Séance du dimanche. J’ai très mal au travail

8 Nov

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L’augmentation du temps de travail se porte bien, merci pour elle. Dans les boîtes privées, c’est le chantage au débauchage qui aboutit à un contournement de la durée légale. Justement ce que veut généraliser le gouvernement « socialiste » actuel et ce que préconise le très gauchiste Ernest-Antoine Macron. On rappellera pour mémoire que la réduction de l’esclavage salarié est une lutte historique de la classe ouvrière et que c’était un marqueur essentiel de la gauche, toutes tendances confondues. Du sang, beaucoup de sang a coulé justement dans la lutte contre les prétentions toujours plus cannibales des patrons. Le massacre de Chicago du 4 mai 1886, qui est à l’origine de la fête internationale du premier mai était une réaction de l’État états-unien et des intérêts qu’il représentait contre la lutte pour la journée de huit heures aux Etats-Unis. Cette tendance n’a jamais faibli et, en gros, la tendance historique allait dans le sens d’une réduction du travail, tant que le rapport de force imposait au patronat et à ses représentants élus de ne pas s’aventurer sur ce terrain miné.

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La contre-révolution actuelle a comme effet logique l’inversion de la tendance, dans les entreprises mais également –signe que les choses sont en train d’atteindre un point de non-retour– dans l’administration publique : l’inénarrable Éric Ciotti, caniche à poil ras mais aux dents aiguisées de Sarkozy dans les Alpes Maritimes, vient de faire voter une loi augmentant le temps de travail de tous les agents territoriaux. Sans aucune concertation, au moins c’est franc. On s’attend à voir le gouvernement envoyer la troupe contre ce délinquant, qui s’asseoit sur le code du travail…

Au-delà de la question de la durée du temps de travail, ce qui permet ce genre de saloperie, c’est également ce qu’est devenu la réalité du travail, dans le cadre d’une concurrence sans limites permise par la mondialisation capitaliste et la dérégulation complète relayée par les bureaucrates ultra-libéraux de Bruxelles. La réalité, c’est une précarisation totale des emplois, la perte de tout cadre de défense par la lutte et la mise en danger de la santé des travailleurs, exploités jusqu’à l’épuisement voire jusqu’au suicide. Cette précarisation est également permise par le reflux des structures d’auto-défense populaire et d’une culture politique et syndicale de lutte des classes et de résistance.

Le documentaire de Jean-Michel Carré, sorti en 2006 –les choses ont empiré depuis– analyse les effets du management cannibale hégémonique, qui vise le profits à court terme et n’hésitera jamais à broyer ceux qui le rendent possible par leur travail. En se fondant sur des études de chercheurs et sur l’expérience de salariés de différents niveaux de hiérarchie, il analyse la destruction des formes de solidarité collective, la construction de l’isolement et la mise en concurrence directe des salariés entre eux. Il effectue une plongée au cœur des systèmes d’évaluation permanents des individus, démonte la logique d’encouragement à la délation. Bref, il montre les dispositifs de déshumanisation du travail au profit du seul rendement. Les récentes déclarations du PDG d’Air-France sur la nécessité de virer plusieurs milliers de personnes alors que les profits n’ont jamais été aussi élevés sont là pour rappeler que cette engeance ne sera freinée que par une seule chose : le rapport de force.

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