Archive | Livre du samedi RSS feed for this section

Livre du samedi : Le combat Adama / Geoffroy de Lagasnerie – Assa Traore

4 Mai

 

Le 19 juillet 2016, à Beaumont-sur-Oise, Adama Traoré est dans la rue. Des gendarmes  décident de le contrôler. Il n’a pas ses papiers sur lui. Lassé des contrôles à répétition, il ne veut pas être emmené à la gendarmerie: il court. Les gendarmes le rattrapent et l’immobilisent en se mettant à trois sur lui. Ils l’asphyxient – et Adama Traoré meurt, le jour de ses 24 ans.

« Le combat Adama, ce n’est pas seulement le combat de la famille Traoré. La mort de mon frère est représentative d’un grand malaise en France qui ne va pas. Mon frère est mort sous le poids de trois gendarmes et d’un système : il est mort parce qu’il s’appelait Adama Traoré, parce qu’il était Noir, parce qu’il habitait dans un quartier populaire. Il est mort à cause de tout ce que l’État et la société ont construit autour des quartiers populaires et de ces garçons. Et c’est tout cela que nous voulons changer. Lire la suite

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Le livre du samedi : King Kong théorie / Virginie Despentes

22 Déc

King Kong theorie

« Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas. » Lire la suite

Livre du samedi : Le Déchaînement du monde / François Cusset

15 Déc

Le déchaînement du monde

Logique nouvelle de la violence

François CUSSET

Le monde est déchaîné. La violence n’y a pas reculé, comme le pensent certains. Elle a changé de formes, et de logique, moins visible, plus constante : on est passé de l’esclavage au burn-out, des déportations à l’errance chronique, du tabassage entre collégiens à leur humiliation sur les réseaux sociaux, du pillage des colonies aux lois expropriant les plus pauvres… L’oppression sexuelle et la destruction écologique, elles, se sont aggravées.
Plutôt qu’enrayée, la violence a été prohibée, d’un côté, pour « pacifier » policièrement les sociétés, et systématisée de l’autre, à même nos subjectivités et nos institutions : par la logique comptable, sa dynamique sacrificielle, par la guerre normalisée, la rivalité générale et, de plus en plus, les nouvelles images. Si bien qu’on est à la fois hypersensibles à la violence interpersonnelle et indifférents à la violence de masse. Dans le désastre néolibéral, le mensonge de l’abondance et la stimulation de nos forces de vie ont fait de nous des sauvages d’un genre neuf, frustrés et à cran, et non les citoyens affables que la « civilisation » voulait former. Pour sortir de ce circuit infernal, et de l’impuissance collective, de nouvelles luttes d’émancipation, encore minoritaires, détournent ces flux mortifères d’énergie sociale. Mais d’autres les convertissent en haines identitaires et en replis patriotes. Qui l’emportera ? De quel côté échappera toute la violence rentrée du monde ?

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Livre du samedi : Le temps des investis / Michel FEHER

8 Déc

Le temps des investis
Essai sur la nouvelle question sociale

Michel FEHER

L’emprise de la finance modifie aujourd’hui les attentes et les pratiques de l’ensemble des acteurs sociaux. C’est vrai des entreprises, qui veillent davantage au cours de leurs actions qu’à leur chiffre d’affaires, mais aussi des gouvernements, qui jugent plus urgent d’apaiser les inquiétudes de leurs créanciers que de répondre aux demandes de leurs électeurs. Même les particuliers gagent moins leur sécurité matérielle sur les revenus de leur travail que sur l’appréciation de toutes leurs ressources – leur patrimoine, mais aussi leurs compétences, relations, comportements.
Selon Michel Feher, en déplaçant les enjeux de la question sociale, ces nouvelles priorités obligent la gauche à se réinventer. Car la « titrisation » des rapports humains sur les marchés financiers diffère de la marchandisation du travail sur le marché de l’emploi. Plus que sur l’extraction du profit, elle focalise les luttes sur les conditions d’allocation du crédit. L’exploitation que les employeurs continuent de faire subir à leurs employés renvoie désormais au pouvoir de sélection que les investisseurs exercent sur les «investis ». Lire la suite

Livre du samedi : Ramallah Dream / Benjamin BARTHE

1 Déc

Ramallah Dream

Voyage au coeur du mirage palestinien

Benjamin BARTHE

Les posters à la gloire des martyrs de l’Intifada ont disparu des rues de Ramallah. Ils ont été remplacés par d’immenses panneaux de publicité pour le crédit immobilier. La bourgade de Cisjordanie, théâtre du dernier baroud de Yasser Arafat, acculé en 2002 par les tanks israéliens dans son QG en ruines, s’est transformée en une mini-métropole cosmopolite, jalonnée de bars branchés et de résidences haut de gamme. Ramallah est ainsi devenue la vitrine du plan de Salam Fayyad, l’énergique Premier ministre palestinien, déterminé à créer un État de fait, à la barbe de l’occupant israélien. Son entreprise est appuyée par les pays donateurs qui déversent chaque année des piscines de billets verts sur les territoires occupés.
De quoi Ramallah est-elle le signe ? Lire la suite

Livre du samedi : Une histoire populaire de la France / Gérard Noiriel

24 Nov

Une histoire populaire de la France

De la guerre de Cent Ans à nos jours

Gérard Noiriel

 

« En 1841, dans son discours de réception à l’Académie française, Victor Hugo avait évoqué la “populace” pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu’il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot “misérable”, qu’il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, Eugène Sue découvrit les réalités du monde social qu’il évoquait dans son roman. L’ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d’être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. »

La France, c’est ici l’ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l’État français. Dans cette somme, l’auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé son histoire depuis la fin du Moyen Âge : les guerres, l’affirmation de l’État, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l’esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale. Lire la suite

Livre du samedi : Il était une fois le gène / Siddhartha Mukherjee

17 Nov

Il était une fois le gène

Percer le secret de la vie

Siddhartha Mukherjee

La génétique dicte nos destins, tel un code gravé dans chacune de nos cellules, et c’est ce code qui nous fait grandir, sursauter ou éternuer – qui fait de nous des humains, en somme.
Pourtant, ces mots intriguent, parfois inquiètent : ADN, hérédité, eugénisme, thérapie génique… En pistant le gène, cet objet emblématique de la biologie, l’écrivain et chercheur Siddhartha Mukherjee, prix Pulitzer 2011, veut nous convier à la formidable aventure des secrets du vivant.
Pourquoi le moine Gregor Mendel délaissa-t-il l’étude des souris pour celle des petits pois, qui devait lui permettre d’élaborer les premières lois de la génétique? Pourquoi la maladie de Tay-Sachs est-elle plus fréquente chez Lire la suite