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Black Mirror Selekta #6 : Al Green Resampled !

11 Déc

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Black Mirror, l’émission hip-hop partage avec nous une selekta 100% musicale chaque semaine, et un texte qui nous rappelle l’histoire qui va avec !  Cette semaine, gros programme, on enquille trois selektas de Samples & Covers !! Bonne écoute !

 

 Le révérend Al Green aurait pu passer sa vie entière à chanter les louanges de Dieu. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fait encore aujourd’hui. Mais pour le bonheur de nos oreilles et de nos âmes, il offrit quelques temps sa voix de miel à la musique du diable.

Né en Arkansas dans les années 1940, de famille très nombreuse et très pieuse, il chanta dès ses neuf piges dans un quartet gospel avec trois de ses frères. Leur talent leur permet de tourner dans le sud-est américain sous l’égide de leur dur daron métayer. Ils déménagent ensuite dans le Michigan, et continuent à se produire dans le Nord. Mais Al, adolescent, aime trop la musique, et il ne la juge pas sur des critères moraux : il y a la bonne et la mauvaise, c’est à dire celle qui te soulève le cœur et celle qui t’indiffère. Surpris par le daron alors qu’il se délecte du défroqué Jackie Wilson à la radio, il est viré du groupe.

Il embrasse alors la musique profane avec des copains de lycée, avant de se faire repérer en 1969 par Willie Mitchell, D.A du renaissant label de Memphis Hi Records qui vient de trouver une nouvelle jeunesse en la personne d’Ann Peebles. Signé en solo, sa voix de miel trouve dans la basse monstrueuse, le duo rythmique implacable, la violente section de cuivres et les tapis de cordes majestueux qui font la miraculeuse patte de Mitchell, l’écrin idéal pour envoûter son monde. Très vite, le succès déferle, et il devient star, icône, sex symbol, figure de proue d’un label qui incarne à jamais la perfection de la southern soul début 1970.

Mais les pactes qu’on signe avec le diable finissent toujours par revenir frapper à la porte. Aussi, quand une admiratrice, amoureuse, petite copine qui s’imagine fiancée en devenir, l’asperge de gruau bouillant à la sortie de son bain avant de se brûler la cervelle dans la chambre voisine le temps qu’il reprenne ses esprits, il y voit un signe que son destin risque fort de s’assombrir s’il poursuit plus loin son chemin hors des voies du Seigneur. On est alors en 1974. Il achète une Église à Memphis, accepte un autre type de consécration et s’offre de plus en plus à sa première vocation pastorale. Il enregistre encore quelques belles pièces de soul music, mais décidément là n’est pas son salut. En 1979, il chute de scène alors qu’il y célèbre une fois de trop les plaisirs terrestres, manquant une fois encore d’y rester. On ne joue pas avec le feu des enfers. Il abandonne définitivement la musique du diable.

Mais ces dix années furent bénies, musicalement. Et ces pêcheurs et voleurs invétérés que sont les rappeurs ne s’y tromperont pas quelques années plus tard, eux dont la musique naît quand celle d’Al Green se meurt.

Hommage appuyé en trois épisodes, les deux premiers se concentrant sur les samples marquants, le dernier sur les morceaux aussi divins que diaboliques qui manquent aux précédents.

Merci, Révérend. 

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