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Barbès Blues au temps du couvre-feu (116) / Farid Taalba

6 Juin

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Après le sursaut qui avait fait flageoler leurs bâtons de chaise, Madjid, Hassan et Wardiya s’immobilisèrent sur le côté du taxi qui donnait sur la chaussée. Une valse de commentaires leva le pied, lança la cadence et leurs esgourdes en saisirent vite le tempo ; ils se mirent à ribouler leurs calots sur l’obscurité comme pour se garder de la surprise d’une de ces éclaircies accompagnant ces explosions qui survenaient encore par intermittence malgré le retour au calme apparent. Côté trottoir, pas désorientée pour autant, appuyée sur le capot de la voiture, Zahiya se gargarisa plutôt la rétine sur Madjid. Elle allumait le miston d’un ardent pressant quand Bou Taxi, qui venait de boucler le coffre, stoppa la projection : « Allons mes amis, ce n’est pas le moment de bayer aux vitrines… si vous voulez prendre place… je vous ouvre même la porte ! ». Zahiya allais s’engager dans le véhicule. « Si Madame la marquise veut bien en prendre la peine, la titilla Hassan. « Si monsieur veut bien refermer la porte », lui renvoya Zahiya avant de prendre place devant, aux côtés de Bou Taxi.

Laissant derrière eux les lumières du port, Bou Taxi et son équipage entrèrent dans la ville comme on quitte le jour pour la nuit. Les rues étaient désertes, à peine éclairées, les volets clos, les rideaux des vitrines baissés ; les lieux les plus courus de la ville se trouvaient fermés : ni cafés, ni restaurants, ni dancings, ni clubs, ni cinémas ! Détritus et débris de toutes sortes jonchant les rues, épaves de voitures brulées, rez-de-chaussée d’immeubles incendiés, mobilier urbain et commerces saccagés, partout des traces d’une lutte qui avait dû être terrible, ici des éclats de grenades, là le souffle d’un coup de mortier, là-bas le criblage d’un mitraillage. Et, au milieu de ce champ de fin de bataille, seuls des militaires patrouillaient encore dans ses tranchées, parfois aidés par des groupes de civils armés. Enfin, l’équipage fut aussi littéralement saisi par l’atmosphère viciée d’odeurs de gaz lacrymogène, de poudre, de cendre et de sang en train de sécher. « M’est avis qu’on n’aura pas de mariage à animer ce soir ! », regretta Hassan. Soudain, Bou Taxi leva le pied pour éviter une poubelle carbonisée et jetée en travers de la chaussée. Lui et Zahiya se mirent à scruter partout où les phares du véhicule dénudaient le trottoir de ses halos jaunes. «Oh, par tous les saints réunis ! », s’étouffa Zahiya. « Qui y-a-t-il ? », s’inquiéta Bou Taxi qui pila, suivi des trois autres passagers qui montèrent à son chevet. « Là, sous la porte cochère, il y a un cadavre, on a dû l’oublier, il est plein de sang coagulé… Lire la suite

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Émission radio #QuartiersLibres : Bande-son des Luttes – Épisode 1 : Face à la Répression

3 Juin

 

Tracklist

Caravan – Song of the mountain fighter (Thailande)
Troupe Résistance – Tape pa nou dan la tet, la police (Réunion)
LKJ – Sonny’s Lettah (Inglan)
Earth & Stone – Jailhouse Set Me Free (Jamaique)
Dennis Brown – Three Meals A Day (Jamaique)
Kaneka Vamaley – Liberté (Kanaky)
)Liberté. – Wanny S. King, Magic Pinokio & Nathan (RDC)
Dedicated – Sister Asia Feat. Steele & Top Dogg (USA)
2Pac / Outlawz / BIG – Runnin From The Police (USA)
B.James [Anfalsh] – Atmosphère Sécuritaire (France)
Cheikh MC – Revolution (Comores)
Rap DZ Anti Power. – Deymed MBS, Cinou, Sofiane Hamma, Icosium, L’adrinaline (Algérie)
Malcolm Garvey Huey – Dead Prez feat Divine RBG (USA)
Ideal J – J’ai Mal Au Coeur (France)

Émission radio #QuartiersLibres : Question de stratégie

16 Mai

Barbès Blues au temps du couvre-feu (115) / Farid Taalba

9 Mai

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Le seul son de la voix de Zahiya réveilla le chat qui dormait en Madjid, les souvenirs remontèrent d’un seul coup, ils s’entrechoquèrent à la surface de sa mémoire en un caléidoscope virvoussant comme une grande roue de loterie. Au-dessus de cette succession d’images, il accrocha celle où il avait entendu pour la première fois la voix de Zahiya miauler derrière la porte de sa chambre alors qu’il se trouvait en compagnie de Môh Tajouaqt et de Bou Khobrine, terrés comme des lapins pour ne pas se faire embarquer par les condés à coups de bites à Jean-Pierre. La plainte qu’elle avait formulée d’un rythme haletant tournait en boucle dans sa tête comme un disque rayé : « Madjid Digdaï, Madjid Digdaï, par Dieu, ouvre-moi la porte, j’ai peur, le chacal chasse en meute dans la forêt. ».

Mais il leva vite fait le bras du pick-up. « Ta cheville va mieux ? » s’inquiéta Madjid en guise de salutation.

– Oui, et toi ? Comment as-tu atterri parmi nous ? C’est incroyable ! Mais tu ne devais pas te marier ? Lire la suite

Livre du samedi : Le combat Adama / Geoffroy de Lagasnerie – Assa Traore

4 Mai

 

Le 19 juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise, Adama Traoré est dans la rue. Des gendarmes  décident de le contrôler. Il n’a pas ses papiers sur lui. Lassé des contrôles à répétition, il ne veut pas être emmené à la gendarmerie: il court. Les gendarmes le rattrapent et l’immobilisent en se mettant à trois sur lui. Ils l’asphyxient – et Adama Traoré meurt, le jour de ses 24 ans.

« Le combat Adama, ce n’est pas seulement le combat de la famille Traoré. La mort de mon frère est représentative d’un grand malaise en France qui ne va pas. Mon frère est mort sous le poids de trois gendarmes et d’un système : il est mort parce qu’il s’appelait Adama Traoré, parce qu’il était Noir, parce qu’il habitait dans un quartier populaire. Il est mort à cause de tout ce que l’État et la société ont construit autour des quartiers populaires et de ces garçons. Et c’est tout cela que nous voulons changer. Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (114) / Farid Taalba

24 Avr

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Hassan fit la pose avec des effets de torse et l’air de se sucrer le nombril comme pour bien signifier qui menait désormais la barque : « Laquelle danse le Maillebilline ?! Tu vas avoir tout le temps de le leur demander toi-même.

– Et quand j’aurai la réponse, toi-même, tu auras tout le temps d’aller héler un autre bahut pour rentrer. Par les temps qui courent, quand ton destin est d’avoir la poule aux miches sans savoir comment tu seras becqueté si tu tombes dans le panier à salade, ce sera plus difficile que de chercher à savoir qui guinche ou pas le Maillebilline !

– Bon, puisque tu fais ton monsieur j’ordonne, on ne va pas roter sur le bifteck. Regarde bien, je ne le répéterai pas deux fois, c’est la première-là, celle qui a l’air de nous attendre de pied ferme, et qui porte la jolie robe à corset où il y a du monde au balcon. Mais attention, interdit d’applaudir !

– Franchement, tu me prends pour qui ? A moi, tu prêtes l’intention indigne de mettre la main dans le sac ?! A mon avis, ce n’est ni côté jardin ni côté cour qu’elle va te mettre à la porte, quand je vais lui montrer tout le spectacle que tu te fais d’elle. Parce qu’elle ne vaut quelque chose qu’au plébiscite de son balcon ? Et elle ne serait bonne qu’à faire la sainte chapelle ? Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (113) / Farid Taalba

10 Avr

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

« Et nous, toujours cloués sur place ! », s’esclaffa Bou Taxi électrisé d’anisette dont les vapeurs avaient dissous le théâtre des événements et le drame sur lesquels le rideau n’était toujours pas encore tombé, si ce n’est la lacrymogène et la poudre.

– Sois en heureux, le rectifia Hassan, pense à ceux qui, là-haut en ville, sont giboyés par les gendarmes et les paras, et détalent en tous sens. Qui est pris par la chasse, ne perd-il pas sa place ?!

– Laisserais-tu entendre que tu regrettes de ne pas faire partie du gibier ?

– On aura tout le temps pour cela quand on décollera d’ici.

– Alors que Dieu agrée notre ami Madjid, invoqua Bou Taxi dont l’esprit est sorti de lui-même, le rossignol, la voix de son âme ! Qu’il s’amadoue avec la marquise qui lui ira comme un saroual, qu’il devienne le dab du royaume et qu’il fasse de nous ses deux vizirs !

– Tu prendras du galon, tu arrêteras de conduire, tu auras pouvoir de délivrer les licences de taxi et de distribuer les lignes de car. Un chauffeur sera à ton service pour sillonner tout le pays ! Lire la suite