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Les frères Kamara « LIBRES » ! 10 ans d’enfermement et de résistance !

29 Avr

Le 25 novembre 2007, Lakhamy Samoura et Moushin Sehhouli décèdent suite au « parechocage » de leur moto avec une voiture de police, à Villiers-le-Bel. Les policiers quittent leur véhicule et s’empressent de fuir la scène. Quelques heures plus tard, la version officielle, relayée par les médias, est établie : les policiers ne sont pas responsables, la mort des deux adolescents, dont on salit la mémoire en les présentant comme des délinquants, est due à leur imprudence.

Face au mensonge d’État, la colère de centaines d’habitants de tous âges explose. Les trois nuits de révoltes seront matées par l’envoi de centaines de policiers. Plusieurs dizaines de policiers sont blessés, notamment par des tirs d’arme à feu, le président de la république demande que des têtes tombent pour laver l’affront. A la « pacification » policière succède une longue phase de répression judiciaire, avec des procédés d’exception testés pour la première fois et dont feront les frais les inculpés.

Trois séries de procès ont eu lieu, apportant chacun leur lot de condamnations. Depuis février 2008, Abderrahmane et Adama Kamara sont incarcérés. Condamnés sans preuves et essentiellement sur la base de témoignages anonymes rémunérés, en 2010, puis en appel en 2011, à des peines de 15 et 12 ans de prison, les frères Kamara ont fait les frais d’un procès pour l’exemple. Lire la suite

Darcus Howe à Race Today : « A I see it! »

26 Avr
Darcus Howe (1943 – 2017), né à Trinidad et Tobaggo, installé à Londres depuis 1961, journaliste et homme de télévision, a été un farouche militant pour l’égalité raciale et la justice sociale, impliqué dans de multiples campagnes politiques marquées par le souci de l’auto-organisation hérité du Black Power’s Mouvement.
Dans un entretien qu’il nous a accordé en mai 1991 dans les locaux du Race Today Collective à Brixton, il revient sur plusieurs épisodes déterminants de l’histoire politique des Noirs en Grande-Bretagne, dont l’affaire des Mangrove 9 contre le harcèlement policier (Notting Hill, 1970-71), le New Cross Massacre, The Black Day of Action et l’insurrection de Brixton (1981).

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La séance du dimanche : Le Dessous des cartes / hommage à Jean Christophe Victor

16 Avr

Une édition spéciale à la mémoire de Jean-Christophe Victor (1947-2016), le créateur et présentateur du Dessous des cartes, l’émission géopolitique d’Arte.

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Le livre du samedi : Vérité et Justice pour Mohamed Diab

8 Avr

Le 29 novembre 1972, Mohamed Diab est assassiné en plein commissariat de Versailles par le brigadier René Marquet. Exécuté d’une rafale de pistolet-mitrailleur de sang-froid, s’en suit une mascarade politique et judiciaire et un non-lieu huit ans après pour le policier assassin.
Le texte présenté ici par les Éditions Premiers Matins de Novembre a été publié en 1973 dans le troisième numéro de la revue Communisme par un militant du Comité pour la Vérité sur la mort de Mohamed Diab. Car il y a bien eu, comme en témoigne ce texte, un comité de soutien et une lutte autour de la mort de Diab, tombé sous les balles de la police française. Ce texte est à la fois une réaction à chaud suite au meurtre, une analyse politique de ce que représente l’assassinat de Diab, et une archive précieuse qui fournit un exemple de contre-enquête militante et populaire sur les crimes policiers. Anonyme, il nous permet à la fois de prendre conscience de la continuité des violences et meurtres policiers comme structure de l’État français mais aussi de leur envers trop souvent passé sous silence ou minimisé : la continuité des résistances et des luttes des premier.e.s concerné.e.s par cette domination structurelle. On peut y lire en effet, autour de ce qui a souvent été réduit à la mort d’un travailleur immigré, une « bavure policière » ou à une affaire judiciaire froide et dépersonnalisée, les mots de la famille de Mohamed Diab, ceux de sa soeur Fatima réclamant justice mais rétablissant surtout la vérité sur les faits. On y lit déjà l’organisation nécessaire et parfois difficile entre la famille de la victime, les avocats et les membres du collectif de soutien. Y sont relatées les résistances quotidiennes et nécessaires face à la machine judiciaro-politique mise en place par l’État et ses institutions juste après le meurtre. Lire la suite

Le sale air de la peur : RWANDA 94, génocide des Tutsi et implication française

7 Avr

7 avril, c’est le sombre anniversaire du début du génocide rwandais. On réécoutera donc cette spéciale de l’émission Le sale air de la peur.

Triste anniversaire. Ni oubli ni pardon face aux responsabilités françaises dans le génocide des Tutsi au Rwanda. Alors, 23 ans après, on s’est donné le temps de revenir sur cette histoire abominable. En mémoire des victimes et pour que l’impunité et le négationnisme n’aient pas le dernier mot.

Emission radio Quartiers Libres : Les Intellectuels Réactionnaires

4 Avr

livre du samedi : La couleur de la justice / Michelle Alexander

25 Mar

« Il y a plus d’adultes africains-américains sous main de justice aujourd’hui – en prison, en mise à l’épreuve ou en liberté conditionnelle – qu’il n’y en avait réduits en esclavage en 1850. L’incarcération en masse des personnes de couleur est, pour une grande part, la raison pour laquelle un enfant noir qui naît aujourd’hui a moins de chances d’être élevé par ses deux parents qu’un enfant noir né à l’époque de l’esclavage. »
Dans ce livre devenu un classique des luttes contre la prison et le système judiciaire aux États-Unis, ­Michelle Alexander revient dans des pages ­fulgurantes sur les mutations de la domination ­raciale et de l’enfermement. De l’esclavage aux innombrables prisons actuelles, en passant par la ségrégation de l’ère « Jim Crow », ce livre explore la façon dont en quelques décennies, avec la « guerre contre la drogue », les Noirs et les Latinos ont commencé à être enfermés en masse, jusqu’à dépasser aujourd’hui deux millions de prisonniers. Du quadrillage policier aux ­cellules, en passant par le profilage racial et une machine judiciaire implacable, l’auteure dévoile tous les ­mécanismes de cette nouvelle ségrégation qui a créé une nouvelle « sous-caste raciale », une « race des prisonniers ».

 

Introduction1

Jarvious Cotton ne peut pas voter. Comme son père, son grand-père, son arrière-grand-père et son arrière-arrière-grand-père, on lui a refusé le droit de participer à notre démocratie électorale. L’arbre généalogique de la famille Cotton résume l’histoire de plusieurs générations de Noirs nés aux États-Unis mais à qui on dénie une des libertés les plus élémentaires que promet la démocratie, celle de choisir par le vote ceux qui édicteront les règles et les lois qui gouvernent notre vie. L’arrière-arrière-grand-père ne pouvait pas voter car il était esclave. Son arrière-grand-père fut battu à mort par le Ku Klux Klan pour avoir tenté de voter. Son grand-père en fut empêché par les menaces du Ku Klux Klan. Son père ne put le faire à cause des taxes électorales et des tests d’alphabétisation. Aujourd’hui, Jarvious Cotton ne peut pas voter parce que, comme de nombreux hommes noirs aux États-Unis, il a l’étiquette de « criminel » et se trouve en liberté conditionnelle2.

L’histoire des Cotton illustre bien le vieil adage selon lequel « il faut que tout change pour que rien ne change ». À chaque génération, de nouvelles tactiques ont été utilisées pour atteindre les mêmes objectifs, ceux que s’étaient déjà fixés les Pères fondateurs. Pour ces derniers, il était fondamental de refuser la citoyenneté aux Africains-Américains, alors que se constituait l’Union originelle. Deux siècles plus tard, l’Amérique n’est toujours pas une démocratie égalitaire. Les arguments et justifications maintes fois avancés pour défendre la discrimination et l’exclusion raciales sous ses diverses formes ont changé mais le résultat est en grande partie le même. Aujourd’hui, un pourcentage extraordinaire d’hommes noirs aux États-Unis sont légalement privés du droit de vote, comme leurs ancêtres l’ont été tout au long de l’histoire américaine. Il subissent également une discrimination légalisée à l’embauche, au logement, à l’éducation, aux prestations sociales, au droit à être juré, tout comme leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents à leur époque.

Les changements survenus depuis l’effondrement du système Jim Crow concernent moins les structures fondamentales de notre société que le langage employé pour les justifier. À l’ère de l’indifférence à la couleur de peau [color-blindness], il n’est désormais plus socialement acceptable de justifier la discrimination, l’exclusion et le mépris en invoquant explicitement la race. Nous ne le faisons donc pas. Plutôt que la race, c’est le système judiciaire qui est employé pour étiqueter des gens de couleur comme « criminels » et pour reproduire toutes ces pratiques supposées appartenir au passé. Aujourd’hui, il est parfaitement légal de discriminer les « criminels » tout comme il était auparavant légal de discriminer les Africains-Américains. Une fois que vous êtes étiqueté « criminel », les formes de discrimination traditionnelles – à l’embauche, au logement, au droit de vote, à l’éducation, aux aides alimentaires et autres prestations sociales, ainsi qu’au service comme juré – deviennent soudainement légales. En tant que « criminel », vous avez à peine plus de droits, et êtes sans doute moins respecté, qu’un homme noir vivant dans l’Alabama au plus fort du système Jim Crow. Nous n’avons pas mis fin aux castes raciales, nous les avons simplement remodelées. Lire la suite