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Barbès Blues au temps du couvre-feu (114) / Farid Taalba

24 Avr

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Hassan fit la pose avec des effets de torse et l’air de se sucrer le nombril comme pour bien signifier qui menait désormais la barque : « Laquelle danse le Maillebilline ?! Tu vas avoir tout le temps de le leur demander toi-même.

– Et quand j’aurai la réponse, toi-même, tu auras tout le temps d’aller héler un autre bahut pour rentrer. Par les temps qui courent, quand ton destin est d’avoir la poule aux miches sans savoir comment tu seras becqueté si tu tombes dans le panier à salade, ce sera plus difficile que de chercher à savoir qui guinche ou pas le Maillebilline !

– Bon, puisque tu fais ton monsieur j’ordonne, on ne va pas roter sur le bifteck. Regarde bien, je ne le répéterai pas deux fois, c’est la première-là, celle qui a l’air de nous attendre de pied ferme, et qui porte la jolie robe à corset où il y a du monde au balcon. Mais attention, interdit d’applaudir !

– Franchement, tu me prends pour qui ? A moi, tu prêtes l’intention indigne de mettre la main dans le sac ?! A mon avis, ce n’est ni côté jardin ni côté cour qu’elle va te mettre à la porte, quand je vais lui montrer tout le spectacle que tu te fais d’elle. Parce qu’elle ne vaut quelque chose qu’au plébiscite de son balcon ? Et elle ne serait bonne qu’à faire la sainte chapelle ? Lire la suite

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Barbès Blues au temps du couvre-feu (113) / Farid Taalba

10 Avr

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

« Et nous, toujours cloués sur place ! », s’esclaffa Bou Taxi électrisé d’anisette dont les vapeurs avaient dissous le théâtre des événements et le drame sur lesquels le rideau n’était toujours pas encore tombé, si ce n’est la lacrymogène et la poudre.

– Sois en heureux, le rectifia Hassan, pense à ceux qui, là-haut en ville, sont giboyés par les gendarmes et les paras, et détalent en tous sens. Qui est pris par la chasse, ne perd-il pas sa place ?!

– Laisserais-tu entendre que tu regrettes de ne pas faire partie du gibier ?

– On aura tout le temps pour cela quand on décollera d’ici.

– Alors que Dieu agrée notre ami Madjid, invoqua Bou Taxi dont l’esprit est sorti de lui-même, le rossignol, la voix de son âme ! Qu’il s’amadoue avec la marquise qui lui ira comme un saroual, qu’il devienne le dab du royaume et qu’il fasse de nous ses deux vizirs !

– Tu prendras du galon, tu arrêteras de conduire, tu auras pouvoir de délivrer les licences de taxi et de distribuer les lignes de car. Un chauffeur sera à ton service pour sillonner tout le pays ! Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (112) / Farid Taalba

27 Mar

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

– Oh, pardonne-moi, si je suis allé vite en besogne avec ta Zohra les « Louis d’or », mais, dans un cas comme dans l’autre, cela ne sera pas une bonne affaire, si j’ose dire. J’ai beau me dire « A la grâce de Dieu, sois miséricordieux, oublie ce qui est éphémère ici-bas, surtout le mal qu’on t’a fait, rappelle-toi que les insultes ne sont que des mots, et les crachats de l’eau », rien à faire, impossible de solder le compte ! La suspicion me galope dans les sangs, j’ai le palpitant qui moud du ressentiment et je me ronge le foie à en vomir. Comment oublier la trahison, toutes ces années de travail et de privation, la perte de ma bien-aimée ? Et même si j’avais oublié et fait mine d’accepter la politique que ceux de ma maison m’ont concoctée dans le dos, à quoi m’aurait servi tout le bien qu’ils auraient pu me faire ensuite ?! Pour le moment, ce n’est pas d’une femme dont j’ai besoin, mais de chansons ! Comme tu viens de le dire en me proposant de taper la goualante plutôt que la gueulante. Et si, en plus, ça peut t’aider à tenir la route et fleurir à bon port, pourquoi se priver ?! ». Madjid tira plusieurs bouffées sur sa pipe de kif. A l’expiration, deux longues colonnes de fumée lui sortirent des narines et se rejoignirent au-dessus de sa tête en un nuage qui fut rapidement dispersé. Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (111) / Farid Taalba

14 Mar

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

Au lieu de quitter le trottoir, s’engager dans l’avenue, contourner sa diligence et enfin d’aller reprendre sa place devant le volant, Bou Taxi embraya sur Hassan en s’écartant progressivement de la ligne des arbres. Ce dernier passa la tête par la fenêtre et afficha un sourire gourmand qui rendait toute parole inutile. Au même moment, une rafale déchiqueta l’atmosphère. D’autres lui répondirent aussitôt, massives, nerveuses et sèches. « Mon dieu, remarqua en lui-même Bou Taxi, c’est cent contre un ! ». « Par tous les saints, dit Hassan en se tournant vers Madjid, avec toute cette mitraille, on peut dire que le dialogue de sourd est définitivement terminé !

– Et ouais, s’étonna Madjid désabusé, place à la djemaa des armes… Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (110) / Farid Taalba

27 Fév

 

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

« Oh, se gaussa Hassan en effaçant de sa voix toute note de défiance, là où le maître ne peut rien pour nous, on peut toujours prendre le temps de mariner dans son jus ! ». Et, sans la recette diplomatique que son collègue avait appliquée par autodérision plus que pour chatouiller les nerfs de l’un d’entre eux, Madjid ajouta fissa son grain de sel de la voix du chef sous les pas desquels se dérobe le carrelage de sa cuisine : « Tu parles, un jus de sueur, oui ! ». Puis, après avoir donné l’air de se résigner, les yeux dans ses mains ouvertes, comme s’il ne voulait parler qu’à lui-même pour ne pas avoir à offenser quiconque, il marmonna entre ses dents serrées : « Et on va rester comme ça sur le grill jusqu’à quelle heure ? Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (109) / Farid Taalba

14 Fév

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Au bout de l’avenue de la Gare, à la gauche de Bou Taxi qui en frémissait des baccantes, une rangée de blindés interdisait l’accès côté mer de la Mairie. Mais, devant cette ligne qu’on avait chargée de cafarder le lieu de pouvoir le plus important, et comme sur la droite se trouvait aussi l’entrée du port par l’avenue Spinetti dans laquelle il devait s’engager, d’autres blindés faisaient face à cette première ligne pour, quant à eux, chaperonner le lieu d’affaire le plus couru de la ville. Ainsi ordonné, le dispositif de sécurité était encore plus impressionnant ; toujours persistante, la lumière accentuait l’effet de présence massive par ses réverbérations multiples qui s’affichaient comme autant de mises en garde sur les carapaces d’acier des engins prêts à réagir au moindre mouvement suspect derrière leur calme apparent. Ajouté à ce clinquant orchestre qui savait mettre les danses les plus chaudes, le charivari des affrontements n’en finissait pas d’alimenter la valse de toutes les craintes de faux pas qui pouvaient être fatals ! Malgré tout, piano-piano, Hassan attaqua le refrain de la chanson qui lui tournait dans le disque depuis qu’elle avait surgi d’une chambre du dernier étage d’un immeuble, ilot d’insouciance au milieu de la tourmente, oasis perdue au cœur des braises :

Maybellene, why can’t you be true… Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (108) / Farid Taalba

30 Jan

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

« Maintenant, interféra Bou Taxi en essuyant d’un coup de revers de manche la sueur qui coulait sur ses yeux, c’est fini la chambrette, remballez vos balançoires à deux balles si vous ne voulez pas monter dans la cage à poules ! Voilà le coq qui me demande de serrer à droite. ». Par-delà le barrage, tous les cafés longeant la rue Clémenceau avaient été claquemurés, les auvents de toile rouge, bleu, jaune vifs enroulés et les terrasses débarrassées de leurs tables, de leurs chaises et des estivants qui en comblaient d’habitude l’espace dans un hourvari de discussions interminable, de rires, d’exclamations et d’interpellations verbales fusant de toutes parts. De petites fortifications de campagne avaient été élevées un peu partout autour du rond-point de la mairie frappée de plein fouet par le soleil de midi qui avait tout immobilisé sur un fond de mer bleu balayée par des rouleaux d’écume qui venaient se fracasser contre la grande jetée du port ; des soldats accablés par la chaleur se tenaient aux aguets derrière des murets de sacs de sable surmontés de fusils mitrailleurs posés sur des bipieds. Et, si toute cette ferraille ne renvoyait pour l’instant que des miroitements de lumière, les échos des combats de rue qui se jouaient dans le reste de la ville trahissaient le calme apparent qui régnait devant la mairie mise ainsi en état de siège. Bou Taxi rangea son véhicule et présenta dans l’huisserie de la vitre son visage le plus avenant à l’officier qui s’était penché vers lui en plongeant ses yeux fixes dans les siens : « Qu’est-ce vous foutez à cette heure dans un bordel pareil ? Lire la suite