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Barbès Blues au temps du couvre-feu (89) / Farid Taalba

18 Juil

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

Tableau de Mohamed Racim représentant Kheirddine dit Barberousse

 

Ne t’inquiète plus pour son sort, conseilla le maître, désormais il est complètement libéré. Cependant, qui sait si Azraël ne lui a pas aussi posé les menottes et mis en garde à feu surveillée ?

– Ah maître, se rebella Si Lbachir, pour répondre à une telle question, il nous faudrait déjà le rejoindre. Et douteriez-vous des capacités d’intercessions du cheikh auprès de Dieu en sa faveur ?!

– Pour ce qui est de rejoindre le défunt, mieux vaut tard que jamais ! Quant aux capacités du cheikh, faut-il te rappeler qu’il ne me reste qu’à attendre mon heure venir pour vérifier leur efficacité. Ne sois donc pas trop pressé de trouver la réponse à ta question. Même si tu n’as pas réglé le réveil, il sonnera pour toi en temps voulu. Chacun a sa part, ici-bas comme au-delà. Sois patient, n’aie crainte, comme les pierres qui roulent dans le torrent, le temps n’attend jamais personne.

– Alors-là, s’étonna Si Lbachir, vous êtes déchaîné, maître ! Vos paroles emportent tout sur leur passage et je n’aurais qu’à me laisser noyer dans leurs flots impitoyables. Aussi, vous voyez, si nous savons, à ce jour, que lui, le défunt, a définitivement accosté sur l’autre rive, ne devrions-nous pas plutôt nous inquiéter de votre ami Madjid ? Ne craignez-vous pas qu’il prenne lui aussi une barque ? Lui qui a déjà sombré dans les bas-fonds de sa conscience, lui dont la seule respiration l’arrime encore à nous avant qu’elle ne le lâche peut-être entre deux « dikr » psalmodiés par les adeptes.

– C’est vrai, tu as bon vent, il ne faudrait pas que les défunts nous fassent oublier ceux qui restent encore à quai… ». Lire la suite

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Le Festival Ciné-Palestine au Jardin

17 Juil

CinéNomade en Plein-air

Vendredi 20 juillet 2018  20h30 – 23h

Le Festival Ciné-Palestine au Jardin 

 

Soirée organisée en partenariat avec le Festival Ciné-Palestine 

Cette année, pour notre projection en plein-air au jardin partagé de Villetaneuse, nous avons l’honneur de recevoir le Festival Ciné-Palestine, pour une programmation et une soirée exceptionnelles. Après un repas à prix libre, préparé par le collectif des jardinier-ère-s du Ver Galant, une série de courts métrages palestiniens sera projetée sur notre écran au beau milieu des légumes et fleurs en plein épanouissement. Le tout en présence d’un des réalisateurs (sous réserve) et de l’équipe du Festival Ciné-Palestine.

Venez nombreux-ses (re)découvrir le jardin à l’occasion de cette soirée consacrée au cinéma palestinien, ouverte à tous-tes. Lire la suite

Mort d’Ali Ziri, l’Etat français condamné – Résistons Ensemble n° 17 – juin-juillet 2018

10 Juil

 

Voici en pdf, le No 174, juillet/août 2018, du petit journal mobile recto-verso A4 « RESISTONS ENSEMBLE » du réseau contre les violences policières et sécuritaires. Il est destiné à être photocopié et à être diffusé localement, si le journal vous plaît. Vous êtes invitEes à participer à son élaboration, à sa rédaction, à se joindre à l’équipe de rédaction. Nous attendons vos contributions, propositions, critiques …

Pour télécharger ce bulletin mis en page au format pdf: http://resistons.lautre.net/IMG/pdf/re174-juillet-aout-2018.pdf

à bientôt.
L’équipe de rédaction

 

Mort d’Ali Ziri – l’État français condamné

Le 11 juin 2009 Ali Ziri chibani algérien de 69 ans est décédé des suites d’une asphyxie due à l’usage de la technique du pliage lors de son interpellation par la police d’Argenteuil deux jours plus tôt. Cela fait donc 9 ans que sa famille et son comité de soutien se battent pour obtenir Vérité et Justice. Résistons ensemble de juillet 2009, n°77, dédiait déjà à sa mémoire son édito. Le 21 juin 2018, après 4 non-lieux successifs pour les policiers par la justice française, une première victoire a enfin été remportée avec la condamnation de l’Etat français par la Cour Européenne des Droits de l’homme pour avoir « négligé » le droit à la vie d’Ali. Cette victoire fait suite à deux autres ce mois-ci : la condamnation par la CEDH de l’Etat français pour la mort de Naguib Toubache, 20 ans, tué d’une balle dans le dos par la police en 2008 et celle pour la paralysie d’Abdelkhader Ghedir causée par son interpellation en 2004. Alors déployer autant d’énergie pour obtenir ces jugements 9, 10 ou 14 ans plus tard, est-ce que cela valait le coup ? Certes, ces condamnations ne sont ni complètes (par exemple dans le cas d’Ali, la technique du « pliage » est jugée « justifiée et strictement proportionnée au but poursuivi »), ni suffisamment radicales car ce n’est pas le système même de la police et de la justice françaises qui est mis en cause seulement des « bavures » comme ils disent. Mais c’est bien une vraie victoire qui a été remportée : Ali, Naguib et Abdelkhader n’ont pas été oubliés, la vérité a pu être partout clamée ; la mobilisation tenace a pu servir d’exemple à d’autres familles ; la pugnacité des luttes contre les violences policières nous a tous fait gagner en force. Enfin, ce sont ces combats sur le plan judiciaire, coûteux et douloureux, qui permettent de révéler en quoi la justice constitue le bras qui arme la police car c’est essentiellement parce qu’ils sont assurés que magistrats, juges et procureurs leur garantiront l’impunité que les flics s’adonnent sans frein à leur sale boulot répressif. Sans la complicité de la justice, il n’y aurait pas 15 crimes policiers par an. Alors merci à tous ceux qui militent pour la vérité et la justice et haut les cœurs car le combat continue ! Lire la suite

« Bella Ciao » in Gaza!

9 Juil

« Bella Ciao » : Les militants de Gaza utilisent le célèbre chant antifasciste pour célébrer la Grande Marche du Retour

« Dans le cadre des activités de la Grande Marche du Retour dans Gaza assiégée, un groupe de militants des droits de l’homme et du droit au retour ont sorti une vidéo intitulée « Bella Ciao », utilisant le célèbre chant antifasciste sur des photos de l’actuelle Marche du Retour à Gaza contre la longue domination du colonialisme et de l’apartheid israéliens. Sur les photos, on retrouve Razan Najjar, l’assistante médicale de Khan Younes qui a été brutalement assassinée par un sniper israélien, et Wesal Sheikh Khalil, de Bureij. Lire la suite

Skalpel (Première Ligne) – Pasión

5 Juil

Barbès Blues au temps du couvre-feu (87) / Farid Taalba

4 Juil

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

Les voix du chœur habitaient la nuit ; leurs scansions modulaient l’obscurité comme des chèvres noires qui pâturent dans le champ blanc d’un livre ouvert.

– Finalement, analysa Si Lbachir, il est peut-être mort au bon moment. Il n’aura pas à supporter toutes les conséquences de ce qui risque de nous arriver dans les jours prochains. Vive la révolution mais heureux les martyrs qui n’ont rien vu.

– Il n’aura surtout plus rien à apprendre dans l’hôtel où on l’a enterré pour qu’il y passe sa nuit éternelle. C’est à ceux qui nomadisent encore ici-bas qu’il appartient de connaître les énigmes qu’il a laissées en bivouac dans leurs esprits.

– Elle est noire comme le goudron, elle attaque comme un démon et celui qui la mange ne se relève plus. Qu’est-ce que c’est ?

– Ah, Si Lbachir, tu retombes en enfance. Mais tu aurais pu faire plus sophistiqué. – Trêve de commentaires, maître, qu’est-ce que c’est ?

– La poudre. Le maître put alors reprendre la main : « A mon tour maintenant de te poser une colle : j’ai tenu la mère, la fille s’est sauvée. Qu’est-ce que c’est ?

– Je suis désolé maître, mais vous allez me porter sur le dos. N’est-ce pas le gage qui attend celui dont on n’a percé les mystères ?

– Cesse de fanfaronner, Si Lbachir, montre patte blanche ou donne ta langue au chat, mais ne monte pas sur tes grands chevaux de fantasia sans les avoir préalablement sellés. J’ai tenu la mère, la fille s’est sauvée : qu’est-ce que c’est ?

– Puisque tu me tiens en joue, je répondrai sans risquer de louper ma cible : le fusil et la balle… oui le fusil et la balle !

– Exact. Maintenant tu peux hennir autant que tu veux et partir au galop.

– Merci pour votre délicatesse maître mais je me contenterai de prendre mon tour. Écoutez. J’ai fouillé les pays pour lui, j’ai suivi sa trace et ils m’ont dit : « C’est dans le cœur qu’il est ». Qu’est-ce que c’est ? Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (86) / Farid Taalba

13 Juin

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

Le maître regarda Si Lbachir qui s’apprêta à lui remplir son assiette de terre cuite. A coups de généreuses cuillerées de bois, les petits blocs de grains de couscous à l’orge tombèrent en éclatant au fond de l’assiette creuse ; en s’amoncelant progressivement, ocrée et luisante de beurre, la graine recouvrit bientôt les motifs géométriques qui apparaissaient sur les bords comme le sable enfouissant les décors d’un palais antique ; elle fumait encore de vapeur qui s’envolait en volutes avant de disparaître par-delà la lueur tremblante des bougies. « Mais, contredit le maître non sans bouder son plaisir en humant avec délectation les parfums qui avaient fini d’attiser sa faim, la nourriture terrestre que nous allons entamer ne nous sera d’aucun recours dans l’autre monde. Les mets de dieu n’ont pas besoin de sel et de poivre ; et ils sont impérissables ! Mais nous n’en avons malheureusement pas la recette.

– Nous avons celle pour y parvenir, rappela Si Lbachir en arrosant le couscous d’un bouillon de poule aux pois cassé, mais là, il faut se lever de bonne heure pour ne pas se noyer dans le jus de nos vœux pieux.

– Alors commençons par manger, je présume ? Lire la suite