Troupes de choc !

24 Oct

police

Les mobilisations policières ont généré un torrent de commentaires et d’avis en tout genre. Dans les sphères politiques, institutionnelles et gouvernementales, c’est soumission totale aux flics qui occupent la rue. Du côté des professionnels de la politique, tant dans le camp gouvernemental que dans les oppositions, aucune grande tirade républicaine sur le « devoir de réserve » ou les « manifestations durant les heures de travail avec le matériel de la boîte » et encore moins sur les « visages dissimulés ». On imagine juste les unes du Figaro et du Parisien si des agents d’EDF en grève montaient sur Paris, cagoulés et en camions aux gyrophares allumés, pour venir couper le courant sur les Champs Élysées tout en continuant d’être payés.

On nous bassinerait avec la sédition, le laxisme de l’État, le coup de force communiste… Dès le lendemain, chacun des participants aurait droit à une visite matinale de la Police Nationale. Par contre, quand c’est la flicaille qui enfreint toutes les règles en manifestant armée et masquée dans les rues des beaux quartiers de Paris, avec le soutien des bourgeois chantant la marseillaise, ça passe comme une lettre à la poste privatisée.

Pire, c’est présenté dans la presse dominante comme un réflexe « démocratique et républicain ». C’est symptomatique de la société dans laquelle on nous prépare non plus à vivre mais à survivre.

Ce n’est pas la première fois que des policiers sortent dans la rue et réussissent l’exploit de déborder leurs organisations syndicales par la droite. Et ce n’est pas un mince exploit : il faut une sacrée volonté pour déborder sur sa droite un syndicat comme « Alliance ». La jeunesse des troupes mobilisées dans les nuits parisiennes en dit long sur l’état d’esprit de cette nouvelle génération de policiers et le rôle qu’elle entend jouer. En cela, ils s’inscrivent dans la pire tradition de leurs ancêtres de la « police républicaine ».

Peu de commentateurs le rappelle, à part quelques chercheurs sur la Police comme Fabien Jobard, mais le coup d’État qui a permis l’avènement du pouvoir gaulliste dans le cadre des nouvelles institutions de la Vème République s’est appuyé sur l’armée et … la Police. Fin des années 50, la Police était traversée par une colère similaire à celle que nous connaissons aujourd’hui. À l’époque, c’était sur fond de lutte contre le « terrorisme algérien » qui se traduisait par la peur pour le brave flic parisien de mourir sous les coups du FLN. Tout cela a débouché, le 13 mars 1958, sur une manifestation à l’appel des syndicats policiers. Lors de cette manifestation, des policiers s’échappent du cortège officiel et marchent vers l’Assemblée Nationale aux cris de « Les députés au poteau ! », « À bas les députés ! » ou encore « Vendus, salauds ! Nous foutrons une grenade au Palais Bourbon » – ce dernier slogan est repris par une centaine de policiers, comme nous le rappelle Fabien Jobard. Cette manifestation, couplée au coup d’état militaire en Algérie, précipite l’appel au général de Gaulle et le renversement de la IVème République. Bref, un changement de régime tout sauf démocratique. La Vème République, née de l’alliance des gaullistes, de l’armée et de la Police, donnera libre court aux violences policières qui culmineront avec les massacres du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962.

En 2016, les postures et slogans policiers ne sont guère différents de ceux de 1958. Il convient en effet d’écouter ce que veulent les policiers qui manifestent aujourd’hui. Ils sont majoritairement des trentenaires et se mobilisent dans les nuits parisiennes. Ils parlent de reconquêtes, ils trouvent leurs chefs trop mous, ils veulent un État fort, un État qui punit et ils veulent être les instruments de cette punition. En fait, ce qu’ils désirent, c’est le néofascisme.

Ils aspirent à être des squadristes, avec un statut de fonctionnaire et un bon point d’indice. Ils veulent un fascisme du 21ème siècle, dans lequel la marche sur Rome n’est plus faite par des chemises noires formées idéologiquement au fascisme mais par des bleus en sweat à capuche et cagoules sur la tête. De tristes sbires, en somme, entrés dans la police pour un salaire et un prestige fantasmé dans les cours de récréation, mais réalisant, une fois dans la maison poulaga, qu’ils sont à peine plus que des smicards de la coercition républicaine, corvéables à merci et contraints de faire la voiture balaie du capitalisme. Leur quotidien, c’est traquer les pauvres dans le métro, rafler du Sans Papier, courser des délinquants pour des barrettes de shit quand il ne s’agit pas de faire le pied de grue pour protéger une caméra de surveillance. Un taf de merde qui, parfois mais rarement, amène à se prendre un retour de flamme de l’incendie social sur lequel ils veillent, le tout pour 1300 euros par mois. Vivement un État fort et viril pour donner un sens à tout ça. À défaut d’oseille et de prestige, il y aura la crainte des populations soumises à l’arbitraire.

Le capitalisme du 21ème siècle s’adapte. Le brassard de police remplace la croix celtique. Pour faire tenir ce système, il va falloir de plus en plus de policiers motivés et donc peu enclins à la réflexion, d’où les recrutements massifs hors concours d’ADS. À propos de croix celtiques, afin de mettre au carré les gens qui trouvent qu’on exagère et que c’est un délire de gauchistes, qu’ils écoutent bien ce passage des manifestations policières :

 

« Francs-maçons en prison ». Qu’on ne vienne pas nous dire que ce n’est pas au profit de l’extrême droite et en suivant ses mots d’ordre que la police veut un changement de régime.

Pour les pauvres, les racisés et les assimilés à l’un ou l’autre de ces statuts repoussoirs de la république française, c’est à dire ceux qui se coltinent au quotidien les générations successives de condés, le vote FN à plus de 50 % dans la Police n’est pas une surprise. Cela fait 30 ans que, dans nos quartiers, on a une idée concrète de comment s’applique (dans la gueule) le programme social et pénal du « premier parti de France ». Au quotidien, nos rapports à cette génération de flic sous influence FN n’est faite que de mépris et de violence. Comme tous les lâches, ils veulent le fascisme et ils sont en passe de l’avoir car ils font désormais peur à la classe politique qui n’ose même plus gronder son chien de garde.

Depuis une décennie, la Police est devenue un acteur politique à part entière en France. Un des actes fondateurs de cette monté en puissance de la police comme acteur politique, c’est lorsque les flics sont sortis de leur commissariat en voiture de fonction et avec leurs armes de service pour protester contre le verdict du Tribunal de Bobigny qui condamnait des policiers pour faux témoignages dans une affaire où ils avaient voulu faire endosser à un innocent une tentative de meurtre sur un de leur collègue. Bref rappel des faits : le 9 septembre 2009, un policier est blessé à la jambe, percuté par une voiture de police lors d’une course-poursuite. Lui et ses collègues décident alors de mentir et d’accuser dans leur procès-verbal le conducteur de la voiture qu’ils poursuivaient. La mobilisation policière qui suit la condamnation, pourtant logique au regard de la gravité des faits reprochés à ces policiers qui voulaient envoyer un innocent en prison pour 15 ans, donne lieu à une prise de conscience chez la force policière de son propre pouvoir politique. En manifestant sur leurs heures de travail pour venir mettre un coup de pression au tribunal sans être inquiétés en retour par le pouvoir politique, ils ont ouvert la porte aux actions que l’on voit aujourd’hui se développer la nuit dans les rues de Paris.

La Police s’est d’abord affirmée comme un acteur politique au service de Sarkozy, avec les déceptions que l’on connaît pour les flics de base. Sarko l’américain n’était qu’une fiction. Avec lui, les bleus n’ont fait qu’être des chiens de gardes méprisés par leur maître et rendus agressifs par l’accentuation de la dérégulation économique. Les années policières de Sarkozy ont commencé par des prélèvement d’ADN et une mobilisation policière titanesque pour retrouver le scooter du fiston et se sont ensuite engluées dans des protections policières pour les escrocs de la République comme Balkany, pendant que Guéant, Squarcini et la haute hiérarchie policière s’en mettaient plein les poches. Pendant que les patrons de la police croulaient sous les primes de résultats et roulaient en grosse berline avec chauffeur, sur le terrain, le pion policier du sarkozisme se confrontait à la misère et à la violence générées par le capitalisme.

Sur le terrain, le bleu de base doit depuis faire face au délitement de tout le contrat social français. Échec scolaire, chômage de masse, tensions raciales, le bleu se retrouve toujours en première ligne. Entendons-nous bien, il donne toujours plus de coups qu’il n’en reçoit. Mais comme il est fragile, il pleurniche à chaque fois qu’il est touché. Alors, il rêve d’un État fort qui le protège et lui arroge des privilèges sur cette masse de plus en plus nombreuse et dangereuse qu’il doit contenir.

fpip18mars2016

Le rassemblement policier du 18 mai 2016 place de la République visant à protester contre les violences à l’encontre des policiers, peut être vu, avec le recul, comme le coming-out politique de la police d’extrême droite. Ainsi, lors de ce rassemblement « républicain », Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard, les deux députés du Front National, ont pu parader sans difficulté, ce qui n’a pas été le cas du représentant du Parti de Gauche qui a du mal à s’incruster. On notera que la confrontation à cette réalité policière n’empêche pas la gauche en générale et le PG en particulier de continuer de croire au mythe d’une police républicaine.

La boucle est bouclée, la Police est devenue une force politique qui aspire et œuvre à la mise en place d’un État fort. Pour cela, elle se met au service de celles et ceux qui lui promettent cet état néo-fasciste. Les politiques institutionnels et leur relais administratifs traditionnels dans la Police sont en panique face à cette mobilisation. On s’en doutait déjà lorsque, suite aux fiascos des attentats et des gestions délirantes et brutales des manifestations, ce sont les services de police qui ont dicté ce qu’il fallait faire, sans aucun recadrage. Un vrai pouvoir aurait mis au vert les personnes responsables de ces erreurs et remis un peu d’ordre dans l’institution. Depuis 2 ans, le pouvoir aux abois laisse son bras armé en roue libre. S’il y avait encore quelques doutes quant à la tournure du rapport de force, il suffit de voir la tête du directeur de la Police face à ses hommes qui encerclent sa voiture.

Dans n’importe quelle autre situation professionnelle cela aurait abouti à des mises à pied. Le fruit est mûr, il va tomber de l’arbre. Il est temps pour nous de le comprendre et d’en prendre acte, le temps n’est plus au discours mais bien à l’action contre ce monde qui vient.

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