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Mémoire des nôtres #1 : Fatiha Damiche

9 Jan

fatiha test1.pngColère et révolte.

« Femmes étrangères et immigrées »… J’ai le sentiment d’être un peu en décalage car je suis française. On pourrait penser qu’une femme citoyenne française a des droits comme tous les citoyens. Je m’aperçois, dans la lutte de vous toutes, et combien je suis solidaire, que lorsque qu’on a « des origines étrangères », ce n’est plus la même chose. Je suis responsable juridique à la Maison de l’immigration et au Comité national contre la double peine, la double peine étant « prison plus expulsion » : des étrangers en situation régulière qui commettent un délit sont expulsés après avoir « payé leur dette à la société ». Étrangers et délinquants, la boucle est bouclée… Lorsque moi-même, avant d’être responsable juridique à la Maison de l’immigration, j’ai été femme de détenue, Française oui, mais amoureuse d’un étranger, lorsque j’ai été confrontée à la justice, j’ai compris que j’étais moi aussi différente. Il y a dans ce pays des lois qui sont racistes, xénophobes, criminogènes, personne ne s’en inquiète, on fait tout pour éclater nos familles, pour séparer les femmes de leur conjoint, pour enlever des enfants à leurs parents et c’est dur … Lire la suite

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Notes contre la prison / Antonin Bernanos

8 Jan

Cette intervention a été prononcée lors de la soirée Faire front dans le cadre du colloque Penser l’émancipation, à La Générale Nord-Est, le 16 septembre 2017. Antonin Bernanos prenait la parole aux côtés d’orateurs issus de diverses franges du mouvement social, de l’antiracisme à la lutte contre la loi travail. Depuis lors, il a été jugé dans le cadre de l’affaire du Quai de Valmy, et incarcéré à Fleury-Mérogis pour purger une peine de 5 ans de prison dont deux avec sursis. Dans ce texte, il prenait appui sur ses 10 mois de détention provisoire pour engager une réflexion sur la prison et sur les stratégies de lutte contre la répression.

Mon intervention se situe dans une conjoncture d’intense répression et de frénésie carcérale de la part des tribunaux et de l’État, notamment à l’égard des militants. L’affaire de la voiture brûlée du Quai de Valmy, pour laquelle j’ai été mis en examen et suis en passe d’être jugé, est un cas, parmi d’autres, d’une criminalisation générale des mouvements sociaux et des syndicalistes de lutte. Dans un tel contexte, il est plus important que jamais que la prison soit saisie et pensée comme institution à part entière, et pas seulement, de façon abstraite, comme partie prenante de la « répression » des militants ; il est par ailleurs essentiel que cette réflexion soit menée et poursuivie à l’intérieur comme à l’extérieur du système carcéral.

En effet la prison, mise à distance au cours des dernières décennies, revient dans les parcours de lutte des différents acteurs du mouvement social (militants révolutionnaires, anti-autoritaires, antifascistes, syndicalistes, zadistes, ou encore au sein des luttes aux côtés des migrants ou contre les lois antisquat) ; la prison est en passe de devenir une méthode normalisée pour mater la contestation sociale.

Pourtant si les peines de prison semblent se banaliser pour les militants des différents champs de lutte, la question de sa légitimité, de son existence et du combat qui doit lui être opposé ne semble pas s’imposer comme une évidence.

Dans les franges autonomes les plus « radicales » jusqu’aux organisations réformistes les plus légalistes, la prison reste mythifiée, tenue à l’écart des luttes et, finalement, quasiment négligée. L’objectif de mon intervention consiste en deux point fondamentaux. Proposer de mettre le système carcéral en accusation, et de mener une réflexion sur la façon dont la prison pourrait entrer dans les mots d’ordres des différentes luttes en cours. L’idée à travers cette intervention, c’est aussi de poser une critique de la gestion de la répression de la part des différentes franges du mouvement ciblées par l’État, de réfléchir aux écueils mais surtout, de proposer des pistes de travail, non pas à interpréter comme un « mode d’emploi » mais bien comme des premières remarques à élaborer et perfectionner collectivement et dans le temps.

« L’affaire du Quai de Valmy », par laquelle j’ai été incarcéré 10 mois en détention provisoire, renvoie à un moment précis du mouvement social contre la loi travail : il s’agit d’un événement survenu le 18 mai 2016, en marge d’un rassemblement contre la « haine anti-flic » à l’initiative du syndicat de police Alliance. Un contre rassemblement avait été appelé par Urgence Notre Police Assassine – finalement violemment réprimé par la police ; une manifestation spontanée s’était élancée dans les rues de Paris au cours de laquelle une voiture de police a été prise à partie par la foule, et a fini par brûler devant les caméras de toutes les chaînes d’information. Je ne souhaite pas m’attarder ici sur le montage médiatico-politique de cette affaire, les nombreuses procédures illégales couvertes par la justice pendant l’instruction ou les différentes productions et tentatives de falsification de preuves que les prévenus et leur défense n’ont eu de cesse de dénoncer. Lire la suite

Quartiers Libres vous souhaitent une Bonne Année 2018!

1 Jan

Bonne Année 2018 à la famille, aux papas et mamans, aux frères et aux sœurs, aux cousines et cousins, à notre quartier, aux quartiers d’à côté, à tous les quartiers du monde, aux militant-e-s de terrain qui se battent et qui ne lâchent rien, à ceux qui utilisent leur bulletin de vote pour construire un monde moins pire et à toutes celles et ceux qui ne votent plus conscients que leur voix n’a jamais été entendue, aux noyaux durs des 6 coins de l’Hexagone, aux bretons, aux nordistes, aux sudistes qui tiennent le Cap, aux camarades basques, aux militants corses antiracistes, à celles et ceux des périphéries des villes du sud, aux nôtres qui tentent de construire des alternatives dans les friches industrielles du centre et de l’est, une pensée au IVème Cercle, au miroir noir, QXXI, aux rebelles qui ne rentrent pas dans des cases, aux zonard.e.s des ZAD du monde entier, aux sociologues qui font de leur militantisme un sport de combat, aux sportives et sportives qui ne blaguent pas et qui ont un cœur et des biceps gros comme ça, aux footeux du dimanche qui se mobilisent pour la Cause, à celles et ceux qui ont la garde serrée sur et hors du ring, aux MC qui rappent pour la cause et le mouvement et dont les textes ne sont pas juste une posture occasionnelle, a celles et ceux qui mettent en musique un  requiem pour un massacre, à tous les BWA, aux graffeurs qui mettent de la couleur en bord de manifs, aux yeux qui ne se contentent pas de regarder, à celles et ceux de nos camarades qui nous ont quitté cette année, toutes et tous les camarades kurdes et turc.que.s tombées pour une juste cause, aux nôtres dont les familles ont été endeuillées par des brutalités sécuritaires, aux nôtres qui sont partis de mort lente ou violente, derrière les barreaux, à un checkpoint ou dans une explosion.

Aux camarades Grecs qui tiennent bon face à la désillusion et aux coups de boutoir des libéraux et des traîtres, aux compagnons italiens toujours sur la brèche, au peuple palestinien qui montre l’exemple en restant fier et invaincu, au peuple Kurde organisé qui croit en ce qu’il fait et nous ouvre un chemin, aux militants des classes populaires des USA qui se mobilisent contre les injustices sociales et raciales et qui font face dans la rue aux suprémacistes blancs, à l’America Latina, et plus largement à la Pachamama de l’Alaska jusqu’en Patagonie et à 525 ans de lutte acharnée contre le terrorisme et le colonialisme occidental, au peuple syrien sacrifié par tous, au Yémen oublié et bombardé, aux Rohingyas persécutés et massacrés, à tout le continent Africain qui résiste à la pression économique et qui lentement mais sûrement balaient le continent des autocrates et la FrançAfrique. A nos frères et sœurs réduits en esclavage et que beaucoup semblent découvrir au détour d’un reportage, la lutte abolitionniste n’est pas finie. Lire la suite

Enfin… une victoire – Résistons Ensemble n° 168 –

26 Déc

Voici en pdf, le No 168 décembre 2017/ janvier 2018, du petit journal mobile recto-verso A4 « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires. Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l’équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions, propositions, critiques …

à bientôt.
L’équipe de rédaction

Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf : http://resistons.lautre.net/IMG/pdf/re168-dec-2017-janv-2018.pdf

 

Enfin… une victoire !

Ils sont presque invisibles. Ces femmes et hommes nettoient nos gares, travaillent souvent cachés par la nuit. Mais quand les poubelles débordent, tout s’éclaire.
Ils sont 84 grévistes, immigrés, d’une société sous-traitante de la SNCF, H. Reinier-Onet, qui a récemment repris le marché à une autre boîte pour le nettoyage des gares du nord de la région parisienne. Ils viennent de gagner, après 45 jours de lutte radicale. Contre une nouvelle clause de mobilité, pour des primes de panier repas, la reprise des anciens temps partiels sous contrats pérennes, la défense de leurs délégués, la convention collective de manutention ferroviaire, le paiement des jours de grève… Pour « le respect et la dignité ». Ils ont manifesté, tenu des piquets 24 heures sur 24 dans trois grosses gares dont ils empêchaient le nettoyage, certains ne sont pas rentrés chez eux pendant tout ce temps. La SNCF les a traînés devant des tribunaux administratifs pour « occupation illicite », des escouades de flics ont ponctuellement brisé leurs piquets pour permettre le nettoyage par des intérimaires… Mais rien n’y a fait, ces femmes et hommes n’avaient pas peur. Avec le soutien notamment de syndicalistes du rail, ils ont fini par gagner sur la plupart des revendications, ont fait reculer le patronat et la police à son service. Ils ont osé.
On dit qu’une goutte d’eau contient toute la richesse de la mer. Cette grève (comme celle menée depuis deux mois par le « petit personnel » sous-traitant (ménage, plonge…) de l’hôtel Holiday Inn de Clichy, les deux mouvements se soutenant mutuellement), par l’admiration, la joie et l’enthousiasme suscités, a entraîné dans son sillage syndicats, collectifs et individus solidaires, jusqu’au collectif Vérité et justice pour Adama Traoré. Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (74) / Farid Taalba

20 Déc

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

Le chauffeur remonta à la muette dans sa voiture avec la désagréable sensation de s’être fait encore clouer la chique dans sa joute avec le maître. Juste avant de relourder sa portière, le dos rutilant d’un vert métallisé aux reflets bleus turquoise, une grosse mouche s’arrangea pour s’embarder à l’intérieur sans qu’il ne la vit, ni ne l’entendit. Le bourdonnement qu’elle turbina ensuite lui fit l’effet d’un ricanement qu’il prit pour une moquerie supplémentaire que lui réservait cruellement la providence. Bientôt la mouche cessa son concert qui avait rendu le silence encore plus pesant sur ses épaules. Puis, soudain, d’un geste violent, à la surprise du maître qui sursauta, il claqua le plat de sa main contre la vitre où elle s’était posée comme pour le narguer dans ses couleurs d’arc-en-ciel. La mouche n’était plus qu’un amas de chair noire écrabouillée, d’où coulaient de minces filets de sang.

« Heureusement que je ne suis pas une mouche, piqua alors le maître, j’aurais connu un triste sort. Dire la vérité ne fait pas plaisir. C’est pour cela qu’on prend des airs amusés pour la dire. Mais, malgré tant de précautions, tout comme toi, il se peut qu’on arrive à ne pas en rire, et qu’on enrage. Je te comprends au fond, c’est plus facile d’écraser une mouche qu’un hélicoptère.

– Oh, maître ?! N’est-il plus permis en ce bas-monde d’avoir peur ?!

– Oui, mais sauf si tu ne coupes pas la route et que tu ne sois pas trop curieux. Les adages de nos anciens ont l’air bien ridicules dans ce monde où les voitures ont supplanté les chevaux, les machines à écrire la craie et le calame, et la radio la voix et la parole d’une bonne assemblée villageoise. Certes le cadre et le contexte dans lequel on les disait ont disparu ; tout ce qui leur donnait vie et sens s’est dérobé, ne laissant que des formes vides et prêtes à être investies de nouvelles intentions. Mais leurs adages sont profondément humains car la peur reste la peur quelle que soit l’époque. Comment veux-tu ne pas avoir peur aujourd’hui si on a brûlé ton village et tes récoltes hier ? Comment ne pas avoir peur de ces routes qui desservent nos villages et qu’on a construites afin que l’armée y arrive le plus rapidement possible, s’il s’y trouve quelques téméraires pour rire à leurs dépens et pousser les gens à la jacquerie ? Mais alors, comment ne pas rire de cette peur au moment où notre cœur doit s’armer de courage face à l’adversité ? Cette peur qu’on nous a inculquée pour nous paralyser ! Lire la suite

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La solidarité est une arme !

18 Déc

Marche vers l’Ambassade des Etats-Unis pour Jérusalem/Al-Qods

14 Déc

Marche vers l’Ambassade des Etats-Unis pour Jérusalem/Al-Qods

Dimanche 17 décembre

Cent ans après la déclaration Balfour, par laquelle l’empire britannique promettait aux sionistes l’instauration d’un foyer national juif en Palestine, l’empire des Etats-Unis d’Amérique déclare unilatéralement Jérusalem – Al Qods, capitale de l’Etat colonial Israël.

Comme il y a 100 ans, une puissance impérialiste donne une terre qui ne lui appartient pas à une entité coloniale. Cette décision ne bafoue pas seulement le droit et la justice comme en 1917, mais elle entérine et amplifie un processus de colonisation et de nettoyage ethnique et religieux qui vise à expulser les habitants non juifs de Jérusalem. Il faut rappeler que dans le plan de partage injuste de l’ONU le 29 novembre 1947 (résolution n°181), Jérusalem a un statut séparé des deux Etats préconisés. Malgré cela, les sionistes occupent en 1948 la partie ouest de la ville. Ils commencent alors un vaste plan de construction de colonies de peuplement. Lors de l’occupation en 1967, Israël occupe la partie Est de la ville, qui comprends les lieux saints des trois religions monothéistes. Mais la politique de colonisation continue avec la construction de nouvelles colonies comme Maalé Adoumim…. En 1980, Jérusalem (Est et Ouest) est annexée et est déclarée par l’entité coloniale comme sa capitale. Jusqu’à aujourd’hui, la colonisation continue quartier par quartier, maison par maison conduite par les colons avec l’aide de l’armée d’occupation.

Encore une fois, c’est le peuple palestinien qui paye le prix de cette volonté impérialiste : Lire la suite