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Livre du samedi : Sens dessus dessous / Eduardo Galeano

11 Fév

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Sens dessus dessous : L’école du monde à l’envers / Eduardo Galeano

 

Il y a cent trente ans, après avoir visité le pays des merveilles, Alice entra dans le miroir pour y découvrir le monde à l’envers. Si Alice renaissait de nos jours, elle n’aurait besoin de traverser aucun miroir : il lui suffirait de se pencher à la fenêtre.

A l’école du monde à l’envers, le plomb apprend à flotter, le bouchon à couler, les vipères à voler et les nuages à ramper le long des chemins.

Dans le monde d’aujourd’hui, monde à l’envers, les pays qui défendent la paix universelle sont ceux qui fabriquent le plus d’armes et qui en vendent le plus aux autres pays. Les banques les plus prestigieuses sont celles qui blanchissent le plus de narcodollars et celles qui renferment le plus d’argent volé. Les industries qui réussissent le mieux sont celles qui polluent le plus la planète ; et la sauvegarde de l’environnement est le plus brillant fonds de commerce des entreprises qui l’anéantissent.

Le monde à l’envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé au lieu de l’écouter et à accepter l’avenir au lieu de l’imaginer : ainsi se pratique le crime, et ainsi est-il encouragé. Dans son école, l’école du crime, les cours d’impuissance, d’amnésie et de résignation sont obligatoires. Mais il y a toujours une grâce cachée dans chaque disgrâce, et tôt ou tard, chaque voix trouve sa contre-voix et chaque école sa contre-école.

Éduquer par l’exemple

De toutes les institutions éducatives, l’école du monde à l’envers est la plus démocratique : elle n’exige aucun examen d’admission, ne nécessite aucune inscription et délivre gratuitement ses cours, à tous et partout, sur la terre comme au ciel : elle est la fille du système qui a conquis, pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, le pouvoir universel.

Les modèles de la réussite

Le monde à l’envers présente la particularité de récompenser à l’envers : il méprise l’honnêteté, Lire la suite

Livre du samedi : Héritage de ce temps / Ernst Bloch

4 Fév

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L’ouvrage de Ernst Bloch, « Héritage de ce temps », publié pour la première fois en 1935, est enfin édité en français. Ernst Bloch fut un opposant déterminé à l’Allemagne nazie. Après la publication de l’Héritage de ce temps en 1935, Bloch est déchu de sa nationalité allemande et contraint de quitter le Reich. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il refuse une chaire à l’université Goethe de Francfort pour une chaire à l’université Karl-Marx de Leipzig.  C’est alors qu’il commence à faire paraître Le Principe espérance qui deviendra pour nombre d’intellectuel chrétien une source d’inspiration vers le marxisme. Il restât toute sa vie un marxiste, opposé au stalinisme. En rupture avec le modèle soviétique il quittera la RDA en 1961.

Comment en est-on arrivé là ? Comment l’extrême droite a-t-elle pu arriver aux portes du pouvoir, ou s’y trouver déjà, dans toute l’Europe ? Telle est, dans sa terrible simplicité, la question stratégique, que pose le philosophe Lire la suite

Livre du samedi : Fraternité à perpète

28 Jan

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Fraternité à perpète / Collectif

« Tant que des individus seront privés du droit à la dignité, brimés, assujettis ou torturés, qu’ils seront enfermés une vie durant sans comprendre le sens d’une telle peine, dépossédés du moindre espoir, ils fabriqueront dans leurs têtes des milliers de grappins et autres hélicoptères pour s’extraire de l’inexorabilité mortifère de leur situation carcérale »

« Comment j’ai pris la décision de sauver mon frère ?
Pour commencer, il faut que tu saches que cela n’a pas été chose simple car cela n’était pas clairement verbalisé entre lui et moi, cela s’est fait de manière beaucoup plus subtile… »

Ce plaidoyer contre les longues peines dénonce un monde pénitentiaire qui enferme de plus en plus de monde. Il montre combien il est impossible, pour les emmurés vivants, de se résigner à leur sort et comment l’espoir d’une évasion devient l’unique promesse de liberté. Lire la suite

Livre du samedi : Le dessous des cartes -Asie – Itinéraires géopolitiques

21 Jan

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Le Dessous des Cartes – Asie

Itinéraires géopolitiques

 

Le monde a basculé. Au XXIe siècle, l’Asie est désormais le nouveau centre du monde.

Depuis presque vingt ans, on mesure comment le centre du monde s’est progressivement déplacé, délaissant peu à peu l’espace transatlantique. À travers la lecture de cartes originales et inédites, ce nouveau Dessous des Cartes explore tous les visages de l’Asie – démographiques, politiques, économiques, sociaux et environnementaux.
Il étudie les conflits latents, les violences envers les minorités, les nouveaux jeux d’alliances, et décrypte les dynamismes et les inerties dans une région qui donne aujourd’hui le pas à la marche du monde. Lire la suite

Livre du samedi : Les Luttes et les Reves / Michelle Zancarini-Fournel

14 Jan

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Les luttes et les rêves
Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours

Michelle ZANCARINI-FOURNEL

 

1685, année terrible, est à la fois marquée par l’adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l’esclavage « à la française », et par la révocation de l’édit de Nantes, qui donne le signal d’une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d’une histoire de la France moderne et contemporaine, c’est vouloir décentrer le regard, choisir de s’intéresser aux vies de femmes et d’hommes « sans nom », aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs.
C’est cette histoire de la France « d’en bas », celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l’histoire des multiples vécus d’hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants, l’histoire de leurs luttes et de leurs rêves.
Pas plus que l’histoire de France ne remonte à « nos ancêtres les Gaulois », elle ne saurait se réduire à l’« Hexagone ». Les colonisés – des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l’Indochine – prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s « à bras fermés », ont façonné ce pays.

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Livre du samedi : La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750) / Samir Boumediene

7 Jan

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La colonisation du savoir. Une histoire des plantes médicinales du « Nouveau Monde » (1492-1750) » de Samir Boumediene

 

Résumé: Tabac, coca, quinquina, cacao, gaïac, peyotl, poisons, abortifs… De 1492 au milieu du XVIIIe siècle, les Européens s’approprient en Amérique d’innombrables plantes médicinales. Au moyen d’expéditions scientifiques et d’interrogatoires, ils collectent le savoir des Indiens ou des esclaves pour marchander des drogues, et élaborent avec elles les premières politiques de santé. Dans le même temps, inquisiteurs et missionnaires interdisent l’usage rituel de certaines plantes et se confrontent aux résistances des guérisseurs. Botanique, fraudes et sorcellerie : entre les forêts américaines et les cours du Vieux Monde, ce livre raconte l’expansion européenne comme une colonisation du savoir.

 

PRÉFACE IMAGINAIRE À UNE HISTOIRE  INVISIBLE

 

L’origine de ce livre remonte loin, très loin, jusqu’à une question que sans doute beaucoup d’enfants se sont un jour posée. Dans un monde où dominent des remèdes calibrés et prêts à l’emploi, il peut paraître banal de voir un médicament atténuer des douleurs d’estomac. L’affaire n’est pourtant pas si triviale. Avant d’être synthétisées, les molécules sont prélevées, dans la plupart des cas, sur des végétaux. Ce qui veut dire qu’une écorce, une racine, ou une feuille a la propriété de mettre un terme à une souffrance ou bien de favoriser la réalisation d’une performance sportive, sexuelle, scolaire, etc. Il y a deux manières de s’en étonner et de trouver cela fascinant. On peut se demander pourquoi de telles propriétés existent. On peut, aussi, se demander comment elles ont été connues. Entre le XVI e et le XVIII e siècle, de nombreux auteurs européens imaginent que les êtres humains ont « découvert » les remèdes en observant les animaux, voire en parlant avec eux. En Amérique, en Asie, en Europe ou en Afrique, d’autres légendes racontent que des esprits ou des dieux ont transmis les remèdes et les poisons aux hommes et aux femmes, cette transmission scellant bien souvent l’association d’une communauté avec les êtres du monde invisible. Le paradis des monothéismes abrahamiques, ce n’est pas anodin, est établi autour d’un arbre de santé.

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Livre du samedi : Question juive ; La Tribu, La Loi, L’espace / Ilan Halevi

31 Déc

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Question Juive ; La Tribu, La Loi, L’espace  / Ilan Halevi

L’histoire de la communauté juive suit douloureusement le cours de l’histoire de l’humanité. Persécutées, dispersées, les communautés juives se recomposent et se transforment à travers les continents, les espaces où elles trouvent refuge. Loin d’une trajectoire linéaire, son histoire emprunte des chemins sinueux et entrecroisés. Face à cet entrelacs, Ilan Halevi nous propose de reprendre les fils historiques de La question juive par le début. En s’appuyant sur une riche documentation historique l’ouvrage montre les mouvements par lesquels le « sujet juif » a traversé l’histoire et survécu dans deux aires culturelles distinctes : le monde arabo-musulman et l’Europe. En Europe occidentale, le judaïsme évolua vers l’émancipation et l’« assimilation », tandis qu’en Europe orientale, au contraire, il se consolidait, se cristallisant comme une quasi-nation, la « nation yiddish ». Les pogromes, l’antisémitisme, l’affaire Dreyfus, l’émigration massive d’Est en Ouest et la « solution finale » nazie, ouvriront la porte à une nouvelle phase de la « question juive ». Dans le monde musulman, les juifs se transformaient en communauté confessionnelle à la façon des druzes ou des maronites. Pourtant, l’histoire des Juifs allait être progressivement arrachée à la société arabe dont ils font partie pour se raccrocher à la colonie des juifs d’Europe, préfigurant le mouvement qui déplacera, après 1948, un million de Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient vers l’État nouvellement créé, Israël. La société israélienne, fondée sur l’expulsion des Palestiniens, naîtra de l’intégration inégalitaire des Juifs orientaux dans l’État-colon des juifs occidentaux. Le mouvement sioniste, né dans la crise de la société juive d’Europe de l’Est, s’est appuyé sur la montée d’un antisémitisme en Europe occidentale, lui-même produit de l’émigration massive des Juifs de l’Est européen vers l’Ouest. La violence de la constitution de l’État d’Israël est le dernier des avatars de cette histoire tragique. À l’heure des résurgences antisémites violentes de plus en plus nombreuses, et de l’entretien des mythes calamiteux qu’elles avivent, La question juive apporte un éclairage nouveau sur des pans entiers de l’histoire le plus souvent ignorés qui éclairent les drames contemporains.

 

 

Préface: la « question juive » entre shoah et colonialisme / Enzo Traverso

« Question juive » : cette expression apparaît au 18e siècle, lorsque les partisans des Lumières commencent à discuter sur les moyens de « rendre utiles » les juifs au sein des sociétés européennes. C’est le sens des propositions de l’Abbé Grégoire en France et du haut fonctionnaire de la Cour prussienne Wilhelm von Dohm. La formule devient d’usage courant un siècle plus tard, quand elle prend deux significations distinctes, voire antinomiques. À l’époque de l’essor des nationalismes, la « question juive » s’ajoute à nombre d’autres questions nationales qui traversent le vieux monde, de l’Allemagne à l’Italie, de la Pologne à l’Irlande. Son statut est singulier, car elle ne désigne aucune revendication nationale, mais elle concerne les juifs en tant que minorité dont l’émancipation n’est pas encore partout achevée, ou reste contrastée par l’antisémitisme. Dès la fin du 19e siècle, le sionisme se l’approprie en présentant les juifs d’Europe comme une nation irrédente1. À côté de cette acception, il y en a cependant une autre qui, en transcendant les frontières de l’histoire, donne à la « question juive » un caractère quasi ontologique en la déduisant de l’existence même des juifs. Pour les nationalismes fin-de-siècle, les juifs sont des corps étrangers et nuisibles incrustés au sein des peuples européens. La « question juive » a donc deux visages : d’une part, celui analysé par Abraham Léon et Jean-Paul Sartre dans leurs essais qui paraissent avec ce titre en 19452 ; d’autre part, celui du sinistre « Commissariat aux questions juives » du régime de Vichy, placé sous la direction de Louis Darquier de Pellepoix. La « question juive » étudiée par Ilan Halevi dans cet ouvrage, écrit plus de trente ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, est plus large et complexe, puisqu’elle intègre la naissance d’une « question palestinienne », les deux étant intimement liées.

Question juive est Lire la suite