Faire preuve d’Humanité. L’expulsion des migrants de la caserne Louis-Blanc et la désignation des coupables

15 Juin

Le jeudi 10 juin les migrants du métro La Chapelle quittent le Jardin partagé du Bois Dormoy pour investir une caserne de pompiers désaffectée rue Louis Blanc. Les migrants veulent pouvoir occuper un lieu avec un « toit ». Rien de plus normal, ils se font chasser manu militari de tous les endroits où ils s’installent, et leurs affaires sont confisquées. De plus ils veulent rester ensemble pour ne pas se retrouver isolés et à la merci de la préfecture. Des militants, notamment du NPA, les accompagnent. Ce sont des militants de terrain qui connaissent bien la situation des sans-papiers, lors des dernières municipales, ils ont aidé à la création de la liste des sans-voix. Ils font leur taf sérieusement depuis des années et ont du crédit car ils savent de quoi il parlent. Ils travaillent donc depuis longtemps avec des gens du quartier, des militants, des « autonomes » favorables à l’auto-organisation des luttes. Comme ce sont des gens conséquents, ils tiennent la ligne quand les CRS chargent pour déloger les migrants indésirables aux yeux du pouvoir.

Ils tiennent la ligne et donc ils prennent les coups. Pour l’un des militants, le bilan est lourd : un œil enfoncé, plusieurs fractures au visage, et une opération à venir une fois que l’énorme hématome sera résorbé, le résultat n’es pas beau à voir. La solidarité ça se paie cher, surtout en ce moment. Le lendemain, la presse est unanime de l’Humanité à Valeurs Actuelles, en passant par le Monde et le Parisien. Non pas sur la violence de la charge policière et sur le gazage systématique des migrants, lourd de symbole. Non, ce que la presse met en avant, c’est la thèse de l’instrumentalisation de la lutte des migrants par des éléments d’extrême gauche. Pour y apporter du crédit on apporte des preuves visuelles :  les sites d’information en ligne, Le Parisien en tête, reprennent les déclarations de la Préfecture et montrent « un policier sévèrement blessé à l’oeil par une pierre ». Le problème, c’est que la personne à terre, retenant son œil sous le regard bleu-marine d’un playmobil à visière n’est pas un policier, c’est un militant du NPA et de la CGT Fréderic Vielle, comme le précise le communiqué de l’organisation.

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Sur le site du Parisien, initialement la légende était « un policier sévèrement blessé à l’œil ».  La légende a été changée depuis après dénonciation du NPA…

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Une photo de la même scène sur le site de Clique TV

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Le mlilitant blessé par un coup de Tonfa utilisé à la manière d’une lance

Un journaliste, c’est comme un militant, c’est quand  il est sur le terrain qu’il est crédible. Reprendre le communiqué de la préfecture sans prendre la peine de le recouper par des témoignages directs des personnes présentes lors de la charge, ça en dit long sur la déontologie des rédactions qui ont repris cette info bidonnée.

Ce n’est pas la première fois que les « grands » medias ne s’intéressent qu’à la version policière des faits dès qu’il s’agit du mouvement social, on a plutôt l’habitude. On peut en revanche se demander quel rôle joue le Parti Communiste Français (PCF) dans cette histoire. Dans son organe central, l’Humanité, par la voix d’Emmanuelle Becker, « élue du 13e arrondissement », il se félicite d’avoir obtenu des logements pour les migrants à la suite de l’occupation de la Caserne. Belle auto-satisfaction pour un parti qui est systématiquement à la remorque des luttes de l’immigration dans le 18e arrondissement et ailleurs, mais ça ne mange pas de pain. Là où on comprend mieux où le PCF veut en venir, c’est quand on lit l’article du journaliste Pierre Duquesne, qui condamne l’action de défense des migrants par Le NPA, appuyé par des anarchistes autonomes, dont certains débarquaient pour la première fois dans le quartier et reprend à son compte le communiqué du ministère de l’intérieur, félicitant martialement le courage du directeur de cabinet de la Ville de Paris et crachant sur le « cynisme » des militants qui se sont interposés entre les CRS et les migrants, tentant de s’opposer à une énième expulsion en quelques jours :

« Dans un communiqué commun, la maire de Paris, Anne Hidalgo, et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, dénoncent « des individus irresponsables » qui, « depuis plus d’une semaine, instrumentalisent cyniquement la situation dramatique dans laquelle se trouvent les migrants à des fins purement politiciennes ». Cela n’empêche nullement le directeur de cabinet de la maire de Paris, Mathias Vicherat, de venir en personne constater la situation. Des migrants, après avoir chanté, et dansé, s’assoient en cercle avec des militants. La cour, d’habitude utilisée pour les distributions de l’Armée du Salut, se transforme en gigantesque AG estudiantine. »

Quand le PC obtient des relogements (pour combien de temps ?), c’est bien, mais si d’autres organisent la solidarité et sont présents sur le terrain pour s’opposer à la violence de l’État, c’est du « cynisme ». On ne se refait pas. Le gouvernement socialiste, la mairie de Paris et ses élus PCF sont directement responsables de la situation. Sans la mobilisation, la seule réponse aurait été la violence policière et la dispersion, puis le placement en centre de rétention de tous les migrants. Manuel Valls lorsqu’il était ministre de l’intérieur se félicitait d’augmenter le nombre d’expulsions d’étrangers en situation irrégulière et de faire mieux que Sarkozy. Le PCF a manifestement oublié que sans lutte on n’obtient rien, et la mobilisation à la papa maman en votant et faisant coin-coin à l’assemblée ont montré leur limites depuis longtemps. Il n’a pas a accuser les militants de terrain de s’organiser s’il veut garder ne serait-ce qu’un semblant de légitimité. Cela s’appelle une entreprise de division, tout le monde sait à qui ça sert, et nous n’en avons pas besoin. Seuls ceux qui luttent savent. Ils savent combien il est nécessaire de s’organiser et de tenir la ligne. Ils connaissent l’importance de l’auto-organisation des luttes et sont bien placés pour savoir que personne ne le fera à leur place. Ils savent surtout que la lutte paye, et que SEULE la lutte paye.

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3 Réponses to “Faire preuve d’Humanité. L’expulsion des migrants de la caserne Louis-Blanc et la désignation des coupables”

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  1. L’âne médiatique et le tonfa | quartierslibres - 16 juin 2015

    […] mairie socialiste de Paris. Alors pas de pitié : on oublie le sort des migrants et on ressuscite le communisme des cavernes pour taper à manchette rabattue sur « le NPA », les « anarchistes […]

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