Barbès Blues au temps du couvre-feu (108) / Farid Taalba

30 Jan

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

« Maintenant, interféra Bou Taxi en essuyant d’un coup de revers de manche la sueur qui coulait sur ses yeux, c’est fini la chambrette, remballez vos balançoires à deux balles si vous ne voulez pas monter dans la cage à poules ! Voilà le coq qui me demande de serrer à droite. ». Par-delà le barrage, tous les cafés longeant la rue Clémenceau avaient été claquemurés, les auvents de toile rouge, bleu, jaune vifs enroulés et les terrasses débarrassées de leurs tables, de leurs chaises et des estivants qui en comblaient d’habitude l’espace dans un hourvari de discussions interminable, de rires, d’exclamations et d’interpellations verbales fusant de toutes parts. De petites fortifications de campagne avaient été élevées un peu partout autour du rond-point de la mairie frappée de plein fouet par le soleil de midi qui avait tout immobilisé sur un fond de mer bleu balayée par des rouleaux d’écume qui venaient se fracasser contre la grande jetée du port ; des soldats accablés par la chaleur se tenaient aux aguets derrière des murets de sacs de sable surmontés de fusils mitrailleurs posés sur des bipieds. Et, si toute cette ferraille ne renvoyait pour l’instant que des miroitements de lumière, les échos des combats de rue qui se jouaient dans le reste de la ville trahissaient le calme apparent qui régnait devant la mairie mise ainsi en état de siège. Bou Taxi rangea son véhicule et présenta dans l’huisserie de la vitre son visage le plus avenant à l’officier qui s’était penché vers lui en plongeant ses yeux fixes dans les siens : « Qu’est-ce vous foutez à cette heure dans un bordel pareil ? Lire la suite

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D1ST1 – GILETS JAUNES

22 Jan

Barbès Blues au temps du couvre-feu (107) / Farid Taalba

16 Jan

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Au passage du premier véhicule militaire, Hassan et Madjid se changèrent en statue. Ils avaient les yeux grands ouverts dans lesquels planait une lueur de terreur comme dans ceux de la bête qui, traversant une route, se retrouve immobilisée par les phares aveuglants d’un automobiliste surgissant de l’obscurité avant qu’il ne la percute dans un bruit sec et rapide. La camisole de force sur la bouche, ils regardèrent défiler en silence le reste du convoi tout en écoutant s’éloigner les paroles de Maybellene toujours hurlées de cette chambre du haut de l’immeuble dont les volets restaient impassiblement clos aux soubresauts carabinés de la ville en flamme : Lire la suite

Arthur H – La Boxeuse Amoureuse

14 Jan

RAP SESSION – L’ÉMISSION : Furax Barbarossa

12 Jan

Barbès Blues au temps du couvre-feu (106) / Farid Taalba

2 Jan

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Si Bou Taxi partit sur les chapeaux de roues comme il pouvait lui arriver de les porter haut quand il mouillait vraiment dans son froc, Madjid se redressa sur ses mains ; à l’écoute des coups et des explosions qui s’étaient démultipliés avec insistance, il ne résista pas à l’envie de se retourner pour ne pas manquer une miette de l’orage qui s’abattait. Les mains maintenant crispées sur le montant du siège, les yeux écarquillés, il afficha sa vitrine défigurée par la peur face au pare-brise arrière. Hassan, qui se trouvait devant au côté du chauffeur se retourna aussi tandis que Bou Taxi garda un œil sur le rétroviseur. Sur les trottoirs, ahuris et désarçonnés, les passants qu’ils croisaient s’étaient arrêtés. Puis, le temps de se remettre du coup de massue qu’ils venaient de prendre sur le crâne, certains s’attroupèrent en petits groupes pour suivre les événements, pendant que d’autres, cédant à la panique, s’affolèrent en tous sens ou commencèrent à se barricader. Lire la suite

Quartiers Libres vous souhaitent une Bonne Année 2019!

1 Jan

 

Bonne Année 2019 à la famille, aux papas et mamans, aux frères et aux sœurs, aux cousines et cousins, à notre quartier, aux quartiers d’à côté, à tous les quartiers du monde, aux militant-e-s de terrain qui se battent et qui ne lâchent rien, à ceux qui utilisent leur bulletin de vote, leur gilet jaune ou les pavés pour construire un monde moins pire et à toutes celles et ceux qui ne votent plus conscients que leur voix n’a jamais été entendue, aux noyaux durs des 6 coins de l’Hexagone, aux bretons, aux nordistes, aux sudistes qui tiennent le Cap, aux camarades basques, aux militants corses antiracistes, à celles et ceux des périphéries des villes du sud, aux nôtres qui tentent de construire des alternatives dans les friches industrielles du centre et de l’est, une pensée au IVème Cercle, au miroir noir, QXXI, aux rebelles qui ne rentrent pas dans des cases, aux zonard.e.s des ZAD du monde entier, aux sociologues qui font de leur militantisme un sport de combat, aux sportives et sportives qui ne blaguent pas et qui ont un cœur et des biceps gros comme ça, aux footeux du dimanche qui se mobilisent pour la Cause, à celles et ceux qui ont la garde serrée sur et hors du ring, aux MC qui rappent pour la cause et le mouvement et dont les textes ne sont pas juste une posture occasionnelle, à celles et ceux qui mettent en musique un  requiem pour un massacre, à tous les BWA, aux graffeurs qui mettent de la couleur en bord de manifs, à celles qui prennent des coups mais qui restent toujours debout, aux yeux qui ne se contentent pas de regarder, à celles et ceux de nos camarades qui nous ont quitté cette année, toutes et tous les camarades kurdes et turc.que.s tombées pour une juste cause, aux nôtres dont les familles ont été endeuillées par des brutalités sécuritaires, aux nôtres qui sont partis de mort lente ou violente, derrière les barreaux, à un checkpoint ou dans une explosion. Lire la suite