignole. Bahutant une valise et un tambour, il n’eut plus qu’à courir aux semelles du maître qui, pour l’occasion, se retrouvait devant à labourer la voie, non sans lui avoir planté une nouvelle remarque roublarde dont il savait faire fleurir le bout de sa langue  : « A mon tour de te conduire là où, dans ton métier, on ne t’apprend pas à aller !

– Un peu d’indulgence maître, un taxi n’a pas les fers à repasser d’une mule pour crapahuter sur une pente aussi raide. Espérons un jour que l’administration percera un tunnel dans la Mâchoire de l’Ogre, ça nous épargnera un tel effort !

– Oui, ce sera plus rapide même si tu oublies que, même quand elle sprinte, la gazelle ne double jamais son ombre. Oui, il y aura plus de touristes et de zazous pour déranger le repos du saint à qui ils n’auront rien à demander si ce n’est de photographier son tombeau et repartir aussitôt après avoir pris un rafraîchissement à la terrasse d’une auberge que l’administration ne manquera pas de leur faire construire. De plus, et là je ne parle pas des touristes et des zazous, mais des pèlerins, comment pourraient-ils venir jusqu’à Sidi Djoudi sans effort sur eux-mêmes ? Comment ne suivraient-ils pas le chemin que Sidi Djoudi a arpenté pieds nus pour aller construire le refuge dans lequel il s’est mis en retraite, détaché du monde et voué à la prière ? Et alors qu’en sus, ils viennent lui demander d’intercéder auprès de Dieu afin qu’il agrée leur demande de secours ?! Mais il est vrai qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

En somme, comme celui qui va jusqu’à la source et qui ne boit pas ! 

Ah, finalement tu n’es pas bouché à l’émeri. J’aime quand tu captes la comprenette sur un clin d’œil plutôt qu’à coups de poings.

– Merci pour le compliment maître, répondit Bou Taxi avec un peu d’ironie, mais je ne suis pas un sac de boxe.

– A qui traîne des savates, consola alors le maître, dieu donnera des chaussures ! ». Lire la suite

La séance du dimanche : Yémen, le chaos et le silence

8 Avr

Yémen, le chaos et le silence

Plus de 10 000 morts, quelque 53 000 blessés, au moins 2 millions de déplacés, une famine qui gagne du terrain, des épidémies de choléra et de diphtérie… Après trois années de guerre, le Yémen connaît la plus grave crise humanitaire survenue depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce documentaire propose une traversée inédite de ce pays dévasté. Plus de 10 000 morts, plus de 2 millions de déplacés, une famine qui gagne du terrain, des épidémies de choléra et de diphtérie qui se répandent… : après trois années de guerre au Yémen, les Nations unies estiment que ce pays situé à la pointe de la péninsule arabique connaît aujourd’hui la plus grave crise humanitaire survenue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, on ne sait quasiment rien de ce conflit qui, muselé par ses protagonistes, se joue à huis clos. Lire la suite

Livre du samedi : Exodes / Sebastiao Salgado

7 Avr

En plus de six ans et 35 pays, Sebastião Salgado déroule le récit des migrations humaines. Depuis les populations hutues du Rwanda, cachées au fin fond de la jungle, jusqu’aux premières embarcations chargées de réfugiés en provenance du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne tentant d’atteindre l’Europe par la mer Méditerranée, Salgado saisit autant l’ampleur de la crise migratoire que des moments marquants jalonnant l’histoire personnelle des exilés.

Près d’une génération a passé depuis que Sebastião Salgado a publié Exodes pour la première fois. Pourtant le récit qu’il fait, celui des mouvements de populations dans le monde entier, n’a que peu changé en seize ans. Les facteurs d’attraction et de répulsion de certains territoires ont certes évolué, le cœur du conflit s’est certes déplacé du Rwanda à la Syrie, les peuples qui quittent leur foyer n’en racontent pas moins la même histoire: une histoire faite de dénuement, d’épreuves et de lueurs d’espoir, tissée au fil d’une longue errance au prix d’efforts psychologiques autant que physiques.

Salgado a passé six ans aux côtés des migrants, parcourant plus de 35 pays pour témoigner des déplacements de population sur la route, dans les camps et dans les bidonvilles surpeuplés où les nouveaux arrivants achèvent le plus souvent leur voyage. Son projet évoque le périple des Latino-Américains vers les États-Unis, celui des juifs abandonnant l’ex-Union soviétique, des Kosovars fuyant l’Albanie, des réfugiés hutus venus du Rwanda, ainsi que des premières «embarcations» d’Arabes et d’Africains originaires du Sud du Sahara tentant d’atteindre l’Europe par la mer Méditerranée. Ses clichés montrent autant ceux qui savent où aller que ceux qui sont simplement en fuite, déjà soulagés d’être sain et sauf et physiquement capables de marcher. Les visages qu’il a rencontrés révèlent dignité et compassion dans les situations les plus âpres, mais aussi les nombreux ravages de la violence, de la haine et de l’avidité.

Grâce à son regard singulier, attentif aux moindres gestes et détails, Salgado saisit chaque événement marquant des mouvements migratoires, autant que les flux de masses: des camions surchargés, des bateaux surpeuplés et des camps s’étirant à perte de vue, vers un horizon assombri par les nuages, une jambe maigre, entourée d’un bandage, l’empreinte d’un doigt imprimé sur une feuille, une discussion avec un garde des frontières, une mère serrant avec force son bébé et son balluchon sur sa poitrine. Insistant sur l’ampleur du phénomène des migrants, Salgado n’oublie pas aussi, avec son humanisme caractéristique, les histoires personnelles derrière les chiffres impressionnants. À la différence des visages noyés dans le flot de séquences des reportages télévisés ou des foules illustrant la une du journal, ce sont là les portraits d’individus, de personnes dont l’identité demeure, y compris dans le gouffre provoqué par la perte d’une patrie, d’un foyer, parfois même d’êtres chers. Lire la suite