Archive | octobre, 2015

Livre du samedi : Rengainez, on arrive ! / Mogniss H. Abdallah

31 Oct

rengainez on arrive!

Rengainez, on arrive ! Mogniss H. Abdallah

Présentation par l’éditeur:

Chroniques des luttes contre les crimes racistes ou sécuritaires, contre la hagra policière et judiciaire (des années 1970 à aujourd’hui).

« Que justice soit faite » : après chaque drame, familles et ami-e-s des victimes de crimes racistes ou sécuritaires sont partagés entre douleur et révolte, ils sont aussi tentés de croire à une justice immanente, à une réparation symbolique pour la vie irrémédiablement volée. Mais ils (re)découvrent alors la hagra – le mépris et l’injustice – d’une société fière d’afficher les principes d’égalité mais qui, en pratique, se crispe dans le déni de ses discriminations sociales ou racistes systémiques et qui, pour se couvrir, peut aller jusqu’à absoudre un « homicide excusable » lorsqu’un policier tue d’un tir dans le dos.

Paroxysme d’une expérience vécue au quotidien, cette hagra constitue bien souvent le point de départ d’une prise de conscience politique et de formes d’organisation autonomes, d’une expression culturelle foisonnante et de nombreuses mobilisations collectives, notamment dans les quartiers populaires, pour obtenir « vérité, justice, reconnaissance » et pour inscrire la mémoire des disparus dans la mémoire collective.

Ce document propose une plongée dans Lire la suite

The Love Unlimited Orchestra : Midnight Groove

30 Oct

 
Et comme rien ne se perd et que tout se transforme…
 

Les « FOLLES de la place Vendôme » contre les crimes racistes ou sécuritaires

29 Oct

Un document vidéo de 10 min – 1985 – Réal/Prod. : agence IM’média

Avec Mmes HACHICHI, MELYON et AUBOURG et Naguib Allam, initiateur de l’Association nationale des familles victimes de crimes racistes ou sécuritaires.

 

 

Le 28 octobre 1982, Wahid Hachichi, lycéen de Vaulx-en-Velin, 18 ans, est tué à coups de fusil à Lyon. Le 6 novembre, Abdennbi Guemiah, lycéen habitant la cité de transit Gutenberg à Nanterre, décède suite à un tir de 22 long riffle par un pavillonnaire voisin. Les familles et amis de Wahid et Abdennbi se mobilisent à la mémoire des disparus, pour exiger justice. Elles se rencontrent et décident de faire cause commune. Le contexte de l’époque est alors à la surenchère sécuritaire, sur fond de campagne électorale pour les municipales de mars 1983. Tandis qu’une droite revancharde s’acoquine avec l’extrême-droite, des syndicats de policiers défient le pouvoir socialiste. Pourtant, le ministre de l’intérieur Gaston Defferre a promis qu’il « couvrirait » tous ceux qui travaillent sous ses ordres. Et Charles Hernu, ministre de la défense, « pacifie » les cités de sa commune, Villeurbanne, dans l’est lyonnais.

Naguib Allam, l’oncle de Wahid, mène une contre-enquête sur Lire la suite

Barbès Blues au temps du couvre-feu (partie 23) / Farid Taalba

28 Oct

Cheikh El Mokrani

Cheikh El Mokrani

Barbès Blues au temps du couvre-feu (épisode précédent)

 

« Et qu’est-ce qu’il a de spécial ? », demanda Madjid en posant sa tasse.

– « C’est un joueur de tambour, un chanteur ambulant. Il revient de France. Il s’est embarqué sur le même bateau que toi.

– Tu vas marier un de tes fils ? », s’enquerra Madjid avec une joie non dissimulée.

– Pas du tout, réfuta le moustachu, comme toi, il passe la nuit à la maison. Et demain, il prend, je crois, le même train que toi. ».

« Que chante-t-il ? », questionna Madjid.

– C’est un spécialiste de Si Lbachir Amellah.

– Ce n’est pas vrai, s’ébahit Madjid en ouvrant largement les yeux, hier au soir, alors que j’étais sur le pont en train de discuter avec un ami, nous avons entendu des marins chanter des poèmes de Si Lbachir ! Quelle coïncidence !

– Tu connais Si Lbachir ?!

– Je connais les chants que le vieux Dda Lmouloud nous chantait. C’était pendant les mois où nous gardions les troupeaux dans les pacages de l’alpage sans qu’on redescende au village. Au cours des longues veillées que nous passions au refuge, il nous a appris quelques-uns de ces poèmes. Mais, pour ce qui est de la vie de Si Lbachir, Dda Lmouloud ne nous a pas raconté grand-chose. Il nous a seulement dit qu’il avait appris ces chants grâce à un collègue, parent de Si Lbachir, avec qui il avait travaillé dans les mines du Nord de la France.

– Et bien, entama Bou Chlaghem qui venait de s’avaler sa première cuillerée de qalbelouz avant d’abreuver son interlocuteur de sa science des hommes, Si Lbachir est né en 1861, au village Ichekhaben dans la tribu des Imellahen, voisine de la tribu des At Djellil : dans le douar Ihadjadjen comme on dit depuis que les Français ont pris possession du pays! Ah, ce n’était pas comme au temps de sa fougueuse indépendance. Quand les Imellahen étaient maître de leur territoire et qu’ils faisaient partie des Ouled Abdel Jebbar, cette confédération de tribus redoutables qui tenait la route de Bougie dans la vallée de la Soummam. Et dire qu’au moment où nait Si Lbachir, les Imellahen se retrouvent gouvernés par un caïd issu d’une tribu autre que la leur, cette tribu se trouvant être celle qui traditionnellement se trouvait à la tête de la célèbre confédération. Ah, il était loin le temps où chacun réglait chez soi ses propres affaires. Dans cette période trouble, Si Lbachir fréquentera assidument la zawiya de son village où il apprit les rudiments d’arabes et de Coran. Puis, dit-on, il aurait continué sa formation à la zawiya de Iznagen puis à la zawiya Sidi Soufi de Bougie, à moins que ce ne soit le contraire. En tout cas, c’étaient deux zawiyas affiliées à l’ordre de la Rahmaniya qui avait pris la tête de la grande révolte kabyle de 1871. Longtemps après cet événement, après être devenu imam, il aurait constaté l’indigence de Lire la suite

Une révolte qui échoue, c’est 20 ans de répression

27 Oct

Il y a dix ans, le 28 octobre 2005, en plein mois de Ramadan, les « banlieues françaises » s’enflammaient après la mort violente de gamins poursuivis par des flics. Muhittin Altun, Bouna Traore et Zyed Benna couraient pour échapper à des policiers qui n’avaient aucun motif sérieux pour les poursuivre. De ces trois mômes s’étant finalement réfugiés dans un transformateur EDF, Muhittin Altun fut le seul survivant.

Zyed_Bouna_10_ans

Des gamins d’un quartier populaire, la police nationale, des vacances scolaires et le Ramadan : tout était réuni pour que les choses virent au tragique.

Un simple regard sur les statistiques des crimes racistes et sécuritaires suffirait à montrer que, depuis plusieurs décennies, ceux-ci sont ancrés dans les mœurs françaises. Le drame du 28 octobre 2005 n’est pas isolé : il y en a eu trop avant et après pour que l’on puisse le traiter isolement. Cependant, la singularité de cette séquence, c’est qu’à la suite du décès des mômes, la révolte a explosé dans les quartiers, à travers la France entière, malgré les appels au calme.

Depuis 1983, le phénomène en lui-même est un éternel recommencement : des jeunes se font tuer sans raison – parce que personne ne mérite de mourir à cet âge et de cette manière, quelles que soient les circonstances – et le quartier se soulève en signe de solidarité et de protestation. La nouveauté, c’est que la dureté de la vie, dans toute son homogénéité pour les classes populaires vivant en « zones sensibles », « ZUP », « cités », « banlieues », « quartiers populaires », va transformer cette révolte locale en embrasement général.

C’est un révélateur de l’évolution du climat social en France.

Les conditions se sont dégradées, à tel point que Lire la suite

The Cypher Effect – Bonnie Blue / Nat The Lioness / Ruby Ibarra / Lucy Camp ( LuzID )

26 Oct

Séance du dimanche. La ley de Herodes

25 Oct


1949, à San Pedro de los Saguaros, un bled qui pourrait être n’importe quel village mexicain, le maire se barre avec la caisse. Littéralement : avec l’argent de la commune et le fric qu’il a manifestement détourné pendant son mandat, planqué à l’intérieur du volume de la constitution, qu’il a creusé pour le transformer en tirelire, et derrière le portrait officiel du président qui trône dans son bureau. Il part précipitamment parce qu’apparemment ses administrés lui en veulent un tout petit peu. D’ailleurs, ils l’attrapent avant qu’il ne puisse s’enfuir et tranchent la question en lui coupant la tête d’un coup de machette.
Pour combler cette vacance du pouvoir, étouffer un scandale, nommer un remplaçant qui ne lui fasse pas d’ombre et ne le gène pas pour les prochaines élections, le « licenciado » López, responsable local du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) decide de lui trouver un successeur en la personne de Juan Vargas, éboueur de son état, et ancien militant du parti unique.

Le problème c’est que, rapidement, le dévoué Vargas fait preuve d’un talent que son mentor n’aurait jamais imaginé. L’exercice du pouvoir dans modalité priiste lui font vite oublier ses bonnes et ingénues intentions des débuts. Il prend goût aux plaisirs de la corruption, qui lui apporte toute puissance, argent et plaisirs en tout genre. Plus rien ne l’arrêtera pour conserver le pouvoir, pas même le crime.

Ce film du réalisateur mexicain Luís Estrada, sorti en 1999, un an avant les élections marquées par la défaite du PRI pour la première fois depuis 70 ans, avait eu du mal à Lire la suite