Mobilisation pour Gaza : la rue parle arabe !

14 Avr

Durant l’été 2014, l’opération « bordure protectrice » est lancée par le gouvernement israélien : des bombardements massifs sur la bande de Gaza suivis d’une intervention terrestre. En France, les mobilisations de solidarité avec la population gazaouie ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à travers tout le pays, preuve du soutien que trouve la cause Palestinienne, tout particulièrement au sein des classes populaires. Fait notable, au cours de ces semaines : pour la toute première fois, le président Hollande, a contrario de l’habitude diplomatique («Israël à le droit à la sécurité mais les civils palestiniens n’ont pas à subir »…) fait une déclaration de soutien inconditionnel à Israël  (1).

manifBarbesCouv

Pendant tout l’été, des rassemblements et des manifestations ont été organisés dans l’urgence en réaction aux massacres de civils. Le 13 juillet 2014, un appel à manifester sur Paris est lancé dans un contexte qui voit la Ligue de Défense Juive (LDJ) faire de la provocation sur internet, incitant les manifestants pro-palestiniens à aller les affronter face à la synagogue de rue de la Roquette, à quelques rues seulement de la fin du parcours de la manifestation. Quelques jours plus tôt, la LDJ avait déjà attaqué un rassemblement à Saint Michel.

 

Juste avant l’arrivée des manifestants place de la Bastille, des provocations de la part de membres de la LDJ ont aboutit à un face à face avec des manifestants pro-palestiniens, dont des antifascistes, rue de la Roquette, qui se soldera par le repli pitoyable de la LDJ derrière les lignes policières. Cet affrontement sera interprété dans les médias comme une attaque antisémite contre la synagogue. Il faudra attendre la diffusion d’une vidéo amateur pour que la version « officielle » soit contrecarrée, et qu’on parle enfin de la LDJ dans les médias français pour ce qu’elle est: une milice d’extrême droite, raciste, interdite aux États Unis et même en Israël, mais libre d’agir en France depuis plusieurs années. Les provocations, les appels de la LDJ et l’objectif politique entretenu par les soutiens d’Israël ont pour but de décrédibiliser le soutien à la résistance palestinienne en le faisant passer pour une forme d’antisémitisme masquée.

FCK ldj

La manifestation suivante qui devait partir de Barbès a été interdite par les autorités, alors même que des manifestations massives avaient lieu dans le monde entier à cette période, même en Israël. Le seul pays dit démocratique qui interdira les manifestations est la France. Au moment où le président de la République affiche ouvertement son soutien aux bombardements massifs israéliens, l’interdiction fait l’effet d’une provocation, alors que les manifestations en province sont autorisées. Bien qu’interdite, la manifestation sera quand même maintenue et des milliers de personnes se rassembleront à Barbès, faisant face à un énorme dispositif policier. La tension, la présence policière massive, aboutira à une après-midi d’émeute populaire en plein cœur de Paris. La présence massive de manifestants, venus rejoindre la mobilisation malgré les risques encourus, démontre la détermination et l’enracinement de la cause palestinienne au sein des classes populaires. Le lendemain, une autre manifestation est interdite à Sarcelles. Les provocations de la LDJ, la présence policière massive et l’interdiction donneront lieu à des affrontements et des violences, taxées elles aussi d’antisémites.

Tout au long de ces événements, des militants et sympathisants seront arrêtés, et serons condamnés à de la prison ferme. Une véritable répression judiciaire et policière s’abat sur les manifestants.

 

Le refus de l’injustice ici et là-bas.

Paris-Banlieue #SoutienGAZA

La question palestinienne cristallise des antagonismes qui traversent le champ politique et la société française tout entière : derrière cette question, c’est la représentation des classes populaires et plus spécifiquement celle issue de l’immigration et de confession musulmane qui est visée : classe populaire dite dangereuse, antisémite et violente…

 

 

Le soutien à la cause palestinienne et les mobilisations contre l’islamophobie qui ont un écho dans les quartiers populaires posent-elles problème à la gauche ? L’absence notable d’une immense partie de la gauche (radicale comprise) au sein des mobilisations autres que celles qui avaient été autorisées a été leur seule réponse. Mentionnons tout de même ici la présence et le soutien de militants pro-palestiniens issus de ces organisations qui doivent se sentir bien seuls.

 

De Barbès à Gaza

De Barbès à Gaza

Le succès des mobilisations contre les bombardements pose la question de la sous-estimation par l’état du soutien à la cause Palestinienne au sein de la société française. Le gouvernement a commis une erreur stratégique en interdisant les manifestations et en affichant son soutien public aux bombardements. D’ailleurs, Hollande reviendra sur sa déclaration et nuancera son propos. Les dizaines de milliers de personnes qui manifesteront passeront outre le chantage à l’antisémitisme permanent sur la question palestinienne. Même s’il est vrai que certains groupuscules antisémites proches de la mouvance Soral/Dieudo ont réussi à infiltrer certaines manifestations cet été, ces tentatives de récupération ont été condamnées par le mouvement de soutien à la résistance du peuple palestinien en France, notamment la campagne BDS. C’est la raison pour laquelle les militants pro-palestiniens ont notamment condamné publiquement la présence de Mathias Cardet (proche de Dieudonné et Soral) et de la Gaza Firm, composée essentiellement d’ultras du PSG, malgré leurs vaines tentatives de se dire « apolitiques » et leur déni de toute proximité avec Soral.

 

Nous pouvons tirer quelques grandes leçons des mobilisations en soutien à la Palestine qui ont eu lieu l’été dernier :

 

– Une partie non négligeable des classes populaires se reconnaît et s’identifie à la résistance du peuple Palestinien.

 

– L’antisémitisme comme seul argument à opposer aux manifestations palestiniennes à atteint ses limites : le chantage à l’antisémitisme ne prend plus, et est devenu contre-productif.

 

– Il faut continuer à faire un travail d’explication et le distinguo entre sionisme et judaïsme, entre sioniste et juif : tous les sionistes ne sont pas juifs, tous les juifs ne sont pas sionistes. Plus que jamais, il est nécessaire de faire la différence entre antisionisme et antisémitisme et de marquer son opposition à toute tentative de récupération par des antisémites parés d’un antisionisme de façade.

 

– La critique du sionisme, fondement idéologique de l’occupation et de la colonisation, est redevenue audible : le soutien à la résistance militaire du peuple palestinien n’est plus tabou en France. Il est même redevenu légitime. La dégradation de l’image d’Israël ne fait que s’accentuer en France et dans le reste du monde.

 

– Les hésitations et les lâchetés de la gauche au sujet de la question palestinienne, l’islamophobie, et plus largement des quartiers populaires sont révélatrices de la défaite idéologique et politique de la gauche. Gauche qui doit changer impérativement de cap si elle veut un jour redevenir audible au sein des classes populaires.
Même s’il est impossible pour les associations de soutien au peuple palestinien de ne pas subir le calendrier des massacres israéliens, elles doivent imposer leur agenda de mobilisation en France, notamment par le soutien à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions contre Israël), dépasser l’affect, politiser la question du sionisme, dénoncer l’apartheid israélien en termes politiques, et construire sur la durée.
(1) : «il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces» déclarait François Hollande le 9 juillet 2014 lors d’une rencontre diplomatique avec Benyamin Netanyahu).

Seuls ceux qui luttent savent...

Seuls ceux qui luttent savent…

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  1. Même causes, mêmes effets : l’impérialisme ne tombe pas du ciel et n’est pas le fruit d’un complot | quartierslibres - 14 mai 2015

    […] conséquence, les mobilisations face aux conquêtes impérialistes connaissent des succès ponctuels mais ne parviennent pas à s’inscrire dans la durée et dans un cadre politique efficace. […]

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