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Livre du samedi : La mécanique raciste / Pierre Tévanian

29 Avr

 

Tout le monde ou presque se dit antiraciste. Pourtant, les discriminations se perpétuent dans des proportions massives, et en toute impunité. La Mécanique raciste met à nu, chiffres à l’appui, cette remarquable contradiction. À rebours des discours complaisants faisant du racisme une simple pathologie individuelle ou un réflexe de  » peur de l’autre  » naturel et compréhensible, Pierre Tevanian souligne son caractère systémique et son enracinement dans notre culture. Soucieux de  » connaître pour mieux combattre « , il prend le racisme au sérieux et analyse ses ressorts logiques, esthétiques et éthiques, comme il est d’usage de le faire pour tout système philosophique – à ceci près qu’il s’agit ici de déconstruire une manière perverse de raisonner, de percevoir l’autre et de se concevoir soi-même. Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (61) / Farid Taalba

26 Avr

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Puis, abandonnant la pieuse direction de Aïn El Hammam, l’esprit agité et la chair brulante, Madjid plongea son regard terrorisé dans l’obscurité de la plaine. Quand il releva son chef, face à lui, il buta conte la muraille de crêtes qui lui barrait l’horizon en escortant, du massif de Gueldaman jusqu’à la mer, la rive droite de la vallée. Vertigineusement élancées, alertes et inquiétantes, leurs imposantes silhouettes dangereusement crénelées planaient au- dessus de la plaine que Madjid voyait comme un immense cimetière à ciel ouvert ; elles semblaient le surveiller dans le silence qui y régnait. Seul au milieu de la plaine, sur la rive gauche, le piton d’Akbou se tenait en sentinelle détaché de tout massif de crêtes et face à celles de Gueldaman qui lui faisait autoritairement face. Derrière lui, des glapissements de chacals suivis de hurlements le firent sursauter ; il se plut cruellement à y entendre une plainte, un appel au secours de Zahiya. N’avaient-ils pas jailli du côté où se situait son village ? Tout à coup, les parois de son esprit se tapissèrent de son image. Dans toute direction qu’il se portait, il la voyait, démultipliée sous d’impressionnistes couleurs psychédéliques. Pris de vertiges, il eut beau se ressasser qu’il perdait la tête, qu’il n’avait pas entendu les pleurs de sa bien-aimée, qu’il avait trop bu, mais ces propres larmes lui nouaient déjà des nœuds dans la gorge. Même les yeux fermés, il retrouvait toujours la multitude de son visage désespéré ; elle le frappait d’abattement et de regrets amers comme la grêle crevant les jeunes pousses d’un printemps mort-né. Il se prit la tête entre les mains et rumina sa mouscaille en hachant des mots devenus incompréhensibles même pour lui ; il suait d’alcool, son sang courait dans ses veines et, au bord de l’étouffement, il croyait, qu’à chaque souffle, il allait s’effondrer. Mais, sur sa droite, descendant la route du col de Chellata, des lueurs le surprirent et attirèrent son regard comme s’il retrouvait enfin la réalité. Dans l’obscurité, elles surlignaient les lacets en balayant les bas-côtés d’où surgissaient des arbres et des rochers saisis dans un flash d’appareil-photo. En suivant leurs mouvements, il n’osa y croire. Mais les bruits qu’il entendit aussitôt après ne lui laissèrent aucun doute. Des véhicules approchaient, il y en avait deux. « Qui, s’interrogea-t-il soudain requinqué par la peur, cela peut-il être ? Et à cette heure ?! Avec tout ce qui se passe maintenant ! ». Il mangeait des yeux les arbres et les rochers qui défilaient au fur et à mesure de la progression des véhicules. Jusqu’au moment il crut reconnaître un groupe de rochers dont il avait gardés le souvenir. Quand Madjid compris que les arbres et les rochers éclairés étaient ceux situés entre le village de Mliha et celui de Tifrit, et vu qu’il se trouvait sur un talus surplombant la route par laquelle ces véhicules ne pouvaient qu’arriver à lui, Madjid se précipita derrière lui en grimpant la pente : « Les militaires, les militaires ! ». Il tenait à peine sur ses jambes ; gêné par sa valise, il glissa plusieurs fois à terre. A quatre pattes, comme un chacal en fuite, il se cacha derrière une barrière de figuiers de Barbarie en poussant devant lui son paquetage. Quand la lumière balaya les figuiers de Barbarie, il ne put rien distinguer dans l’aveuglement des phares. Aux ronflements des moteurs, s’ajoutait un air de musique qui ressemblait à ceux qu’il avait déjà entendus avec Môh Tajouaqt, quand un jour il l’avait persuadé de le suivre dans une cave de jazz au quartier de Saint-Michel. Dans les grésillements d’un électrophone aux haut-parleurs desquels on aurait posé un mégaphone, il entendit les voix éraillée et débridée de jeunes garçons reprendre les paroles derrière le chanteur dans une langue qu’il identifia vite même s’il ne la comprenait pas : Lire la suite

Darcus Howe à Race Today : « A I see it! »

26 Avr
Darcus Howe (1943 – 2017), né à Trinidad et Tobaggo, installé à Londres depuis 1961, journaliste et homme de télévision, a été un farouche militant pour l’égalité raciale et la justice sociale, impliqué dans de multiples campagnes politiques marquées par le souci de l’auto-organisation hérité du Black Power’s Mouvement.
Dans un entretien qu’il nous a accordé en mai 1991 dans les locaux du Race Today Collective à Brixton, il revient sur plusieurs épisodes déterminants de l’histoire politique des Noirs en Grande-Bretagne, dont l’affaire des Mangrove 9 contre le harcèlement policier (Notting Hill, 1970-71), le New Cross Massacre, The Black Day of Action et l’insurrection de Brixton (1981).

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Le livre du samedi : Un monde en pièces – webcomic

22 Avr

Des-qui-tournent

Un Monde en Pièces est une saga de science-fiction politique qui transpose l’actualité sur un gigantesque plateau d’échecs. Se déroulant sur plusieurs tomes, il se pose entre intrigue politique, chasse à l’homme, histoire d’amour et montée du totalitarisme. Un ton emprunté au roman noir, servi par un graphisme en noir et blanc de circonstance.


Synopsis :

Bienvenue sur le Plateau. À New-Ébène, capitale du royaume des Sombres, chaque pièce est à sa place : le Roi trône dans son palais, les Tours gèrent les finances, les Cavaliers assurent l’ordre et les Pions, petites mains du royaume, travaillent dur pour atteindre une Promotion censée les arracher à leur condition. Tandis que tous implorent le Joueur, dieu qui doit les déplacer un jour, les Fous multiplient les actions de déstabilisation pour instaurer le Hasard sur le Plateau. En marge de cette agitation, chaque nuit, des embarcations de fortunes déchargent leur cargaison de misère humaine : ce sont les immigrées du Jeu de Dames, qui fuient leur monde ravagé par la guerre. Lire la suite

La séance du dimanche : Le Dessous des cartes / hommage à Jean Christophe Victor

16 Avr

Une édition spéciale à la mémoire de Jean-Christophe Victor (1947-2016), le créateur et présentateur du Dessous des cartes, l’émission géopolitique d’Arte.

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Livre du samedi : Street Voice. Paroles de l’ombre

15 Avr

Au début des années 1990, des sans-logis de la ville de Baltimore (États-Unis) ont fondé un journal de rue, Street Voice, périodique gratuit qui compte aujourd’hui 80 numéros. Phénomène rare, ce journal sans visée caritative ni commerciale est entièrement écrit par ceux qui vivent en marge de l’American dream : chômeurs, squatters, junkies, etc. Il constitue donc une somme de témoignages, comportant une critique sociale radicale, d’une authenticité exceptionnelle. Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (60) / Farid Taalba

13 Avr

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

« Ma…ma…ma…bouteille d’anisette ?! » bredouilla Madjid effaré par tant d’indiscrétion. Comment faisaient-ils pour s’introduire dans son esprit ? D’abord en faisant allusion au fait qu’il s’était arrêté comme Si Mohand Ou Mhend près d’une fontaine. Puis, en laissant entendre qu’un ange l’aurait visité comme s’ils étaient au courant des trois femmes des At Wertilan qui lui étaient apparues. Mais là, il se demanda s’il avait rêvé ou non : « Si j’avais rêvé, cela voudrait dire que ce sont des génies et qu’ils ont le pouvoir de lire dans mon esprit. Dans le cas contraire, ils m’auraient effectivement vu, donc tout cela serait vrai. ». En tout cas, pendant quelques secondes, un ange passa dans son regard tellement Madjid ne savait plus à quel saint se vouer devant une telle équation qu’il mit à qualifier de surnaturelle, si ce n’était cruelle. Enfin, dans un éclair qui éclaira ses yeux, il se résuma intimement en bouillonnant d’étonnement : « De toute façon, dans les deux cas, ils sont entrés dans ma maison derrière mon dos ! Et ça, c’est insupportable ! ». Pressentant ce que Madjid pouvait bien ruminer entre ses dents, Saïd remit le couvert pour le détendre : « Aller, Aâmmi Madjid, bois un coup et chante-nous « Mani oh ! Mani ! ». Ta voix seule nous enivrera. ». Et dans un excès de rage qui Lire la suite