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Ali / Dialogue

24 Mar

 

L’ami, la vie n’est pas un monologue
Adorateur du créateur, commandement un du décalogue
Du chemin, que se poussent les démagogues
Nos gosses n’ont pas besoin de mythos mais de bons pédagogues
Pas de paix face à Gog et Magog
Mon corps vogue, l’esprit aiguisé comme Ghost Dog
Pas de Seppuku de tragédies à la Van Gogh
Vers la porte de l’éternité nos destins s’engagent
« Salam » dans les mosquées, « shalom » dans les synagogues
Seuls les cœurs sincères sont ouverts au dialogue
L’ami, la vie n’est pas un monologue, salut à mes homologues Lire la suite

Vive la Commune !

18 Mar

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Justice pour Tous / 08 Avril

16 Mar

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu (58) / Farid Taalba

15 Mar

Le poète Si Mohand Ou Mhend

Barbès Blues au temps du couvre-feu : épisode précédent

 

 

Aussitôt, la voix du jeune berger s’éteignit comme la flamme d’une bougie sous l’effet d’un souffle. Moins symphonique sous le soleil qui avait commencé à décliner, le concert des cigales et des grillons reprit tout de même le dessus. En contrepoint, le lointain bourdonnement de moteur du véhicule des gendarmes approchait piano, piano mais sûrement. Soudain, bref et léger, un air de flûte se mit à rire derrière une chênaie touffue. La voix du jeune berger suivit :

Si la fuite pouvait tout rattraper

Moi, je suivrai les oiseaux

Je survolerai sept pays

Je franchirai sept océans

Mais comme la mort nous devance en tout lieu

Supplions le maître de la décision !

Madjid enragea : « Mais il cherche vraiment à nous faire coffrer sous le couscoussier ou quoi ?! ». Et il répliqua au jeune berger : « Je te passe l’air de flute. Mais écoute cela un peu :

Me voilà en prison, oh mère !

Dans la prison des gendarmes.

Ils y rasent les barbes

Ainsi que les moustaches

Sans doute faudrait-il faire le bien

Mais ce sont les tourments qu’on préfère

Ainsi que la trahison entre frères Lire la suite

Black Roses / Renz Young ft. Kyndal J

6 Mar

Israeli Apartheid Week à Paris 8

3 Mar

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La prison au service de l’apartheid israélien et les luttes populaires de solidarité

Comme chaque année, le Collectif Palestine Paris 8 organise la tenue de la Israeli Apartheid Week, la semaine internationale de lutte contre l’apartheid en Israël, en partenariat avec Solidaires Etudiant.e.s. L’Israeli Apartheid Week est une semaine cruciale dans les mouvements de solidarité internationale à la lutte du peuple palestinien, et elle est organisée dans près de 150 universités à travers le monde. Cette année, Paris 8 est la seule université d’Île-de-France à organiser sa tenue… La lutte doit continuer !

Pour commencer cette action internationale, le Collectif Palestine Paris 8 organise une soirée de discussions sur « La prison au service de l’apartheid israélien et les luttes populaires de solidarité ». Des thématiques qui résonnent dans Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (57) / Farid Taalba

1 Mar

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Barbès Blues au temps du couvre-feu : épisode précédent

Au moment du décollage de l’hélicoptère, le vent se leva de terre. De petites tornades tournoyèrent progressivement vers le haut en soulevant des cercles de poussières tourbillonnants. Les herbes vertes se hérissèrent, les arbres brandirent leurs branches vers le ciel comme des femmes éplorées avant de les laisser retomber comme des bras le long de leurs troncs. En sentant un masque de poussière recouvrir son visage avec la progressive chute du vent qui l’avait lâchée en pluie au rythme de l’éloignement du bruit de moteur, Madjid ouvrit les yeux et cracha à terre les grains qu’il avait failli avaler en ouvrant la bouche. Ayant épousseté son visage et surtout ses yeux ensablés, il chercha l’hélicoptère et constata qu’il se trouvait loin et qu’il se dirigeait vers Akbou.

« Je l’ai échappé belle, murmura-t-il en son for intérieur, mais jusqu’à quand ? ». A cette question, suivit une autre : « Qu’est-ce que je vais devenir maintenant ? ». Et si Madjid sombra de nouveau dans le mutisme, une assemblée de village s’était installée dans son cerveau où il délibérait avec lui-même. Il se sentait bien obligé d’admettre qu’il était devenu un intrus, qu’il ne retournerait plus jamais au village. « Que vais-je faire désormais ? Où aller ? », se tortura-t-il. Cela lui rappela un passage d’une aventure de Maître hérisson qui accentua son accablement. Un jour, ce dernier se rendit au doux clapotement d’une fontaine afin d’étancher sa soif. Aux aguets derrière un buisson, une ogresse l’attrapa et l’enferma sous un couscoussier en se moquant de lui : « Voilà, tu es pris, tu vas ravir mes papilles, profite de tes derniers instant, le temps que j’arrive avec le couteau pour te mettre ton compte. ». Impuissant, contemplant le plafond percé de trous de sa prison, le hérisson s’exclama : « Il y a de la lumière partout mais pas d’issue ! ».

« Finalement, en conclut Madjid, je suis dans le même piège que Maître hérisson… Et je ne me souviens plus de comment il a fait pour en sortir ! ». Une ombre noir passa dans son regard : « Comment envisager l’avenir sans Zahiya ? Quelle saveur pouvait avoir l’existence sans le sel qui la rehausse ?». La réponse lui apparut dans le souvenir de sa voix qu’il avait bien entendu et dans celui de son corps, de son visage qu’il avait voulu saisir avant de sombrer dans le précipice ! Mais ce n’était qu’un rêve, il fallait oublier maintenant. N’était-il pas sorti de ce qui ne fut qu’un cauchemar pour retrouver celui de la vie, le vrai, entouré par ces militaires qui hantaient son trajet depuis son départ d’Alger. « Oh, mère chérie, implora-t-il, si tu pouvais être là, tu saurais me conseiller ! Quand je pense que, si tu avais été là, tout cela ne serait jamais arrivé ! ». Au souvenir de sa mère qu’il lui était revenu machinalement dans son monologue, il fut si apeuré qu’il se mit à saisir sa poitrine de ses deux mains, une de chaque côté, en rageant d’un râle de bête blessée. Puis il se frappa le visage, hurlant, gémissant, ne sachant plus parler, hurlant, vociférant ! Enfin, essoufflé, tentant de reprendre son souffle, il voulut poser ses mains sur son ventre et la paume de sa main droite se referma sur un goulot de verre qui dépassait de la poche de sa veste. Cette surprise lui ramenant un peu de clarté, il tira le goulot et il eut celle de voir sortir une bouteille de Cristal Lumignana qu’il regarda incrédule. C’était de l’anisette et il n’avait jamais touché une goutte d’alcool de sa vie ; il se demanda comment elle avait pu se trouver sur lui, dans sa poche ! Il se souvint alors : « J’vous expliquerez ce que veut dire « Mani Oh ! Mani » dans l’hélicoptère mais, en attendant, laissez-lui une bouteille de gnole, il en aura vraiment besoin pour pouvoir encore ramager afin de noyer toute son araignée du matin ».

Il ne se souvenait pas du visage de celui qui avait rapporté ces paroles, mais de sa voix oui, parlant français avec l’accent du coin. Il n’avait par contre oublié ni le visage, ni la voix du militaire qui avait prononcé son nom. Ainsi ce dénommé Hassan était en train de lui raconter par le menu détail le cauchemar qui l’avait tourmenté. « Il a bien répété les paroles que je me rappelle bien avoir prononcées ! », fut-il obligé d’admettre dans tous ces affres dans lesquelles il lui sembla s’enfoncer un peu plus. « Mais alors, se demanda-t-il, comment a-t-il pu ? Il a même rappelé les paroles de Tarik Ibn Ziad que j’avais adressées aux trois femmes ! ». Et aussitôt, dans son esprit encombré d’interrogations, il s’étonna, surpris : « J’ai dû parler comme le maître pendant son sommeil ! ». Au souvenir du maître délirant dans le wagon, il jeta son regard vers Akbou, oubliant l’hélicoptère qui cheminait en arrière-plan, fuyant derrière le piton assis comme une énorme ogresse au milieu de la vallée, en direction des At Wertilan, la tribu des trois femmes qui lui étaient apparues. Ses yeux revinrent sur la bouteille puis retournèrent vers Akbou. Après plusieurs allers-retours, il déboucha la bouteille et but une gorgée d’anisette pure. D’un trait, sa bouche, son gosier, son estomac s’enflammèrent et un incendie se déclara dans tous ses muscles. Sa peau s’échauffa, il se mit à rougir jusqu’aux oreilles et des suées chaudes perlèrent à la racine de ses cheveux. Il tenta d’éteindre comme il put cet embrasement en toussant pour évacuer les chaleurs, en sautillant pour supporter les brûlures qui le meurtrissaient. Au bord de l’épuisement, il s’agenouilla, essayant de reprendre son souffle, le corps plié en deux. Relevant le buste, il vit la fontaine et la chope de fer blanc qui luisait frappée par les rayons du soleil. Elle lui rappela soudainement Môh Tajouaqt quand il se chauffait au comptoir avant d’aller taper sa goualante. Il examina ensuite longuement la bouteille d’anisette puis il se dirigea vers la fontaine. Il se saisit de la chope, y versa un fond d’anisette qu’il arrosa de l’eau fraiche coulant à flots devant son nez. Se tournant vers Akbou, les monologues du maître endormi à l’esprit, il leva la chope à sa santé, l’avala d’une traite et s’assit brutalement sur la margelle de la fontaine, savourant la douceur et la fraicheur qui l’irradia à sa grande surprise. Il crut entendre Slimane Azem lui chuchoter : « Moi qui ne buvais jamais jusque-là, je vais me saouler jusqu’à ne plus distinguer l’âne de l’agneau. Aya madame, encore un verre ! ». Il se remit ainsi une tournée, puis une autre et il se mit à chanter :

Le destin a détourné mon chemin

A la maison, ils m’attendent en vain

Car le retour m’est désormais interdit

Les routes je sillonnerai

Dans les cimetières je dormirai

Et je boirai à la fontaine des orphelins

Ma voix monnayera mon pain

J’achèterai ce vin gris qui déteint l’esprit

Pour ne pas avoir à cracher à la face de la maison

Quand Madjid eut chansonné tout son saoul, l’œil rivé vers Akbou, il se mit en route, avec en ligne de mire, le piton qu’il voyait se dédoubler. Rebroussant le chemin qui l’avait mené jusqu’à la fontaine, le cerveau bouillonnant et exsudant de sueur à grosses gouttes, il béquilla en titubant, la bouteille d’anisette vissée dans sa poche et ballotée par son effort, sa petite valise à la main. Une fois sur la route nationale, il évita de prendre les cars ou les taxis qu’il croisa en le klaxonnant dans des soulèvements de poussières toujours intarissables. Aussi, devant tant d’yeux qui devaient au passage se poser sur lui, par peur d’être identifié par une personne de son entourage, il s’était affabulé le visage d’une vieille paire de lunette de soleil noire qu’il avait achetée à un biffin au marché aux Puces de Clignancourt. Par la même occasion, espérait-il, elle masquerait la peur qui assombrirait son regard comme le ciel avant l’orage, au moment inévitable où un véhicule militaire arriverait à sa hauteur. Il craignait vraiment que l’expression de cette peur pût le trahir en offrant l’indice d’une suspicion qui motiverait un arrêt du véhicule et, après lequel, il entendrait le claquement des portières, les pas des militaires descendant à terre, les entrechocs des armes, puis, la voix annonçant le contrôle d’identité qu’il redoutait encore plus que tout.

Mais, au lieu de cette voix, quelque part sur la pente boisée qu’il longeait, parmi les intermittents bêlements d’un troupeau de moutons qui devaient paître à proximité, la jeune voix d’un berger lui parvint :

Le combattant s’apprête à partir

Dans la cour, il va et vient

Au revoir, oh ma mère

Moi, je prends le chemin de l’errance

Dis à la compagne de ma vie

Qu’on se retrouvera au dernier jour

« Par dieu le tout puissant, le prévint Madjid qui gardait encore un œil sur la route, tais-toi malheureux, les gendarmes arrivent ! ».

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