Archive | Livre du samedi RSS feed for this section

Livre du samedi : La mécanique raciste / Pierre Tévanian

28 Avr

 

Tout le monde ou presque se dit antiraciste. Pourtant, les discriminations se perpétuent dans des proportions massives, et en toute impunité. La Mécanique raciste met à nu, chiffres à l’appui, cette remarquable contradiction. À rebours des discours complaisants faisant du racisme une simple pathologie individuelle ou un réflexe de  » peur de l’autre  » naturel et compréhensible, Pierre Tevanian souligne son caractère systémique et son enracinement dans notre culture. Soucieux de  » connaître pour mieux combattre « , il prend le racisme au sérieux et analyse ses ressorts logiques, esthétiques et éthiques, comme il est d’usage de le faire pour tout système philosophique – à ceci près qu’il s’agit ici de déconstruire une manière perverse de raisonner, de percevoir l’autre et de se concevoir soi-même. Lire la suite

Le livre du samedi : Un monde en pièces – webcomic

22 Avr

Des-qui-tournent

Un Monde en Pièces est une saga de science-fiction politique qui transpose l’actualité sur un gigantesque plateau d’échecs. Se déroulant sur plusieurs tomes, il se pose entre intrigue politique, chasse à l’homme, histoire d’amour et montée du totalitarisme. Un ton emprunté au roman noir, servi par un graphisme en noir et blanc de circonstance.


Synopsis :

Bienvenue sur le Plateau. À New-Ébène, capitale du royaume des Sombres, chaque pièce est à sa place : le Roi trône dans son palais, les Tours gèrent les finances, les Cavaliers assurent l’ordre et les Pions, petites mains du royaume, travaillent dur pour atteindre une Promotion censée les arracher à leur condition. Tandis que tous implorent le Joueur, dieu qui doit les déplacer un jour, les Fous multiplient les actions de déstabilisation pour instaurer le Hasard sur le Plateau. En marge de cette agitation, chaque nuit, des embarcations de fortunes déchargent leur cargaison de misère humaine : ce sont les immigrées du Jeu de Dames, qui fuient leur monde ravagé par la guerre. Lire la suite

Livre du samedi : Street Voice. Paroles de l’ombre

15 Avr

Au début des années 1990, des sans-logis de la ville de Baltimore (États-Unis) ont fondé un journal de rue, Street Voice, périodique gratuit qui compte aujourd’hui 80 numéros. Phénomène rare, ce journal sans visée caritative ni commerciale est entièrement écrit par ceux qui vivent en marge de l’American dream : chômeurs, squatters, junkies, etc. Il constitue donc une somme de témoignages, comportant une critique sociale radicale, d’une authenticité exceptionnelle. Lire la suite

Le livre du samedi : Vérité et Justice pour Mohamed Diab

8 Avr

Le 29 novembre 1972, Mohamed Diab est assassiné en plein commissariat de Versailles par le brigadier René Marquet. Exécuté d’une rafale de pistolet-mitrailleur de sang-froid, s’en suit une mascarade politique et judiciaire et un non-lieu huit ans après pour le policier assassin.
Le texte présenté ici par les Éditions Premiers Matins de Novembre a été publié en 1973 dans le troisième numéro de la revue Communisme par un militant du Comité pour la Vérité sur la mort de Mohamed Diab. Car il y a bien eu, comme en témoigne ce texte, un comité de soutien et une lutte autour de la mort de Diab, tombé sous les balles de la police française. Ce texte est à la fois une réaction à chaud suite au meurtre, une analyse politique de ce que représente l’assassinat de Diab, et une archive précieuse qui fournit un exemple de contre-enquête militante et populaire sur les crimes policiers. Anonyme, il nous permet à la fois de prendre conscience de la continuité des violences et meurtres policiers comme structure de l’État français mais aussi de leur envers trop souvent passé sous silence ou minimisé : la continuité des résistances et des luttes des premier.e.s concerné.e.s par cette domination structurelle. On peut y lire en effet, autour de ce qui a souvent été réduit à la mort d’un travailleur immigré, une « bavure policière » ou à une affaire judiciaire froide et dépersonnalisée, les mots de la famille de Mohamed Diab, ceux de sa soeur Fatima réclamant justice mais rétablissant surtout la vérité sur les faits. On y lit déjà l’organisation nécessaire et parfois difficile entre la famille de la victime, les avocats et les membres du collectif de soutien. Y sont relatées les résistances quotidiennes et nécessaires face à la machine judiciaro-politique mise en place par l’État et ses institutions juste après le meurtre. Lire la suite

Livre du samedi : iHH #6 / le dernier mag’ hip-hop papier

1 Avr

VIZUS iHH

Il est dans les backs depuis février, et il fait du bien à la presse papier : iHH Magazine (international Hip-Hop), dernier magazine qui traite du sujet, est dispo un peu partout en France et ailleurs. Porté par une équipe de volontaires acharné.e.s qui ne font ça que par amour du rap et de la culture hip-hop au sens large. Et qui prend position, aussi : pour preuve, le dossier de 8 pages consacré à la mort d’Adama Traoré, qui donne longuement la parole aux proches du jeune homme tué par les gendarmes cet été, mais aussi à des rappeurs qui se sont manifestés contre l’impunité systématique de la violence policière.

On peut y lire des entretiens fouillés avec des acteurs plus ou moins exposés du mouvement, qui prennent le temps de creuser leurs parcours, leurs inspirations, leurs influences, leurs visions du monde… Mais aussi des hommages à des figures marquantes de la musique africaine-américaine, une multitude de chroniques de disques, bouquins et films en lien avec le hip-hop dans toutes ses dimensions… 116 pages au tarif d’un grec-formule, et dont le principal défaut réside dans l’absence d’une distribution à la hauteur du riche contenu du mag, qui le rend parfois difficile à choper. Le revers de l’indépendance.

iHH, c’est également un site internet bien fourni qui complète et enrichit le zine par des vidéos, des playlists, des interviews inédites, des archives. On y trouve, entre autres, un dossier sur les origines du rap en France, une longue interview de Jo Le Phéno, jeune rappeur de la cité de La Banane (Paris XIX) attaqué par les syndicats de police et le ministre de l’Intérieur pour son clip « Bavure » (procès reporté au 27 septembre prochain), ou bien encore Guizmo, qui a été parmi les premiers du game à manifester son soutien au combat du Comité Adama et adresse ces mots : « Force !  Ne soyons pas dans l’apitoiement, ça ne rendra pas service à son âme.«  Lire la suite

livre du samedi : La couleur de la justice / Michelle Alexander

25 Mar

« Il y a plus d’adultes africains-américains sous main de justice aujourd’hui – en prison, en mise à l’épreuve ou en liberté conditionnelle – qu’il n’y en avait réduits en esclavage en 1850. L’incarcération en masse des personnes de couleur est, pour une grande part, la raison pour laquelle un enfant noir qui naît aujourd’hui a moins de chances d’être élevé par ses deux parents qu’un enfant noir né à l’époque de l’esclavage. »
Dans ce livre devenu un classique des luttes contre la prison et le système judiciaire aux États-Unis, ­Michelle Alexander revient dans des pages ­fulgurantes sur les mutations de la domination ­raciale et de l’enfermement. De l’esclavage aux innombrables prisons actuelles, en passant par la ségrégation de l’ère « Jim Crow », ce livre explore la façon dont en quelques décennies, avec la « guerre contre la drogue », les Noirs et les Latinos ont commencé à être enfermés en masse, jusqu’à dépasser aujourd’hui deux millions de prisonniers. Du quadrillage policier aux ­cellules, en passant par le profilage racial et une machine judiciaire implacable, l’auteure dévoile tous les ­mécanismes de cette nouvelle ségrégation qui a créé une nouvelle « sous-caste raciale », une « race des prisonniers ».

 

Introduction1

Jarvious Cotton ne peut pas voter. Comme son père, son grand-père, son arrière-grand-père et son arrière-arrière-grand-père, on lui a refusé le droit de participer à notre démocratie électorale. L’arbre généalogique de la famille Cotton résume l’histoire de plusieurs générations de Noirs nés aux États-Unis mais à qui on dénie une des libertés les plus élémentaires que promet la démocratie, celle de choisir par le vote ceux qui édicteront les règles et les lois qui gouvernent notre vie. L’arrière-arrière-grand-père ne pouvait pas voter car il était esclave. Son arrière-grand-père fut battu à mort par le Ku Klux Klan pour avoir tenté de voter. Son grand-père en fut empêché par les menaces du Ku Klux Klan. Son père ne put le faire à cause des taxes électorales et des tests d’alphabétisation. Aujourd’hui, Jarvious Cotton ne peut pas voter parce que, comme de nombreux hommes noirs aux États-Unis, il a l’étiquette de « criminel » et se trouve en liberté conditionnelle2.

L’histoire des Cotton illustre bien le vieil adage selon lequel « il faut que tout change pour que rien ne change ». À chaque génération, de nouvelles tactiques ont été utilisées pour atteindre les mêmes objectifs, ceux que s’étaient déjà fixés les Pères fondateurs. Pour ces derniers, il était fondamental de refuser la citoyenneté aux Africains-Américains, alors que se constituait l’Union originelle. Deux siècles plus tard, l’Amérique n’est toujours pas une démocratie égalitaire. Les arguments et justifications maintes fois avancés pour défendre la discrimination et l’exclusion raciales sous ses diverses formes ont changé mais le résultat est en grande partie le même. Aujourd’hui, un pourcentage extraordinaire d’hommes noirs aux États-Unis sont légalement privés du droit de vote, comme leurs ancêtres l’ont été tout au long de l’histoire américaine. Il subissent également une discrimination légalisée à l’embauche, au logement, à l’éducation, aux prestations sociales, au droit à être juré, tout comme leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents à leur époque.

Les changements survenus depuis l’effondrement du système Jim Crow concernent moins les structures fondamentales de notre société que le langage employé pour les justifier. À l’ère de l’indifférence à la couleur de peau [color-blindness], il n’est désormais plus socialement acceptable de justifier la discrimination, l’exclusion et le mépris en invoquant explicitement la race. Nous ne le faisons donc pas. Plutôt que la race, c’est le système judiciaire qui est employé pour étiqueter des gens de couleur comme « criminels » et pour reproduire toutes ces pratiques supposées appartenir au passé. Aujourd’hui, il est parfaitement légal de discriminer les « criminels » tout comme il était auparavant légal de discriminer les Africains-Américains. Une fois que vous êtes étiqueté « criminel », les formes de discrimination traditionnelles – à l’embauche, au logement, au droit de vote, à l’éducation, aux aides alimentaires et autres prestations sociales, ainsi qu’au service comme juré – deviennent soudainement légales. En tant que « criminel », vous avez à peine plus de droits, et êtes sans doute moins respecté, qu’un homme noir vivant dans l’Alabama au plus fort du système Jim Crow. Nous n’avons pas mis fin aux castes raciales, nous les avons simplement remodelées. Lire la suite

Livre du samedi : Atlas des migrations / Catherine Wihtol de Wenden

11 Mar

Atlas des migrations

Un équilibre mondial à inventer

Catherine Wihtol de Wenden
Cartographie Madeleine Benoît-Guyod

« Si les hommes ne bougeaient pas, les lignes de fractures du monde seraient beaucoup plus profondes. »

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