Barbès Blues au temps du couvre-feu (117) / Farid Taalba

11 Sep

Barbès Blues au temps du couvre-feu / épisode précédent

 

En débâclant la banne dont il croqua la poignée de sa tremblante main crochue, Si Omar encadra direct les couleurs délavées du portrait décomposé de Bou Taxi. Ses yeux placardaient le flou impressionniste le plus artistique ; mouillés et vitreux, ils faisaient leur nuit étoilée sur Rhône sous la lueur agitée de la bougie que Si Omar tenait d’une autre main tout aussi trémulante. Il se noya presque un instant dans le tableau qui se déversait à lui avant de rester suspendu à la bouche de Bou Taxi, une bouche ouverte, immobile et silencieuse que les mouches accourues à sa suite eurent pu y prendre palais à demeure pour une partie de campagne en pleine flore buccale.

Mais, vu que Bou Taxi n’en sortait pas une, le vieil homme finit par mesurer le modèle des pieds à la tête et lui croquer le morceau comme celui qui craignait l’orage qu’il croyait voir s’annoncer : « Oh, que t’arrive-t-il ? Pourquoi tu ne dis rien ? Et les autres, ils ne sont pas avec toi ?!… ».

A cette dernière question, Bou Taxi blêmit comme un bleu de Chine passé à l’eau de Javel et Si Omar se rendit compte qu’il avait dangereusement haussé le ton ; puis, baissant trompette, avec quand même un peu d’exaspération dans la voix devant son interlocuteur sans réaction, Si Omar se mit au diapason de messe basse : « Mais rentre d’abord, ne reste pas sur le palier ! Aller, bouge-toi la carrosserie, ce n’est pas le moment de stationner ou de tomber en panne ! Tu veux qu’on se fasse entoiler ou quoi ?! ». Lire la suite

Publicités

la voix des sans-papiers n° 18

23 Août

NOUS ACCUSONS !

Ce qui s’est passé le vendredi 12 juillet à l’arrière du Panthéon, à Paris, contre des personnes à tous égards non violentes et sans défense, contre les sans-papiers des « Gilets Noirs », ce sont choses dont le déroulement ne s’improvise pas. Aucune « bavure », aucun « dérapage » ou « dérive » là-dedans. Il y avait une volonté politique précise, violente, une volonté despotique de nuire et porter atteinte, causer du tort, l’« accident ». Ainsi qu’il est dit dans un témoignage ci-après, une « provocation délibérée » : visant à produire les effets de l’« état de désordre » propre à justifier, à « nécessiter » (maquiller en « nécessité » d’État, de fonction publique) un assaut militaire punitif. Assaut pour faire mal et faire peur : pour ôter toute envie future de se manifester aux plus faibles et démunis parmi les faibles et démunis de chez nous, parmi les « locataires de la rue », futurs « morts de rue » : les migrants sans-papiers. Visant à renchérir sur la détresse de leur situation humaine et sociale : traités non en hommes, en femmes, mais en choses viles, en sujets « illégaux », en êtres animalisés, « au-dessous des bêtes » (premier témoignage), par les pilleurs de vie humaine. Lire la suite

Livre du samedi : Sunnites et Chiites – Histoire politique d’une discorde / Laurence Louër

3 Août

Sunnites et Chiites

Histoire politique d’une discorde

 

Laurence Louër

 

Lorsque l’on évoque les relations entre les sunnites et les chiites, on les caractérise volontiers comme une guerre sans fin qui durerait depuis plus d’un millénaire. Elle aurait pour fondement des haines ancestrales liées à des divergences à propos de la succession du prophète Mahomet. Or, au cours de l’histoire, ces controverses ont été activées ou désactivées en fonction du contexte politique, notamment quand le sunnisme et le chiisme ont servi d’idéologies de légitimation à des États rivaux. Aujourd’hui, la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran s’est substituée au conflit entre les Ottomans et les Safavides au xvie siècle. Elle Lire la suite

Furax Barbarossa / Mona Lisa

24 Juin

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure « Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix ! », je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous ! Quand le soir, dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants, avec votre bonne conscience, vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscients, au regard de Dieu, que n’en aura jamais le désespéré qui a pris les armes pour essayer de sortir de son désespoir. »

Barbès Blues au temps du couvre-feu (116) / Farid Taalba

6 Juin

Barbès Blues au temps du couvre-feu /épisode précédent

 

Après le sursaut qui avait fait flageoler leurs bâtons de chaise, Madjid, Hassan et Wardiya s’immobilisèrent sur le côté du taxi qui donnait sur la chaussée. Une valse de commentaires leva le pied, lança la cadence et leurs esgourdes en saisirent vite le tempo ; ils se mirent à ribouler leurs calots sur l’obscurité comme pour se garder de la surprise d’une de ces éclaircies accompagnant ces explosions qui survenaient encore par intermittence malgré le retour au calme apparent. Côté trottoir, pas désorientée pour autant, appuyée sur le capot de la voiture, Zahiya se gargarisa plutôt la rétine sur Madjid. Elle allumait le miston d’un ardent pressant quand Bou Taxi, qui venait de boucler le coffre, stoppa la projection : « Allons mes amis, ce n’est pas le moment de bayer aux vitrines… si vous voulez prendre place… je vous ouvre même la porte ! ». Zahiya allais s’engager dans le véhicule. « Si Madame la marquise veut bien en prendre la peine, la titilla Hassan. « Si monsieur veut bien refermer la porte », lui renvoya Zahiya avant de prendre place devant, aux côtés de Bou Taxi.

Laissant derrière eux les lumières du port, Bou Taxi et son équipage entrèrent dans la ville comme on quitte le jour pour la nuit. Les rues étaient désertes, à peine éclairées, les volets clos, les rideaux des vitrines baissés ; les lieux les plus courus de la ville se trouvaient fermés : ni cafés, ni restaurants, ni dancings, ni clubs, ni cinémas ! Détritus et débris de toutes sortes jonchant les rues, épaves de voitures brulées, rez-de-chaussée d’immeubles incendiés, mobilier urbain et commerces saccagés, partout des traces d’une lutte qui avait dû être terrible, ici des éclats de grenades, là le souffle d’un coup de mortier, là-bas le criblage d’un mitraillage. Et, au milieu de ce champ de fin de bataille, seuls des militaires patrouillaient encore dans ses tranchées, parfois aidés par des groupes de civils armés. Enfin, l’équipage fut aussi littéralement saisi par l’atmosphère viciée d’odeurs de gaz lacrymogène, de poudre, de cendre et de sang en train de sécher. « M’est avis qu’on n’aura pas de mariage à animer ce soir ! », regretta Hassan. Soudain, Bou Taxi leva le pied pour éviter une poubelle carbonisée et jetée en travers de la chaussée. Lui et Zahiya se mirent à scruter partout où les phares du véhicule dénudaient le trottoir de ses halos jaunes. «Oh, par tous les saints réunis ! », s’étouffa Zahiya. « Qui y-a-t-il ? », s’inquiéta Bou Taxi qui pila, suivi des trois autres passagers qui montèrent à son chevet. « Là, sous la porte cochère, il y a un cadavre, on a dû l’oublier, il est plein de sang coagulé… Lire la suite

Aïd Moubarak عيد مبارك

4 Juin

Bonne Fête de l’Aïd el-Fitr à toutes et tous,  croyants ou pas.

Quel que ce soit le chemin entrepris

Un moment de fête à passer ensemble, c’est toujours ça de pris sur l’adversité !

Même si les ténèbres s’étendent à l’horizon, tenir la ligne, rester droit et ne jamais oublier le pourquoi de notre combat!

Prenez soin de vous et de vos proches !

Quartiers Libres vous passe le Salam.

 

Émission radio #QuartiersLibres : Bande-son des Luttes – Épisode 1 : Face à la Répression

3 Juin

 

Tracklist

Caravan – Song of the mountain fighter (Thailande)
Troupe Résistance – Tape pa nou dan la tet, la police (Réunion)
LKJ – Sonny’s Lettah (Inglan)
Earth & Stone – Jailhouse Set Me Free (Jamaique)
Dennis Brown – Three Meals A Day (Jamaique)
Kaneka Vamaley – Liberté (Kanaky)
)Liberté. – Wanny S. King, Magic Pinokio & Nathan (RDC)
Dedicated – Sister Asia Feat. Steele & Top Dogg (USA)
2Pac / Outlawz / BIG – Runnin From The Police (USA)
B.James [Anfalsh] – Atmosphère Sécuritaire (France)
Cheikh MC – Revolution (Comores)
Rap DZ Anti Power. – Deymed MBS, Cinou, Sofiane Hamma, Icosium, L’adrinaline (Algérie)
Malcolm Garvey Huey – Dead Prez feat Divine RBG (USA)
Ideal J – J’ai Mal Au Coeur (France)