Croire en ce qu’on fait, ça change tout

10 Nov

La grande leçon du moment, ce sont les militant.e.s kurdes et la résistance kurde qui la donnent par l’exemple.
Ces personnes dont on ne parle pas ou peu et dont on ne cite jamais la véritable identité politique.

manifestation_Kobanê_Paris01112014
La résistance militaire à Kobanê face aux troupes de Daesh est présentée comme exemplaire. Pourtant celles et ceux qui la mènent ne sont jamais véritablement mentionné.e.s. On les présente comme des féministes ou des laïques qui luttent héroïquement.
En revanche, on entend plus souvent parler des Kurdes irakiens, « les Peshmergas » dont on parle beaucoup parce qu’ils sont les alliés des Américains.
Mais le fer de lance de la lutte sur le terrain n’est jamais nommé. Pourtant, on loue son courage et les valeurs qu’il porte.
Les médias dominants ne nomment que rarement les organisations qui combattent. En fin d’article, ou dans un entrefilet, il est parfois fait mention des PYD, tandis que le PKK est absent des textes de la quasi-totalité des spécialistes. Pourtant ce sont ces structures qui organisent la lutte sur le terrain. Elles revendiquent l’égalité d’accès aux droits économiques et sociaux, un projet politique socialiste au sens marxiste du terme. Ces organisations sont opposées au capitalisme et à l’impérialisme.
Si des femmes sont des combattantes sur le terrain, ce n’est pas de la communication, c’est parce que l’égalité est une réalité concrète pour ces organisations et un objectif à atteindre.
Leur objectif et les réels enjeux ne sont que rarement évoqués par les spécialistes institutionnels. Parce qu’ils dérangent. Il est très difficile de citer en exemple ce qui est la négation du système économique en place.
Quant aux « experts » de la dissidence, leur grille de lecture leur interdit de mentionner qui se bat et tient en échec tant Daesh que le gouvernement turque et plonge dans l’embarras les puissances occidentales.

Si Kobanê résiste à nombre et armement inférieurs, c’est parce que le projet politique dont la résistance kurde locale est porteuse est quelque chose qui galvanise les populations. C’est une cause juste, pas seulement une aspiration à profiter comme les autres. Il y a là une volonté politique animée par des convictions profondes.

Arin Mirkan, capitaine des Unités populaires de défense, morte en combattant

Arin Mirkan, capitaine des Unités populaires de défense, morte en combattant

Ce projet politique ne peut que rencontrer le soutien des personnes se battant pour la justice économique et sociale où que ce soit dans le monde.
Le soutien devrait être massif. Samedi 1er novembre 2014, des manifestations ont eu lieu un peu partout en France et ailleurs pour manifester une solidarité à la Résistance de Kobanê.
On sous-estime le nombre de manifestants dans la presse, c’est classique. En revanche il était facile de constater qu’il n’y avait que trop peu de militants d’organisations françaises porteuses d’un projet similaire à celui mené par les forces politiques qui organisent la résistance de Kobanê.
Cet état de fait révèle une chose : la plupart des militants n’y croient plus. Il y a des positions de principe, mais les personnes déterminées se font rares.
Elle contraste avec l’enthousiasme et la détermination des militants kurdes qui encadrent et participent aux manifestations. La résistance kurde se bat pour un monde meilleur, ici on tente de sauver les meubles en regardant ses pompes.
Question d’époque. Il y a quelques dizaine d’années une quantité importante de militant.e.s seraient parti.e.s pour se mettre au service d’une cause juste.
Aujourd’hui on reste au troquet, ou sur le Net, à discuter géopolitique au lieu de partir pour Barcelone.

Si on veut sortir de la torpeur, il faut regarder ce qui se fait de bien ailleurs et s’en inspirer. Dans nos quartiers c’est dur, mais ce n’est pas pire qu’au bled. Les militants kurdes luttent face aux puissances occidentales et leurs anciens et nouveaux partenaires sur place, ils font face à une répression dure sans jamais faiblir ni envisager d’abandonner le combat. Les gauches européennes ont l’habitude de se revendiquer à l’avant-garde des luttes, regardant de haut le reste du monde. Elles se cantonnent dans une posture morale et non plus politique. Les choses changent, si on veut regarder ce qui fonctionne et se donner du courage il faut regarder ailleurs. Partout dans le monde les gens résistent et luttent, sous de multiples formes. C’est le cas au Chiapas, au Maghreb et en Orient, en Palestine, au Burkina Faso.
Partout des gens se lèvent et se battent pour renverser le cours injuste des choses.
S’ils y arrivent, alors on peut y arriver. C’est ce que les Kurdes nous expliquent dans les cortèges des manifestations. Ce n’est pas leur seule lutte, c’est la lutte des justes.

On peut aussi gagner le paradis en contribuant à une vie meilleure pour tout le monde ici-bas.
Quitte à vivre dans l’adversité, autant combattre l’injustice.
Quitte à se battre, autant chercher la victoire.
Croire en ce que l’on fait, ça change tout.

Seuls ceux qui luttent savent

Seuls ceux qui luttent savent

17 Réponses vers “Croire en ce qu’on fait, ça change tout”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Avis de tempête sur la dissidence  | quartierslibres - 12 novembre 2014

    […] Pour les autres, pour ceux qui sont capables de lire et d’entendre que les souffrances que nous endurons ne prennent pas leur source aux pieds de rabbins ou d’illuminatis mais dans l’articulation et l’exploitation par les détenteurs du capital, des discriminations de classe de race et de genre alors vous pouvez rejoindre le combat de cette multitude aujourd’hui sans nom et sans visage qui se donne pour objectif d’empêcher la tentative de prise de pouvoir par l’extrême droite et d’imposer une autre alternative. […]

  2. Puisque que c’est de rigueur | quartierslibres - 10 janvier 2015

    […] solidarité nationale. Cet acte terroriste n’a pas été suivi d’enquête sérieuse. Les trois cibles étaient des militantes qui se battaient pour la justice économique et sociale. Membres d’une organisation qui lutte armes à la main contre Daesh en Syrie et en Irak, sans […]

  3. Union nationale | quartierslibres - 11 janvier 2015

    […] Là où il y a une volonté il y a toujours un chemin. La situation du pays basque nous montre une des formes que peut prendre la répression « démocratique » que nous allons probablement subir en France si l’union nationale que l’on nous annonce s’installe durablement. Des camarades basques françaises comme Aurore Martin et Haizpea Abrisketa font partie des 35 militants de la gauche abertzale qui passeront en jugement le 12 janvier prochain devant l’Audienca Nacional à Madrid. Leur procès doit durer six mois. Ces militants encourent jusqu’à 10 ans de prison pour des actes politiques (rédactions d’articles, réunions, participation à des meetings…) ayant eu lieu dans les années qui ont suivi l’interdiction des organisations de la gauche révolutionnaire basque par les gouvernements espagnols. Leur activité politique, parce que c’est de cela dont il s’agit, est considérée par l’État espagnol dont les représentants seront en France aujourd’hui comme des actes terroristes. […]

  4. Ça faisait longtemps que Charlie Hebdo ne faisait plus rire, aujourd’hui il fait pleurer. | The Fuckington Post - 13 janvier 2015

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    […] la confrontation avec le wahabisme peut être militaire comme elle l’est par exemple au Liban, au Kurdistan et en Tunisie. De manière « surprenante », là aussi on assiste à des jeux troubles avec les […]

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    […] vraiment radicale – on a : un sujet sur Besancenot filmé lors d’une manifestation de soutien aux forces Kurdes, où l’agence résume la position de Besancenot à une opposition à peine caricaturale à Bachar […]

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    […] La lutte du peuple palestinien, elle, nous enseigne que l’on ne peut pas écraser facilement des humains qui luttent pour leurs avenirs. C’est une leçon de combativité pour nous dans nos malheurs. Là ou il y a une volonté il y a toujours un chemin. […]

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    […] Le secteur géographique qui s’étend de la Palestine occupée au Pakistan est aujourd’hui en plein chaos. Pour beaucoup, cette situation semble inédite dans l’histoire de l’Humanité et valide d’une certaine manière la thèse du « nouvel ordre mondial » vendue par une frange de l’extrême droite. Ces analyses trouvent de nombreux relais, qui conduisent malheureusement à des impasses politiques et militantes. Ces analyses qui versent dans le choc des civilisations viennent jusqu’à perturber la compréhension du monde musulman. C’est ainsi que la situation au Moyen-Orient est de plus en plus expliquée par la rivalité entre chiites et sunnites – l’Iran étant présenté par les uns comme l’allié des États-Unis et par les autres comme l’ennemi d’Israël. Autant dire que tout cela reste très confus. Le fait est qu’en raisonnant sur de mauvaises bases, il devient compliqué de se positionner et de définir un plan d’action. Et c’est là que l’histoire des luttes de libération nationale peut servir d’appui à qui souhaite comprendre et changer le monde d’aujourd’hui. […]

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