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Barbès Blues au temps du couvre-feu (122) / Farid Taalba

26 Nov

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Et, vers l’est, quand la première ampoule de l’aube poignit entre mer et montagne qui émergeaient de leur sommeil sous le voile d’une clarté opalescente, alors que ses trois amis somnolaient chacun plaqué contre sa portière, seul Bou Taxi se tenait complètement éveillé, les mains sur le volant, luttant contre le sommeil qui le faisait piquer du nez par intermittence. Trop aux aguets pour pouvoir dormir dans le charivari des allers et retours des véhicules militaires, et entre les salves des exécutions sommaires, il avait fait la vigie toute la nuit pour voir venir l’inattendu, s’il dût advenir. « On y est, se murmura-t-il en regardant les premières étoiles disparaître, on approche du moment de vérité. ». Et il fut pris de l’envie de réveiller ses compagnons mais il y renonça : « Pourquoi faire ? A quoi ça servirait ? Pour qu’ils matent la beauté du ciel et se remettent à gamberger ! Vaut mieux qu’ils dorment. ». Et il regarda devant lui, pensif, suspendu à un air de Si Lbachir Amellal qui lui traversa l’esprit : Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (121) / Farid Taalba

6 Nov

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

– Si après dieu, on s’aura ce qui est arrivé à nos quatre amis, gouailla Francis avant d’ajouter pince-sans-rire, dis-moi plutôt ce qui est arrivé à ceux-là ?!

Des GMC étaient en train de les doubler dans un halo de lumière jaune. La vitrine aussi blême qu’un marbre de cimetière, la main sur le goinfre et les ardents grands ouverts, Bou Taxi n’osa y croire. Dénouant sa cravate, il reprit son souffle et finit par admettre la réalité de ce qu’il voyait dans un murmure qui tremblota : « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux… ». Des cadavres jonchaient les bennes des véhicules en formant des petits tas qu’on n’avait pas pris la peine de recouvrir d’une couverture ou d’un drap. « Tu sens l’odeur ? » demanda Francis. « Oui, allongea Bou Taxi, m’est avis que chaque cadavre a un pot de chambre dans l’estomac. Vu comment ça fouette déjà, il faut bien qu’ils s’en débarrassent. Mais je me demande bien où est-ce qu’ils vont aller tirer la chasse d’eau ? ».

Et, une fois tous les GMC passés, les deux amis purent alors constater qu’ils filaient droit sur le stade, ils roulaient sur une partie de la route qui ne pouvait qu’y mener. Dans leur sillage, ils soulevaient des nuages où se confondaient la lumière et la poussière dans de phosphorescents halos cahotant au rythme des caprices de la piste. Au loin, dans la nuit étoilée, au-dessus du convoi funèbre, ils pouvaient écarquiller leurs carreaux sur la silhouette de la tribune du stade ; elle était passée intermittemment en revue par les spots des projecteurs qui poursuivaient en rythme régulier leur chemin de ronde circulaire.

« Tu crois que nos quatre amis se trouvent dans le lot du convoi ? » osa Francis. Lire la suite

Furax Barbarossa / Mona Lisa

24 Juin

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure « Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix ! », je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous ! Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients, au regard de Dieu, que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir. »

Barbès Blues au temps du couvre-feu (116) / Farid Taalba

6 Juin

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Après le sursaut qui avait fait flageoler leurs bâtons de chaise, Madjid, Hassan et Wardiya s’immobilisèrent sur le côté du taxi qui donnait sur la chaussée. Une valse de commentaires leva le pied, lança la cadence et leurs esgourdes en saisirent vite le tempo ; ils se mirent à ribouler leurs calots sur l’obscurité comme pour se garder de la surprise d’une de ces éclaircies accompagnant ces explosions qui survenaient encore par intermittence malgré le retour au calme apparent. Côté trottoir, pas désorientée pour autant, appuyée sur le capot de la voiture, Zahiya se gargarisa plutôt la rétine sur Madjid. Elle allumait le miston d’un ardent pressant quand Bou Taxi, qui venait de boucler le coffre, stoppa la projection : « Allons mes amis, ce n’est pas le moment de bayer aux vitrines… si vous voulez prendre place… je vous ouvre même la porte ! ». Zahiya allais s’engager dans le véhicule. « Si Madame la marquise veut bien en prendre la peine, la titilla Hassan. « Si monsieur veut bien refermer la porte », lui renvoya Zahiya avant de prendre place devant, aux côtés de Bou Taxi.

Laissant derrière eux les lumières du port, Bou Taxi et son équipage entrèrent dans la ville comme on quitte le jour pour la nuit. Les rues étaient désertes, à peine éclairées, les volets clos, les rideaux des vitrines baissés ; les lieux les plus courus de la ville se trouvaient fermés : ni cafés, ni restaurants, ni dancings, ni clubs, ni cinémas ! Détritus et débris de toutes sortes jonchant les rues, épaves de voitures brulées, rez-de-chaussée d’immeubles incendiés, mobilier urbain et commerces saccagés, partout des traces d’une lutte qui avait dû être terrible, ici des éclats de grenades, là le souffle d’un coup de mortier, là-bas le criblage d’un mitraillage. Et, au milieu de ce champ de fin de bataille, seuls des militaires patrouillaient encore dans ses tranchées, parfois aidés par des groupes de civils armés. Enfin, l’équipage fut aussi littéralement saisi par l’atmosphère viciée d’odeurs de gaz lacrymogène, de poudre, de cendre et de sang en train de sécher. « M’est avis qu’on n’aura pas de mariage à animer ce soir ! », regretta Hassan. Soudain, Bou Taxi leva le pied pour éviter une poubelle carbonisée et jetée en travers de la chaussée. Lui et Zahiya se mirent à scruter partout où les phares du véhicule dénudaient le trottoir de ses halos jaunes. «Oh, par tous les saints réunis ! », s’étouffa Zahiya. « Qui y-a-t-il ? », s’inquiéta Bou Taxi qui pila, suivi des trois autres passagers qui montèrent à son chevet. « Là, sous la porte cochère, il y a un cadavre, on a dû l’oublier, il est plein de sang coagulé… Lire la suite

Émission radio #QuartiersLibres : Bande-son des Luttes – Épisode 1 : Face à la Répression

3 Juin

 

Tracklist

Caravan – Song of the mountain fighter (Thailande)
Troupe Résistance – Tape pa nou dan la tet, la police (Réunion)
LKJ – Sonny’s Lettah (Inglan)
Earth & Stone – Jailhouse Set Me Free (Jamaique)
Dennis Brown – Three Meals A Day (Jamaique)
Kaneka Vamaley – Liberté (Kanaky)
)Liberté. – Wanny S. King, Magic Pinokio & Nathan (RDC)
Dedicated – Sister Asia Feat. Steele & Top Dogg (USA)
2Pac / Outlawz / BIG – Runnin From The Police (USA)
B.James [Anfalsh] – Atmosphère Sécuritaire (France)
Cheikh MC – Revolution (Comores)
Rap DZ Anti Power. – Deymed MBS, Cinou, Sofiane Hamma, Icosium, L’adrinaline (Algérie)
Malcolm Garvey Huey – Dead Prez feat Divine RBG (USA)
Ideal J – J’ai Mal Au Coeur (France)

Barbès Blues au temps du couvre-feu (115) / Farid Taalba

9 Mai

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Le seul son de la voix de Zahiya réveilla le chat qui dormait en Madjid, les souvenirs remontèrent d’un seul coup, ils s’entrechoquèrent à la surface de sa mémoire en un caléidoscope virvoussant comme une grande roue de loterie. Au-dessus de cette succession d’images, il accrocha celle où il avait entendu pour la première fois la voix de Zahiya miauler derrière la porte de sa chambre alors qu’il se trouvait en compagnie de Môh Tajouaqt et de Bou Khobrine, terrés comme des lapins pour ne pas se faire embarquer par les condés à coups de bites à Jean-Pierre. La plainte qu’elle avait formulée d’un rythme haletant tournait en boucle dans sa tête comme un disque rayé : « Madjid Digdaï, Madjid Digdaï, par Dieu, ouvre-moi la porte, j’ai peur, le chacal chasse en meute dans la forêt. ».

Mais il leva vite fait le bras du pick-up. « Ta cheville va mieux ? » s’inquiéta Madjid en guise de salutation.

– Oui, et toi ? Comment as-tu atterri parmi nous ? C’est incroyable ! Mais tu ne devais pas te marier ? Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (114) / Farid Taalba

24 Avr

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Hassan fit la pose avec des effets de torse et l’air de se sucrer le nombril comme pour bien signifier qui menait désormais la barque : « Laquelle danse le Maillebilline ?! Tu vas avoir tout le temps de le leur demander toi-même.

– Et quand j’aurai la réponse, toi-même, tu auras tout le temps d’aller héler un autre bahut pour rentrer. Par les temps qui courent, quand ton destin est d’avoir la poule aux miches sans savoir comment tu seras becqueté si tu tombes dans le panier à salade, ce sera plus difficile que de chercher à savoir qui guinche ou pas le Maillebilline !

– Bon, puisque tu fais ton monsieur j’ordonne, on ne va pas roter sur le bifteck. Regarde bien, je ne le répéterai pas deux fois, c’est la première-là, celle qui a l’air de nous attendre de pied ferme, et qui porte la jolie robe à corset où il y a du monde au balcon. Mais attention, interdit d’applaudir !

– Franchement, tu me prends pour qui ? A moi, tu prêtes l’intention indigne de mettre la main dans le sac ?! A mon avis, ce n’est ni côté jardin ni côté cour qu’elle va te mettre à la porte, quand je vais lui montrer tout le spectacle que tu te fais d’elle. Parce qu’elle ne vaut quelque chose qu’au plébiscite de son balcon ? Et elle ne serait bonne qu’à faire la sainte chapelle ? Lire la suite