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Livre du samedi : Les Luttes et les Reves / Michelle Zancarini-Fournel

14 Jan

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Les luttes et les rêves
Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours

Michelle ZANCARINI-FOURNEL

 

1685, année terrible, est à la fois marquée par l’adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l’esclavage « à la française », et par la révocation de l’édit de Nantes, qui donne le signal d’une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d’une histoire de la France moderne et contemporaine, c’est vouloir décentrer le regard, choisir de s’intéresser aux vies de femmes et d’hommes « sans nom », aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs.
C’est cette histoire de la France « d’en bas », celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire de leurs luttes et de leurs rêves.
Pas plus que l’histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l’« Hexagone ». Les colonisés – des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l’Indochine – prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays.

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Livre du samedi : La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750) / Samir Boumediene

7 Jan

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La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750) » de Samir Boumediene

 

Résumé: Tabac, coca, quinquina, cacao, gaïac, peyotl, poisons, abortifs… De 1492 au milieu du XVIIIe siècle, les Européens s’approprient en Amérique d’innombrables plantes médicinales. Au moyen d’expéditions scientifiques et d’interrogatoires, ils collectent le savoir des Indiens ou des esclaves pour marchander des drogues, et élaborent avec elles les premières politiques de santé. Dans le même temps, inquisiteurs et missionnaires interdisent l’usage rituel de certaines plantes et se confrontent aux résistances des guérisseurs. Botanique, fraudes et sorcellerie : entre les forêts américaines et les cours du Vieux Monde, ce livre raconte l’expansion européenne comme une colonisation du savoir.

 

PRÉFACE IMAGINAIRE À UNE HISTOIRE  INVISIBLE

 

L’origine de ce livre remonte loin, très loin, jusqu’à une question que sans doute beaucoup d’enfants se sont un jour posée. Dans un monde où dominent des remèdes calibrés et prêts à l’emploi, il peut paraître banal de voir un médicament atténuer des douleurs d’estomac. L’affaire n’est pourtant pas si triviale. Avant d’être synthétisées, les molécules sont prélevées, dans la plupart des cas, sur des végétaux. Ce qui veut dire qu’une écorce, une racine, ou une feuille a la propriété de mettre un terme à une souffrance ou bien de favoriser la réalisation d’une performance sportive, sexuelle, scolaire, etc. Il y a deux manières de s’en étonner et de trouver cela fascinant. On peut se demander pourquoi de telles propriétés existent. On peut, aussi, se demander comment elles ont été connues. Entre le XVI e et le XVIII e siècle, de nombreux auteurs européens imaginent que les êtres humains ont « découvert » les remèdes en observant les animaux, voire en parlant avec eux. En Amérique, en Asie, en Europe ou en Afrique, d’autres légendes racontent que des esprits ou des dieux ont transmis les remèdes et les poisons aux hommes et aux femmes, cette transmission scellant bien souvent l’association d’une communauté avec les êtres du monde invisible. Le paradis des monothéismes abrahamiques, ce n’est pas anodin, est établi autour d’un arbre de santé.

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Livre du samedi : Question juive ; La Tribu, La Loi, L’espace / Ilan Halevi

31 Déc

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Question Juive ; La Tribu, La Loi, L’espace  / Ilan Halevi

L’histoire de la communauté juive suit douloureusement le cours de l’histoire de l’humanité. Persécutées, dispersées, les communautés juives se recomposent et se transforment à travers les continents, les espaces où elles trouvent refuge. Loin d’une trajectoire linéaire, son histoire emprunte des chemins sinueux et entrecroisés. Face à cet entrelacs, Ilan Halevi nous propose de reprendre les fils historiques de La question juive par le début. En s’appuyant sur une riche documentation historique l’ouvrage montre les mouvements par lesquels le « sujet juif » a traversé l’histoire et survécu dans deux aires culturelles distinctes : le monde arabo-musulman et l’Europe. En Europe occidentale, le judaïsme évolua vers l’émancipation et l’« assimilation », tandis qu’en Europe orientale, au contraire, il se consolidait, se cristallisant comme une quasi-nation, la « nation yiddish ». Les pogromes, l’antisémitisme, l’affaire Dreyfus, l’émigration massive d’Est en Ouest et la « solution finale » nazie, ouvriront la porte à une nouvelle phase de la « question juive ». Dans le monde musulman, les juifs se transformaient en communauté confessionnelle à la façon des druzes ou des maronites. Pourtant, l’histoire des Juifs allait être progressivement arrachée à la société arabe dont ils font partie pour se raccrocher à la colonie des juifs d’Europe, préfigurant le mouvement qui déplacera, après 1948, un million de Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient vers l’État nouvellement créé, Israël. La société israélienne, fondée sur l’expulsion des Palestiniens, naîtra de l’intégration inégalitaire des Juifs orientaux dans l’État-colon des juifs occidentaux. Le mouvement sioniste, né dans la crise de la société juive d’Europe de l’Est, s’est appuyé sur la montée d’un antisémitisme en Europe occidentale, lui-même produit de l’émigration massive des Juifs de l’Est européen vers l’Ouest. La violence de la constitution de l’État d’Israël est le dernier des avatars de cette histoire tragique. À l’heure des résurgences antisémites violentes de plus en plus nombreuses, et de l’entretien des mythes calamiteux qu’elles avivent, La question juive apporte un éclairage nouveau sur des pans entiers de l’histoire le plus souvent ignorés qui éclairent les drames contemporains.

 

 

Préface: la « question juive » entre shoah et colonialisme / Enzo Traverso

« Question juive » : cette expression apparaît au 18e siècle, lorsque les partisans des Lumières commencent à discuter sur les moyens de « rendre utiles » les juifs au sein des sociétés européennes. C’est le sens des propositions de l’Abbé Grégoire en France et du haut fonctionnaire de la Cour prussienne Wilhelm von Dohm. La formule devient d’usage courant un siècle plus tard, quand elle prend deux significations distinctes, voire antinomiques. À l’époque de l’essor des nationalismes, la « question juive » s’ajoute à nombre d’autres questions nationales qui traversent le vieux monde, de l’Allemagne à l’Italie, de la Pologne à l’Irlande. Son statut est singulier, car elle ne désigne aucune revendication nationale, mais elle concerne les juifs en tant que minorité dont l’émancipation n’est pas encore partout achevée, ou reste contrastée par l’antisémitisme. Dès la fin du 19e siècle, le sionisme se l’approprie en présentant les juifs d’Europe comme une nation irrédente1. À côté de cette acception, il y en a cependant une autre qui, en transcendant les frontières de l’histoire, donne à la « question juive » un caractère quasi ontologique en la déduisant de l’existence même des juifs. Pour les nationalismes fin-de-siècle, les juifs sont des corps étrangers et nuisibles incrustés au sein des peuples européens. La « question juive » a donc deux visages : d’une part, celui analysé par Abraham Léon et Jean-Paul Sartre dans leurs essais qui paraissent avec ce titre en 19452 ; d’autre part, celui du sinistre « Commissariat aux questions juives » du régime de Vichy, placé sous la direction de Louis Darquier de Pellepoix. La « question juive » étudiée par Ilan Halevi dans cet ouvrage, écrit plus de trente ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, est plus large et complexe, puisqu’elle intègre la naissance d’une « question palestinienne », les deux étant intimement liées.

Question juive est Lire la suite

Livre du samedi : Militer au Hezbollah / Erminia Chiara CALABRESE

24 Déc

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Militer au Hezbollah, ethnographie d’un engagement dans la banlieue sud de Beyrouth

CALABRESE Erminia Chiara

 

Le Hezbollah est devenu un acteur essentiel au Moyen Orient et dominant dans la société libanaise, il est tout autant objet de haine et de fascination et donc empêche une meilleure compréhension de sa nature politique et des gens qui le composent. Agiographiques ou critiques, beaucoup de bêtises sont écrites sur le Hezbollah. Il existe cependant quelques ouvrages sérieux écrit par des journalistes ou des dirigeants du parti qui permettent de comprendre la doctrine politique et l’histoire du Hezbollah Libanais. Le livre d’Erminia Chiara Calabrese s’inscrit dans cette veine des ouvrages utiles qui permettent de comprendre les parcours de ceux qui forment le parti et « la société de la résistance » que promeut le Hezbollah. Pour comprendre ce que fait et ce que dit le Hezbollah, il faut saisir ce qu’il est, et la société qu’il forme. La société de la résistance que promeut le « Parti de Dieu » englobe des communistes libanais adhérant à la résistance du Hezbollah à Israël à des membres de la communauté chiite qui votent Hezbollah tout en se situant en dehors de la structure partisane du Hezbollah. Ce livre plonge ainsi dans la société du Hezbollah. Appréhender le Hezbollah non pas à travers ses discours ou les discours sur ce parti mais de l’intérieur.

Au travers des entretiens se dessine l‘histoire du Hezbollah:  d’un  parti des mustad‘afîn (les « démunis ») et des mahrûmîn (les « déshérités ») des régions négligées de la Bekaa et du Sud-Liban puis de la banlieue sud de la capitale, jusqu’à devenir aujourd’hui le parti dominant de la communauté chiite libanaise. Parti capable de rassembler sur son projet de société de la résistance bien au-delà de la communauté chiite.

Le livre d’Erminia Chiara Calabrese donne à voir la vie des militants du parti. Il analyse la pluralité des motivations, des parcours de vie et des types d’engagement, tout en reconstituant le système symbolique et quasi liturgique qui conditionne et entretient la Lire la suite

Livre du samedi : Au-delà de la crise des migrants : décentrer le regard /Cris Beauchemin et Mathieu Ichou

17 Déc

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L’expression « crise des migrants » ou « crise des réfugiés » s’est imposée dans le débat public depuis 2015. Elle fait référence à l’augmentation récente et massive des entrées en Europe de populations en provenance notamment de pays déstabilisés, voire en guerre : Syrie, Afghanistan, Érythrée, etc.

L’objectif de l’ouvrage est de fournir des clés de compréhension en prenant de la distance par rapport aux représentations communes du phénomène. Il prend le parti de ne pas traiter seulement des évènements récents et d’élargir le champ géographique au-delà des frontières européennes.

Le décentrement par les chiffres contribue à prendre la mesure des faits migratoires tels qu’ils sont : sans en masquer l’importance, mais en en précisant l’ampleur et les caractéristiques. Le décentrement historique, ensuite, permet à propos de la crise actuelle de dépasser l’illusion du « jamais vu » sans tomber dans celle du « toujours ainsi ». Enfin, le décentrement géographique remet en cause une représentation des migrations internationales qui seraient réduites à des flux orientés des pays « pauvres » vers les pays « riches ».

 

Quel est l’objectif de cette publication ?

À travers cet ouvrage, nous avons souhaité dépasser les idées reçues au sujet des migrations, dont la plus répandue est la suivante : les flux de réfugiés, et, plus globalement, les flux migratoires sont unilatéraux, permanents, allant des pays pauvres aux pays riches. Dans les faits, les trajectoires des migrants sont beaucoup plus variées.
Les statistiques démontrent par exemple que la prévalence de l’émigration est relativement faible en Afrique et que les migrants africains restent en majorité sur leur continent, avec des spécificités selon les régions. De même, la plupart des migrations internationales à destination de l’Europe sont intra-européennes.
Nous avons d’ailleurs choisi le terme de « migrant » pour composer notre titre, afin d’induire la notion de mouvement, quand le terme d’« immigré » pourrait sous-entendre l’idée d’une installation permanente inévitable.
Par ailleurs, toute immigration vers un pays étant à la fois une émigration d’une société de départ, employer le mot « migrant » permet de mieux englober les multiples caractéristiques de ce phénomène. Lire la suite

Livre du samedi: Fictions / Jorge Luis Borges

10 Déc

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Fictions (Ficciones) est un recueil de textes de Jorge Luis Borges (écrivain argentin 1899-1986) publié en 1944, pour lequel il reçoit le Prix international des éditeurs en 1961. Il est composé de deux parties: Le Jardin aux sentiers qui bifurquent et Artifices.

« Quand on proclama que la Bibliothèque comprenait tous les livres, la première réaction fut un bonheur extravagant. Tous les hommes se sentirent maîtres d’un trésor intact et secret. Il n’y avait pas de problème personnel ou mondial dont l’éloquente solution n’existât quelque part : dans quelque hexagone. L’univers se trouvait justifié, l’univers avait brusquement conquis les dimensions illimitées de l’espérance. En ce temps-là, il fut beaucoup parlé des Justifications : livres d’apologie et de prophétie qui justifiaient à jamais les actes de chaque homme et réservaient à son avenir de prodigieux secrets. Des milliers d’impatients abandonnèrent le doux hexagone natal et se ruèrent à l’assaut des escaliers, poussés par l’illusoire dessein de trouver leur Justification. Ces pèlerins se disputaient dans les étroits couloirs, proféraient d’obscures malédictions, s’étranglaient entre eux dans les escaliers divins, jetaient au fond des tunnels les livres trompeurs, périssaient précipités par les hommes des régions reculées. D’autres perdirent la raison… Lire la suite

Livre du samedi : L’oeil de Carafa / Luther Blisset

3 Déc

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L’Europe en pleine Fermentation, les hérésies, la révolte contre la papauté romaine aux songes rebelles : tel est le décor de L’Œil de Carafa. Un même espoir unit le rêve communautaire de Thomas Müntzer, qui prêche pour convaincre les plus pauvres de se réapproprier la religion, et les visions des anabaptistes qui conquièrent la ville de Münster : celui d’ouvrir une brèche dans l’alliance diabolique qui unit tous les Grands de ce monde, les rois, les papes et les « nouveaux » chrétiens de Luther.  Au centre de toutes ces batailles et insurrections, dans cette foule d’illuminés, d’usurpateurs et d’esprits éclairés, un capitaine aux noms multiples et son ennemi, Q, agent du Saint-Office, livrent un combat sans merci dans lequel tous les coups sont permis. De l’Allemagne à l’Italie, en passant par la Hollande et la Suisse, les deux antagonistes se poursuivent pour se retrouver à Venise, porte de l’Orient, et dévoiler enfin l’énigme de leur identité.

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